{"id":98,"date":"2022-08-22T14:45:06","date_gmt":"2022-08-22T12:45:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/?page_id=98"},"modified":"2022-08-22T14:45:06","modified_gmt":"2022-08-22T12:45:06","slug":"vers-une-communaute-du-vivant-une-lecture-de-baptiste-morizot-cecile-fries-paiola","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/decoloniser\/vers-une-communaute-du-vivant-une-lecture-de-baptiste-morizot-cecile-fries-paiola\/","title":{"rendered":"Vers une communaut\u00e9 du vivant\u00a0? Une lecture de Baptiste Morizot \/\/ C\u00e9cile Fries-Paiola"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Compte-rendu de conf\u00e9rence, mardi 10 mai 2021, ENSArchitecture Nancy.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>C\u00e9cile Fries-Paiola est enseignante \u00e0 l\u2019ENSA de Nancy, chercheuse au LHAC (Laboratoire d\u2019Histoire de l\u2019Architecture Contemporaine) \u00e0 l\u2019ENSA de Nancy et associ\u00e9e au Laboratoire de Sciences Sociales (2L2S) \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lorraine.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En vue de d\u00e9coloniser son imaginaire, C\u00e9cile Fries-Paiola s\u2019est appliqu\u00e9e \u00e0 provoquer en elle un d\u00e9centrement par rapport \u00e0 ses propres cadres de pens\u00e9e, pour repenser sa connaissance du monde du vivant et r\u00e9\u00e9valuer sa pertinence. Ses activit\u00e9s de recherche en sociologie, portant sur la g\u00e9obiologie, le vastu shastra et le fengshui, lui ont permis de r\u00e9interroger les relations au sein de la communaut\u00e9 du vivant, et de comprendre et d\u00e9passer le clivage nature-culture.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour partager cette r\u00e9flexion au sein du s\u00e9minaire, elle s\u2019appuie sur un texte de Baptiste Morizot, un \u00e9crit \u00e0 la fois scientifique et litt\u00e9raire, qui requestionne les interrelations loups-brebis-prairie. L\u2019auteur nous montre qu\u2019en pratiquant le pistage, nous pouvons nous mettre \u00ab&nbsp;\u00e0 la place&nbsp;\u00bb du loup, une attitude qui met alors en \u00e9vidence l\u2019interd\u00e9pendance entre les esp\u00e8ces &#8211; les loups et les brebis -,&nbsp;et d\u00e9construit nos id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues sur les relations interesp\u00e8ces. En effet, dans l\u2019imaginaire collectif, les loups attaquent et tuent n\u00e9cessairement les brebis pour se nourrir, or, en pistant les loups durant la nuit, nous sommes t\u00e9moins d\u2019une relation de cohabitation sur un m\u00eame territoire &#8211; entre eux et les troupeaux de brebis. La prise en compte de ces rapports, d\u2019ordinaires invisibles \u00e0 nos yeux, ouvre de nouveaux espaces de r\u00e9flexion pour l\u2019\u00e9thologie. A partir de cet exemple, Baptiste Morizot construit ce qu\u2019il nomme le principe de \u00ab&nbsp;diplomatie interesp\u00e8ces<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> des interrelations&nbsp;\u00bb, un principe qui montre l\u2019importance des relations d\u2019inter-d\u00e9pendances qu\u2019entretiennenent certaines esp\u00e8ces entre elles. Celles-ci font ainsi communaut\u00e9 vivante. En nous inscrivant en tant qu\u2019\u00eatre humain dans cette communaut\u00e9 du vivant, nous pourrions alors n\u00e9cessairement prendre en compte les interrelations et les liens qui r\u00e9gissent les \u00e9cosyst\u00e8mes entre eux. Par cette inscription dans un ensemble, nous ne nous poserions alors pas dans une posture d\u2019opposition face au monde du vivant&nbsp;et cela nous pousserait \u00e0 d\u00e9passer le clivage nature\/culture qui structure traditionnellement nos repr\u00e9sentations.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son ouvrage \u00e9galement, et par l\u2019acte d\u2019\u00e9criture, Baptiste Morizot r\u00e9interroge les codes acad\u00e9miques de la recherche&nbsp;: et si la musicalit\u00e9 de la langue et le style litt\u00e9raire pouvaient \u00eatre au service du propos tout en conservant une approche scientifique&nbsp;? C\u2019est \u00e0 partir de ce questionnement m\u00e9thodologique que C\u00e9cile Fries-Paiola s\u2019att\u00e8le \u00e0 requestionner l\u2019approche par discipline propre au monde universitaire occidental et les m\u00e9thodes de recherche qui lui sont associ\u00e9es. Elle nous explique d\u2019abord la diff\u00e9rence entre la pluridisciplinarit\u00e9 &#8211; aborder un objet d\u2019\u00e9tude selon diff\u00e9rents points de vus issus de plusieurs disciplines -, l\u2019interdisciplinarit\u00e9 &#8211; appr\u00e9hender conjointement un m\u00eame objet d\u2019\u00e9tude au travers de diverses disciplines -, et la transdisciplinarit\u00e9 &#8211; gommer les diff\u00e9rences entre les disciplines dans le traitement d\u2019un objet d\u2019\u00e9tude, ne pas s\u2019appuyer sur la sp\u00e9cificit\u00e9 d\u2019une discipline voire faire participer une diversit\u00e9 d\u2019acteurs qui ne sont pas n\u00e9cessairement des chercheurs. C\u00e9cile Fries-Paiola nous explique alors qu\u2019\u00e0 son sens, il ne faut pas d\u00e9fendre une position pluridisciplinaire ni essentialiser les cat\u00e9gories et les esp\u00e8ces. Pour aborder la crise \u00e9cologique, caract\u00e9ris\u00e9e par une crise de nos relations sensibles au(x) vivant(s), il lui appara\u00eet plus pertinent d\u2019adopter une posture transdisciplinaire. Par ailleurs, selon elle, mettre en place une \u00e9thique diplomatique interesp\u00e8ces, tel que le propose Baptiste Morizot, pourrait \u00eatre une r\u00e9ponse&nbsp;: comprendre le monde du vivant, partager son \u00ab&nbsp;\u00e9nigme&nbsp;\u00bb et cr\u00e9er des rituels contemporains pour prendre la mesure de ce qui nous y relie, permettrait de retisser des liens avec lui, de mieux l\u2019appr\u00e9hender dans sa complexit\u00e9 et ainsi de mieux le traiter. Cependant, pour pouvoir mettre en \u0153uvre cette diplomatie interesp\u00e8ces<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, il nous faut sortir de la mani\u00e8re dont nous abordons le vivant en termes de hi\u00e9rarchie : l\u2019humain n\u2019est peut-\u00eatre pas l\u2019\u00eatre le plus \u00ab&nbsp;\u00e9volu\u00e9&nbsp;\u00bb, et d\u2019autres esp\u00e8ces sont, ou sont en train de devenir, plus \u00ab&nbsp;\u00e9volu\u00e9s&nbsp;\u00bb que nous, si l\u2019on modifie les crit\u00e8res que nous utilisons pour \u00e9valuer ces diff\u00e9rences. Il nous faut \u00e9galement regarder les interd\u00e9pendances&nbsp;: nous d\u00e9pendons du vivant et, r\u00e9ciproquement, le vivant d\u00e9pend de nous, nous faisons communaut\u00e9 avec ce dernier.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour comprendre le monde du vivant, pour saisir l\u2019impact de l\u2019\u00eatre humain sur son environnement, et pour se rendre compte de la mani\u00e8re dont le vivant et l\u2019environnement impactent nos comportements, C\u00e9cile Fries-Paiola s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9copsychologie, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la psychologie environnementale. Cette derni\u00e8re estime qu\u2019il est n\u00e9cessaire de consid\u00e9rer sant\u00e9 de l\u2019humain, des animaux et de l\u2019environnement, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale comme mondiale, comme une sant\u00e9 unique, \u00ab&nbsp;one health&nbsp;\u00bb. Pour ce faire, selon C\u00e9cile Fries-Paiola, il nous faut, dans un premier temps, sortir de la logique des \u00ab&nbsp;silos d\u2019esp\u00e8ces&nbsp;\u00bb et quitter l\u2019approche sp\u00e9ciste et dualiste, pour aller vers une sant\u00e9 des interrelations. Cela est possible en d\u00e9construisant des oppositions qui structurent notre soci\u00e9t\u00e9, telles que&nbsp;: environnement\/humain, sciences naturelles\/sciences humaines, litt\u00e9rature grise\/litt\u00e9rature classique, disciplinaire\/transdisciplinaire, ou encore recherche fondamentale\/recherche appliqu\u00e9e. Par ailleurs, dans un deuxi\u00e8me temps, il nous faut arr\u00eater de tout analyser du point de vue humain. En effet, pour conna\u00eetre, il devient indispensable de se mettre&nbsp;\u00ab&nbsp;\u00e0 la place de&nbsp;\u00bb &#8211; seul l\u2019\u00eatre humain d\u00e9tient cette capacit\u00e9 \u2013 et d\u2019adopter des points de vue diversifi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Au travers de ces questions et de la g\u00e9obiologie, C\u00e9cile Fries-Paiola nous demande finalement ce que signifierait fabriquer de l\u2019architecture avec et pour la communaut\u00e9 du vivant. Le projet architectural doit, selon elle, prendre en compte et prendre soin de plusieurs \u00e9l\u00e9ments&nbsp;: des arbres, par exemple, qui sont des marqueurs-indicateurs du milieu, ou encore, de tous les animaux, qu\u2019ils soient domestiqu\u00e9s ou non. L\u2019architecture doit consid\u00e9rer que l\u2019humain est ins\u00e9r\u00e9 dans cette vaste communaut\u00e9 vivante et doit faire preuve d\u2019\u00e9gards r\u00e9ciproques envers celle-ci&nbsp;: devenir donc une architecture des interrelations.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> MORIZOT Baptiste, <em>Mani\u00e8res d\u2019\u00eatre vivant<\/em>, Actes Sud, 2020, 336 pages.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Ibid.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Compte-rendu de conf\u00e9rence, mardi 10 mai 2021, ENSArchitecture Nancy. C\u00e9cile Fries-Paiola est enseignante \u00e0 l\u2019ENSA de Nancy, chercheuse au LHAC (Laboratoire d\u2019Histoire de l\u2019Architecture Contemporaine) \u00e0 l\u2019ENSA de Nancy et associ\u00e9e au Laboratoire de Sciences Sociales (2L2S) \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lorraine. 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