{"id":88,"date":"2022-08-22T14:23:15","date_gmt":"2022-08-22T12:23:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/?page_id=88"},"modified":"2022-08-23T15:36:55","modified_gmt":"2022-08-23T13:36:55","slug":"table-ronde","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/rencontres-interdisciplinaires\/rim-1-un-etat-des-lieux-pour-agir\/table-ronde\/","title":{"rendered":"Table ronde"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Anim\u00e9e par Jean-Marc St\u00e9b\u00e9, cette table ronde conclusive regroupe, autour de Dominique Bourg, des enseignants et chercheurs de l\u2019ENSArchitecture Nancy, \u00c9meline Curien, C\u00e9cile Fries-Paiola, Herv\u00e9 Gaff et Claude Valentin, 6 d\u00e9cembre 2017. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jean-Marc St\u00e9b\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Penser des \u00e9tablissements humains pluriels, \u00e9cologiques et inclusifs, c\u2019est peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 penser, au sein des villes, l\u2019accueil des d\u00e9plac\u00e9s. Il y a en effet de plus en plus de migrants climatiques \u00e0 cause des s\u00e9cheresses, de r\u00e9fugi\u00e9s en raison des guerres, d\u2019habitants fuyant la mis\u00e8re des campagnes et qui s\u2019agglom\u00e8rent \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des villes&#8230; Comment penser l\u2019am\u00e9nagement des villes pour permettre l\u2019accueil de ces populations paup\u00e9ris\u00e9es, fragilis\u00e9es, qui s\u2019entassent dans les bidonvilles, dans de l\u2019habitat pr\u00e9caire, dans la jungle des campements du nord de la France, dans des \u00ab&nbsp;habitats de transit&nbsp;\u00bb comme on disait dans les ann\u00e9es 60&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour r\u00e9pondre, je vais peut-\u00eatre reprendre certains \u00e9l\u00e9ments de votre expos\u00e9 liminaire. L\u2019ascension des courbes que nous avons connue depuis le d\u00e9but de l\u2019\u00e8re industrielle est ins\u00e9parable du fait d\u2019avoir puis\u00e9 dans des stocks d\u2019\u00e9nergie et de mat\u00e9riaux qui vont tr\u00e8s probablement commencer \u00e0 nous faire d\u00e9faut. C\u2019est la raison pour laquelle je ne pense pas que les courbes vont ind\u00e9finiment continuer \u00e0 monter. Je ne peux pas dire quand elles vont redescendre, mais cela ne sera tr\u00e8s probablement pas au-del\u00e0 de ce si\u00e8cle. Prenons l\u2019agriculture que nous connaissons aujourd\u2019hui, et qui permet de nourrir des milliards d\u2019Hommes&nbsp;: c\u2019est une agriculture qui n\u2019est plus solaire, mais mini\u00e8re. Cela signifie que quand nous produisons une calorie alimentaire, nous utilisons aujourd\u2019hui dix calories \u00e9nerg\u00e9tiques, alors que le principe de l\u2019agriculture est inverse&nbsp;: avec peu de calories \u00e9nerg\u00e9tiques, produire plus de calories alimentaires. Avec la rar\u00e9faction des ressources \u00e9nerg\u00e9tiques, nous allons avoir des probl\u00e8mes de production de nourriture. Par ailleurs, depuis 2007 et avec le r\u00e9chauffement qui est d\u00e9j\u00e0 sensible, il n\u2019y a pas une ann\u00e9e sans baisse de productivit\u00e9 agricole dans une r\u00e9gion du monde, du fait de s\u00e9cheresses massives. En ce qui concerne les c\u00e9r\u00e9ales, les pertes sont de 20 \u00e0 40%, et nous ne sommes qu\u2019au tout d\u00e9but du changement climatique. Nous connaissons une hausse de la temp\u00e9rature par rapport aux ann\u00e9es 1880 de 1,1\u00b0C, et le rythme des augmentations n\u2019est pas lin\u00e9aire, il a plut\u00f4t tendance \u00e0 \u00eatre exponentiel. Nous allons vivre, sans doute dans le si\u00e8cle, une rupture majeure, c\u2019est-\u00e0-dire que nous allons tr\u00e8s probablement entrer dans un d\u00e9clin d\u00e9mographique au tr\u00e8s long cours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, dire quels seront les effets du changement climatique sur les migrations est compliqu\u00e9. Il y aura beaucoup de migrations internes, et les plus fortes se feront des c\u00f4tes vers l\u2019int\u00e9rieur des terres du fait de la hausse du niveau des mers. Il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, nous \u00e9tions \u00e0 3&nbsp;mm d\u2019\u00e9l\u00e9vation par an, et nous sommes pass\u00e9s maintenant \u00e0 9 mm, ce qui signifie au bas mot un m\u00e8tre \u00e0 la fin du si\u00e8cle. Il existe des sc\u00e9narios tout \u00e0 fait diff\u00e9rents<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Quand on regarde le pal\u00e9oclimat, on voit qu\u2019une \u00e9l\u00e9vation de temp\u00e9rature de 2\u00b0C par rapport \u00e0 ce que nous avons connu \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, pourrait avoir comme cons\u00e9quence une \u00e9l\u00e9vation de plusieurs m\u00e8tres dans le si\u00e8cle-ci. Cette hausse serait due au ph\u00e9nom\u00e8ne, d\u00e9j\u00e0 en cours aujourd\u2019hui dans la partie Ouest de l\u2019Antarctique, des glaces passives. Quand celles-ci fondent, cela n\u2019augmente pas l\u2019\u00e9l\u00e9vation des mers&nbsp;: c\u2019est comme un gla\u00e7on qui fond dans un verre, il ne le fait pas d\u00e9border. Mais si vous rajoutez des gla\u00e7ons, le niveau monte. Or, une fois que les glaces passives ont fondues, c\u2019est au tour des glaciers qui sont \u00e0 l\u2019aplomb de la mer, accroch\u00e9s aux montagnes, de descendre tr\u00e8s rapidement dans la mer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les effets sur les c\u00f4tes seront diff\u00e9rents, et leur rythme et leur acc\u00e9l\u00e9ration difficiles \u00e0 pr\u00e9voir. Une grande partie de l\u2019humanit\u00e9 vit sur les c\u00f4tes et ce sera la principale raison de migrations climatiques. D\u2019autres seront li\u00e9es au fait que certaines r\u00e9gions vont devenir plus arides qu\u2019elles ne le sont. Une des cons\u00e9quences du changement climatique en effet, c\u2019est une r\u00e9partition diff\u00e9rente du r\u00e9gime des pluies&nbsp;: grosso modo, l\u00e0 o\u00f9 il pleuvait peu il pleuvra encore moins, et l\u00e0 o\u00f9 il pleuvait beaucoup il pleuvra encore plus. Des ph\u00e9nom\u00e8nes assez extraordinaires pourraient se produire, j\u2019esp\u00e8re que ce ne sera pas pendant ce si\u00e8cle, mais peut-\u00eatre pour le si\u00e8cle prochain. Deux \u00e9tudes, une de 2014 et une de 2017, une sur la p\u00e9ninsule Arabique, l\u2019autre sur l\u2019arc Indo-pakistanais, montrent qu\u2019il pourrait y avoir une accumulation de chaleur et d\u2019humidit\u00e9 telle qu\u2019elle saturerait les capacit\u00e9s de transpiration du corps humain, et ce pendant une longue p\u00e9riode. Ces r\u00e9gions finiraient par ne plus \u00eatre habitables. Il y a donc des raisons tr\u00e8s diff\u00e9rentes qui nous am\u00e8nent \u00e0 penser que les migrations seront fortes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour revenir \u00e0 l\u2019accueil des migrants, il faudrait d\u00e9j\u00e0 s\u2019assurer que les villes soient encore vivables pour leurs habitants bourgeois. Au train o\u00f9 vont les choses, cela ne va pas \u00eatre simple, ce qui ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y a pas de r\u00e9ponse possible&nbsp;: une v\u00e9g\u00e9talisation assez profonde de la ville, des chauss\u00e9es ajour\u00e9es \u00e0 la place de ces miroirs solaires que sont nos chauss\u00e9es, un assainissement de l\u2019eau par des \u00e9cosyst\u00e8mes\u2026 On pourrait imaginer une ville beaucoup plus \u00e9cosyst\u00e9mis\u00e9es, mais ces am\u00e9nagements sont tr\u00e8s cons\u00e9quents, et il faudrait les faire dans les 20 ans qui viennent. Apr\u00e8s, nous souffrirons trop des vagues de chaleur. Ce que je peux vous dire en tant qu\u2019environnementaliste, c\u2019est que nous ne pourrons pas changer nos relations \u00e0 l\u2019environnement avec des villes qui pr\u00e9sentent la structure sociale qui est la leur aujourd\u2019hui, c\u2019est-\u00e0-dire avec des in\u00e9galit\u00e9s extr\u00eamement fortes. Un mod\u00e8le, HANDY<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, permet de mod\u00e9liser de mani\u00e8re assez simple les relations entre proies et pr\u00e9dateurs et des chercheurs se sont amus\u00e9s \u00e0 l\u2019appliquer sur les relations riches-pauvres. Ce qu\u2019il met en \u00e9vidence, c\u2019est que une soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est r\u00e9siliente du point de vue environnemental que si les in\u00e9galit\u00e9s sont tr\u00e8s resserr\u00e9es. Mais aussi qu\u2019elle peut s\u2019effondrer sans aucun probl\u00e8me environnemental, tout simplement parce que les riches finissent par faire crever les pauvres. Je relaie un propos de Bruno Latour qui pose la question suivante&nbsp;:&nbsp;compte-tenu du comportement de certaines \u00e9lites aujourd\u2019hui, on peut se demander si elles n\u2019ont pas d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 que la plan\u00e8te \u00e9tait trop petite et trop pauvre en ressources pour elle-m\u00eame et pour les autres. La r\u00e9silience environnementale, je n\u2019en ai aucun doute, ne se fera pas \u00e0 mod\u00e8le social constant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans ce contexte hyper-complexe que vient se rajouter la question des migrations. Nous allons pendant une p\u00e9riode devoir cumuler toutes les difficult\u00e9s&nbsp;: villes gigantesques, difficult\u00e9s \u00e9nerg\u00e9tiques, ressources limit\u00e9es en mat\u00e9riaux, complications en terme de production alimentaire, mouvements migratoires\u2026 La clef de tous ces probl\u00e8mes est la suivante&nbsp;: arriverons-nous ou non \u00e0 r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s, et \u00e0 produire des citoyens plus r\u00e9flexifs&nbsp;? L\u2019Histoire ne nous a gu\u00e8re habitu\u00e9s \u00e0 ce genre de choses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9meline Curien<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on fait la liste des lieux qui commencent \u00e0 devenir inhabitables \u2013&nbsp;trop chauds l\u2019\u00e9t\u00e9, manquant d\u2019eau, touch\u00e9s par des catastrophes naturelles \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition\u2026&nbsp;\u2013, on finit par se demander si nous n\u2019allons pas finalement tous devenir migrants&nbsp;? La situation que vivent les r\u00e9fugi\u00e9s climatiques aujourd\u2019hui, nous ne sommes pas loin de nous dire qu\u2019elle pourrait nous toucher sous d\u2019autres formes&nbsp;: nous pourrions tous potentiellement, dans les d\u00e9cennies qui viennent, \u00eatre \u00e0 leur place, et chercher une terre d\u2019asile. Cela transforme notre vision du m\u00e9tier d\u2019architecte et de notre responsabilit\u00e9&nbsp;: comment faire pour cr\u00e9er, en tout lieu, une habitabilit\u00e9 pour les 5 ans, les 10 ans, les 100 ans qui viennent&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u00e9cile Fries-Paiola<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela n\u00e9cessite en effet de penser \u00e0 la mani\u00e8re dont nous participons \u00e0 l\u2019organisation d\u2019un territoire. Comment d\u00e9j\u00e0 faire en sorte de ne pas sur-rajouter \u00e0 ces difficult\u00e9s de nouvelles fractures, de nouvelles s\u00e9parations quelles qu\u2019elles soient&nbsp;? Nous avons tous collectivement un r\u00f4le \u00e0 jouer pour essayer de repenser \u00e0 toutes les \u00e9chelles \u2013&nbsp;du pays, \u00e0 la ville, \u00e0 l\u2019abri&nbsp;\u2013 des territoires moins s\u00e9gr\u00e9gatifs, qui puissent inclure, \u00eatre partag\u00e9s, des territoires capables d\u2019int\u00e9grer rapidement de nouvelles populations. Et \u00e0 un moment donn\u00e9, il va bien s\u2019agir de formes architecturales et urbaines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Herv\u00e9 Gaff<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Or pour l\u2019instant, plut\u00f4t que de mettre en place des rev\u00eatements de voirie ajour\u00e9s pour recr\u00e9er des \u00e9cosyst\u00e8mes en ville, on investit massivement dans la robomobilit\u00e9, ou des dispositifs technologiques dont on conna\u00eet pourtant l\u2019obsolescence programm\u00e9e, les d\u00e9penses en mat\u00e9riaux, en \u00e9nergie&#8230; Cela pose la question de l\u2019adoption d\u2019un panel de solutions, pas forc\u00e9ment technologiques, pour am\u00e9liorer la vie urbaine tant au niveau de la d\u00e9pense \u00e9nerg\u00e9tique que de la contribution \u00e0 la lutte contre le r\u00e9chauffement climatique. L\u2019enjeu est dans une pens\u00e9e syst\u00e9mique, dans l\u2019interaction avec d\u2019autres organismes vivants. Si l\u2019on veut un \u00e9cosyst\u00e8me, il faut une ouverture&nbsp;: cela ne peut pas fonctionner sur des milieux ferm\u00e9s. Cela remet en question toutes les limites, et la ville ce n\u2019est que \u00e7a en fait, des juxtapositions conventionnelles de s\u00e9parations, d\u2019obstacles, de barri\u00e8res&#8230; Il est quasiment impossible de cultiver un jardin en ville sur un mod\u00e8le permaculturel&nbsp;: le syst\u00e8me \u00e9tant cl\u00f4t, vous aurez une prolif\u00e9ration de ce qu\u2019on appelle les nuisibles, puisqu\u2019il y a peu de pr\u00e9dateurs aux alentours. Il faut ouvrir, il faut qu\u2019il y ait des interactions, des m\u00e9langes. N\u2019y aurait-il pas une ad\u00e9quation \u00e0 trouver entre l\u2019ouverture entre les Hommes et l\u2019ouverture spatiale entre les biotopes ou entre les diff\u00e9rents environnements&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il me semble que le meilleur exemple pour faire comprendre ce vers quoi nous devons aller, c\u2019est la permaculture, c\u2019est-\u00e0-dire le retour \u00e0 une relation tr\u00e8s sensible avec le sol, avec la terre. A l\u2019origine, dans son livre qui date des ann\u00e9es 1970, Holmgren<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a> tire des enseignements de la connaissance des \u00e9cosyst\u00e8mes. Dans un \u00e9cosyst\u00e8me naturel, vous n\u2019avez jamais quelque chose de sp\u00e9cifique. Les plantes s\u2019entraident, se compl\u00e8tent les unes les autres. Certaines par exemple vont fixer l\u2019azote pour d\u2019autres qui n\u2019en sont pas capables, elles vont attirer les pr\u00e9dateurs des pr\u00e9dateurs des autres\u2026 La permaculture est un m\u00e9lange \u00e0 la fois d\u2019archa\u00efsme et d\u2019hyper modernit\u00e9. C\u2019est ce que nous devons faire dans nos villes, red\u00e9couvrir une relation tr\u00e8s diff\u00e9rente avec la nature. Des choses commencent \u00e0 \u00e9merger, il y a par exemple un mouvement non n\u00e9gligeable en France chez les jeunes dipl\u00f4m\u00e9s d\u2019installation de fermes de permaculture, et la plupart sont le fait de gens avec un dipl\u00f4me assez \u00e9lev\u00e9 dont les parents ne sont pas du tout agriculteurs. Nous n\u2019allons pas revenir \u00e0 l\u2019ancien temps. Il nous faut r\u00e9inventer un futur sans se priver de s\u2019inspirer des choses int\u00e9ressantes du pass\u00e9. Les images de villes nouvelles que l\u2019on nous montre, avec ces immenses tours avec un peu de verdure dessus, je n\u2019y crois pas du tout. Il faut se d\u00e9connecter de cette id\u00e9e que le b\u00e9ton, la fibre optique\u2026 et la modernisation artificialisante sont n\u00e9cessairement notre devenir. Il faut revenir \u00e0 quelque chose d\u2019un peu plus complexe, un peu plus articul\u00e9, o\u00f9 nous allons jouer entre le naturel et l\u2019artificiel de mani\u00e8re plus subtile, en ayant comme objectif d\u2019accro\u00eetre nos am\u00e9nit\u00e9s, de rendre la ville plus agr\u00e9able \u00e0 vivre, plus sens\u00e9e, plus conviviale. Il nous faut voir que la voie que nous avons suivie ne donne plus les m\u00eames effets, qu\u2019elle nous condamne m\u00eame \u00e0 un danger extr\u00eame. \u00c9loi Laurent<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a> montre tr\u00e8s bien que les trois grandes retomb\u00e9es des Trente Glorieuses et de la croissance vertigineuse du PIB ont \u00e9t\u00e9 la cr\u00e9ation d\u2019emplois, la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s et l\u2019augmentation du bien-\u00eatre. Cela a tr\u00e8s bien march\u00e9 jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. Puis on est pass\u00e9 \u00e0 un syst\u00e8me industriel diff\u00e9rent, bas\u00e9 plut\u00f4t sur de petits objets, on a d\u00e9laiss\u00e9 les infrastructures, comme aux \u00c9tats-Unis. Depuis 40 ans, la croissance n\u2019am\u00e8ne pas plus de bien-\u00eatre, il n\u2019est plus \u00e9vident du tout qu\u2019elle cr\u00e9e de l\u2019emploi, et elle augmente au contraire les in\u00e9galit\u00e9s. Les \u00c9tats-Unis sont revenus en 2010 au niveau d\u2019in\u00e9galit\u00e9s qui \u00e9tait le leur en 1920. Nous sommes oblig\u00e9s de revenir sur certains fondamentaux, nous ne pouvons pas penser que l\u2019avenir sera la continuit\u00e9 simple du pr\u00e9sent, nous devons r\u00e9inventer un avenir plus complexe, plus subtil que celui propos\u00e9 par les GAFA.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jean-Marc St\u00e9b\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une question qui me semble fondamentale, est comment satisfaire \u00e0 la fois la demande et l\u2019exigence \u00e9cologique&nbsp;? Parce que comme les chinois qui ont go\u00fbt\u00e9 au plaisir de la voiture et de la maison individuelle, les presque 40% de classes moyennes aujourd\u2019hui en Inde &#8211; et qui vont continuer \u00e0 augmenter jusqu\u2019\u00e0 50-60% &#8211; vont aussi vouloir une voiture, un pavillon, des golfs, des terrains de tennis, des piscines\u2026, ils vont vouloir le m\u00eame \u00e9quipement que nos villes occidentales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le probl\u00e8me est que nous sommes sur la m\u00eame plan\u00e8te, mais avec des vitesses diff\u00e9rentes. Les habitants de l\u2019Inde ou de la Chine aujourd\u2019hui sont d\u2019une certaine mani\u00e8re dans les ann\u00e9es 1960, mais ils connaissent d\u00e9j\u00e0 des probl\u00e8mes de pollution massive. Ils n\u2019auront jamais connu l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;innocence&nbsp;\u00bb de la consommation. Le ministre de la sant\u00e9 indien nie le lien entre la surmortalit\u00e9, la pollution de l\u2019air et l\u2019industrie. Il y a \u00e0 un moment donn\u00e9 dissonance cognitive. En fait, nous avons construit un r\u00eave qui est auto-destructeur<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Claude Valentin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les chiffres que vous avez donn\u00e9s sont extr\u00eamement parlants et inqui\u00e9tants. Nous pouvons \u00eatre sid\u00e9r\u00e9s par ce saut dans l\u2019inconnu. Nous sommes dans une communaut\u00e9 p\u00e9dagogique qui apprend \u00e0 faire de l\u2019architecture, \u00e0 r\u00e9aliser des projets, et j\u2019essaie de voir comment ces chiffres viennent en perspective de cet apprentissage, comment ils interrogent une profession, une discipline. Il y a un embo\u00eetement d\u2019\u00e9chelles&nbsp;: ce que l\u2019on peut dire de la Terre, de la population mondiale et de son avenir, nous pourrions le retrouver \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un village, d\u2019un quartier ou d\u2019une famille. Nous avons peut-\u00eatre aujourd\u2019hui une capacit\u00e9 plus grande de comprendre la Terre, de la voir \u00e0 proximit\u00e9. C\u2019est ce que nous voyons d\u2019ailleurs dans une des toiles de Caspar Friedrich, une image qui est d\u00e9crite et utilis\u00e9e par Bruno Latour. Il y a un horizon avec un individu au premier plan, qui s\u2019interroge sur son avenir. \u00c0 la deuxi\u00e8me lecture, appara\u00eet, \u00e0 travers les marais repr\u00e9sent\u00e9s sur la toile, la d\u00e9coupe des continents. Nous faisons une exp\u00e9rience du monde, au travers de nos sensations, de notre voisinage, et elle est rendue plus pr\u00e9sente et pointue \u00e0 travers ces chiffres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans nos activit\u00e9s professionnelles d\u2019architectes, nous sommes face \u00e0 des contradictions fortes. Nous avons aujourd\u2019hui des labels, par exemple le <em>Passivhaus<\/em> qui vise des performances en terme d\u2019\u00e9conomie d\u2019\u00e9nergie maximum. Mais avec l\u2019exp\u00e9rience, on se rend compte de plusieurs choses. Premi\u00e8rement, le co\u00fbt au m<sup>2<\/sup> est d\u00e9multipli\u00e9 m\u00eame en restant modeste dans les prestations. Deuxi\u00e8mement, nous sommes face \u00e0 des monopoles de mat\u00e9riels qui sont eux-m\u00eames labellis\u00e9s, et pour \u00eatre nous-m\u00eames labellis\u00e9s, nous devons avoir recours \u00e0 toute une \u00e9conomie parall\u00e8le attach\u00e9e \u00e0 cette labellisation. Troisi\u00e8mement, la nature des mat\u00e9riaux employ\u00e9s pour atteindre ces objectifs de performances thermiques ne sont pas du tout compatibles avec les autres crit\u00e8res environnementaux. Ne parlons m\u00eame pas de durabilit\u00e9, c\u2019est encore un param\u00e8tre qui n\u2019est pas pris en compte dans ce label-l\u00e0, et nous voyons bien que la reconversion d\u2019un \u00e9quipement dit <em>Passivhaus<\/em> n\u2019est pas encore bien pris en compte dans l\u2019histoire du projet. Nous sommes donc face \u00e0 des d\u00e9crochages d\u2019objectifs&nbsp;: certains partent dans une direction, et d\u2019autres dans une autre, sans forc\u00e9ment de coh\u00e9rence de fond sur l\u2019objectif final \u00e0 atteindre. L\u2019attitude la plus agile par rapport \u00e0 ces situations complexes, la plus paysanne, est celle qui privil\u00e9gie le bon sens, l\u2019\u00e9conomie de moyens et la vision \u00e0 long terme. En tant qu\u2019architectes, nous avons l\u2019avantage de pouvoir rencontrer \u00e0 travers nos projets des opportunit\u00e9s de changements. Nous dessinons des visions heureuses de l\u2019habitat ou d\u2019un quartier, mais nous avons aussi la capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre prescripteurs, c\u2019est-\u00e0-dire de d\u00e9cider le m\u00e9tier que doit faire tant\u00f4t le menuisier, le ma\u00e7on, de d\u00e9cider des mat\u00e9riaux qui vont \u00eatre utilis\u00e9s, d\u2019aiguiller vers des fili\u00e8res particuli\u00e8res. Toute la strat\u00e9gie est de comprendre comment, dans l\u2019\u00e9conomie du march\u00e9 actuel et avec le budget qui nous est allou\u00e9, nous allons pouvoir faire jouer les curseurs pour que des solutions disons heureuses, qui d\u00e9fendent la cause des biens communs, puissent exister. Et cela m\u00eame si elles ne sont pas \u00e9nonc\u00e9es comme une volont\u00e9 politique g\u00e9n\u00e9rale. Prenons un exemple&nbsp;: l\u2019enrob\u00e9 pour un sol ext\u00e9rieur est pr\u00e9sent dans nos conventions et dans nos biblioth\u00e8ques de prescription. C\u2019est tr\u00e8s facile, nous connaissons le prix au m\u00e8tre carr\u00e9, les couches \u00e0 mettre, les trois cat\u00e9gories d\u2019enrob\u00e9 existant\u2026 En revanche, si nous commen\u00e7ons \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la perm\u00e9abilit\u00e9 du sol, \u00e0 ce moment-l\u00e0, les prix au m\u00e8tre carr\u00e9 sont plus \u00e9lev\u00e9s, les solutions moins conventionnelles\u2026 Comment trouver un effet de levier entre une telle micro-action et un probl\u00e8me immense&nbsp;? La survie \u00e0 long terme de l\u2019esp\u00e8ce et du monde qui nous entoure pourrait peut-\u00eatre reposer sur une philosophie, ou en tout cas une \u00e9thique, partageable, nous permettant d\u2019agir en fonction des situations que nous rencontrons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne nous en sortirons que lorsque chacun de nous, lorsqu&#8217;il fera un choix, imaginera les cons\u00e9quences de ce choix r\u00e9p\u00e9t\u00e9 des milliards de fois. Il nous faut devenir des citoyens r\u00e9flexifs, et \u00eatre capables d\u2019avoir ce raisonnement fractal. Le local est toujours articul\u00e9 au global&nbsp;: comme nous sommes des milliards, chaque r\u00e9flexion circonscrite a une traduction \u00e0 grande \u00e9chelle. Le clich\u00e9 de la Terre vue de l\u2019espace vendu par l\u2019agence Sigma \u00e0 des centaines de millions de reproductions a vraiment chang\u00e9 notre vision de la plan\u00e8te, et a permis de faire le lien entre le lieu limit\u00e9 o\u00f9 nous vivons et la Terre. Je vous invite \u00e0 lire un texte qui date de la fin des ann\u00e9es 1950, avant ces clich\u00e9s et pourtant qui pensait d\u00e9j\u00e0 cette relation. Il s\u2019agit d\u2019un texte de Bertrand de Jouvenel dans Arcadie qui s\u2019appelle <em>La Terre est petite<\/em>, il a compris ce que chacun de nous devrait incorporer pour que nous parvenions vraiment \u00e0 changer nos habitudes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jean-Marc St\u00e9b\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au niveau collectif, quelles mesures peut-on envisager&nbsp;? Reprenons l\u2019exemple de la biodiversit\u00e9 en ville. Des interventions telles les lois du Grenelle de l\u2019Environnement sont-elles efficaces&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais commencer par des constats qui sont tout \u00e0 fait paradoxaux&nbsp;: aujourd\u2019hui, il y a plus de biodiversit\u00e9 dans les villes que dans les campagnes, \u00e0 cause du Roundup, du glyphosate utilis\u00e9s dans les cultures, et qui font que les plantes comme les animaux se r\u00e9fugient dans les villes. Mais il faut bien avoir en t\u00eate, quand on aborde cette question de la biodiversit\u00e9 dans la ville, c\u2019est que nous sommes dans une phase tr\u00e8s particuli\u00e8re qui est maintenant bien document\u00e9e. Une enqu\u00eate tr\u00e8s r\u00e9cente sur les insectes volants, dont les pollinisateurs mais pas seulement, dans une r\u00e9gion pourtant prot\u00e9g\u00e9e d\u2019Allemagne, met en \u00e9vidence qu\u2019en 25 ans, les trois-quart de la population d\u2019insectes volants ont disparu. 30% de cette disparition concerne des esp\u00e8ces g\u00e9n\u00e9ralistes, celles qui sont adapt\u00e9es \u00e0 des niches tr\u00e8s diff\u00e9rentes, et qui normalement devraient mieux survivre. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, c\u2019est entre 50 et 60% de tout ce qui vit sur Terre qui a disparu en 30 \u00e0 40 ans. Les chercheurs, dans ce m\u00eame papier, utilisent le mot \u00ab&nbsp;an\u00e9antissement&nbsp;\u00bb&nbsp;: nous avons an\u00e9anti le vivant. Ce qui est tr\u00e8s curieux, c\u2019est qu\u2019en tant qu\u2019individu, j\u2019esp\u00e8re que vous le voyez autour de vous, nous sommes capables de tr\u00e9sors d\u2019intelligence, de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9\u2026 mais en tant qu\u2019esp\u00e8ce, nous sommes absolument monstrueux. L\u00e0 aussi, il faut que nous arrivions \u00e0 connecter deux \u00e9chelles&nbsp;: la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des individus et la monstruosit\u00e9 de l\u2019esp\u00e8ce. Ce sont des changements tr\u00e8s profonds, et qu\u2019on ne r\u00e9sout pas avec un Grenelle, c\u2019est-\u00e0-dire un rassemblement d\u2019associations qui viennent chacune avec leur petite proposition, ce qui donne 228 mesures au total, mais en fait rien du tout. Les deux seules mesures structurantes \u00e9taient la r\u00e9flexion sur les trames vertes et bleues, et la taxe carbone. Vous avez vu ce que celle-ci est devenue. Et on fait \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose sur l\u2019\u00e9conomie circulaire. Cette fa\u00e7on de faire n\u2019est probablement pas tr\u00e8s bonne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u00e9cile Fries-Paiola<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quels seraient, au niveau des villes mais aussi plus globalement des territoires, les leviers pour faire \u00e9voluer la situation plus rapidement et efficacement, afin de prendre en compte toutes les probl\u00e9matiques qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9es aujourd\u2019hui?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec Kerry Whiteside<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, nous avons r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 l\u2019aspect national, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 comment on peut mieux gouverner sur les aspects de long terme. Ce qui caract\u00e9rise ce qu\u2019on appelle l\u2019Anthropoc\u00e8ne, l\u2019\u00e9poque dans laquelle nous sommes entr\u00e9s sans doute depuis l\u2019apr\u00e8s-guerre, c\u2019est le fait que quand je vais \u00e0 la pompe, que je le veuille ou non, j\u2019influe sur le climat, sur la biodiversit\u00e9, donc en d\u2019autres termes j\u2019influe sur des param\u00e8tres du syst\u00e8me Terre qui sont au tr\u00e8s long cours. Si nous avons 3\u00b0C suppl\u00e9mentaires \u00e0 la fin de ce si\u00e8cle, nous aurons 5\u00b0C de plus au prochain, et cela pour des mill\u00e9naires. Il faudra 100&nbsp;000 ans pour que le syst\u00e8me r\u00e9sorbe le surcro\u00eet de CO<sub>2<\/sub> qui aura \u00e9t\u00e9 introduit dans l\u2019atmosph\u00e8re. Si vous regardez en terme de biodiversit\u00e9, apr\u00e8s une extinction massive, c\u2019est 5 \u00e0 10 millions d\u2019ann\u00e9es qu\u2019il faut attendre pour retrouver une biodiversit\u00e9 de richesse \u00e9quivalente. Au tr\u00e8s court terme, nous influons sur des param\u00e8tres au tr\u00e8s tr\u00e8s long terme, et jusqu\u2019\u00e0 maintenant nous ne nous en sommes pas vraiment occup\u00e9s. Et nos \u00e9lus sont \u00e9lus pour prendre des d\u00e9cisions \u00e0 court terme, trouver des compromis entre diff\u00e9rentes parties de la soci\u00e9t\u00e9 et pour des enjeux au pr\u00e9sent. Si vous demandez aux gens maintenant de se sacrifier sur tel ou tel plan pour pr\u00e9server quelque chose dans 50 ans, vous \u00eates s\u00fbr que vous ne serez pas r\u00e9\u00e9lu. Nous avons r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 des modalit\u00e9s pour ajouter au Parlement, donc \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale et au S\u00e9nat, une troisi\u00e8me chambre, un contrepoids, pour inciter les pouvoirs publics \u00e0 aller dans le sens de la gestion du long terme. Et on peut tr\u00e8s bien imaginer avoir des choses parall\u00e8les au niveau urbain. Cela dit, je constate que sur nos grands sujets, les collectivit\u00e9s territoriales et notamment les villes sont plus avanc\u00e9es. \u00c9videmment, elles ne touchent que certains aspects, mais il y a beaucoup de villes fran\u00e7aises qui sont tr\u00e8s en avance sur ces question&nbsp;: Paris, Nantes, Bordeaux, Lyon&#8230; Quand vous regardez les \u00c9tats-Unis aujourd\u2019hui, ce sont les villes et les \u00c9tats qui vont contrer Donald Trump. Je ne sais pas s\u2019il faut en rajouter beaucoup sur le plan de leur gouvernance, m\u00eame s\u2019il faudrait qu\u2019elles soient plus participatives. Le seul domaine en terme de gouvernance qui me rassure est l\u2019\u00e9chelle territoriale. J\u2019ai vraiment l\u2019impression que, m\u00eame si le dynamisme n\u2019est pas le m\u00eame partout, on y agit vraiment beaucoup plus dans un sens qui est vraiment le bon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Claude Valentin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le Grand Est, une initiative de la fili\u00e8re architecture a \u00e9t\u00e9 prise, qui montre que l\u2019\u00e9chelle territoriale peut \u00eatre une piste vraiment int\u00e9ressante. Si on acte une bonne fois pour toute la reconfiguration des r\u00e9gions et qu\u2019on passe \u00e0 l\u2019action, on s\u2019aper\u00e7oit finalement qu\u2019entre Champagne, Lorraine et Alsace, au-del\u00e0 des clivages culturels et les craintes de certains, on peut r\u00e9ussir \u00e0 coordonner un certain nombre d\u2019actions, ce qu\u2019on n\u2019aurait jamais imagin\u00e9 il y a encore quelques ann\u00e9es&nbsp;: une f\u00e9d\u00e9ration des forces, les \u00e9tudiants, les Ordres, les syndicats, les entreprises, les entreprises d\u2019architecture, les \u00e9coles, les laboratoires de recherche sont pr\u00e9sents lors d\u2019assises pour partager une vision commune. L\u2019envie, le projet, c\u2019est bien d\u2019agir \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du territoire, pas dans un objectif de protection communautaire, mais bien pour faire levier par rapport \u00e0 des atouts et des opportunit\u00e9s g\u00e9ographiques, parce que la g\u00e9ographie du Grand Est n\u2019est pas celle du Sud-Ouest. Prenons par exemple la fili\u00e8re bois&nbsp;: nous avons des massifs forestiers et des ressources qui peuvent \u00eatre r\u00e9ellement partag\u00e9s. Si nous r\u00e9fl\u00e9chissons \u00e0 l\u2019\u00e9conomie locale, \u00e0 l\u2019\u00e9conomie circulaire, nous sommes sur des rayons d\u2019action d\u2019entreprises qui vont pouvoir coop\u00e9rer et se coordonner par rapport \u00e0 des atouts. Les uns ont des centres de recherche, les autres ont des outils industriels, certains des besoins d\u2019habitat&#8230; Cette structuration de l\u2019ensemble de la fili\u00e8re autour de l\u2019architecture, et pas seulement des architectes, fait sens&nbsp;: nous n\u2019avons plus un mouvement corporatiste de m\u00e9tiers, mais bien une cause qui est la propri\u00e9t\u00e9 commune. L\u2019architecture c\u2019est notre cadre de vie, qui n\u2019est pas concern\u00e9 par le sujet&nbsp;? Il y a sans doute une intelligence collective, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du territoire, qui devient un des leviers \u00e0 structurer pour agir.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> HANSEN, James <em>et ali,<\/em> <em>Ice melt, sea level rise and superstorms: evidence from paleoclimate data, climate modeling, and modern observations that 2 \u25e6C global warming could be dangerous, <\/em>Atmospheric Chemistry and Physics Open Data, 2016. Disponible sur https:\/\/www.atmos-chem-phys.net\/16\/3761\/2016\/acp-16-3761-2016.pdf.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a>Le mod\u00e8le pr\u00e9dateur\u2013proie, qui a inspir\u00e9 HANDY, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 ind\u00e9pendamment par deux math\u00e9maticiens, Alfred Lotka et Vitto Volterra, au d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle. MOTESHARREI, Safa et ali, Dynamique Homme-Nature (\u00ab HANDY \u00bb) : Mod\u00e9lisation des in\u00e9galit\u00e9s et de l\u2019exploitation des ressources dans l\u2019effondrement ou la soutenabilit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s,&nbsp; \/ <em>Ecological Economics, 2014, n\u00b0<\/em>101, traduction disponible en fran\u00e7ais sur http:\/\/loic-steffan.fr\/WordPress3\/dynamique-homme-nature-handy-modelisation-des-inegalites-et-de-lexploitation-des-ressources-dans-leffondrement-ou-la-soutenabilite-des-societes\/.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> HOLMGREN, David, MOLLISSON, Bill, <em>Permaculture One: A Perennial Agriculture for Human Settlements. <\/em>Melbourne, Transworld. 1978.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> \u00c9loi Laurent est un \u00e9conomiste fran\u00e7ais, chercheur \u00e0 l\u2019Observatoire fran\u00e7ais des conjonctures \u00e9conomiques (OFCE)&nbsp;; LAURENT \u00c9loi, <em>Notre bonne fortune. Repenser la prosp\u00e9rit\u00e9<\/em>, Paris&nbsp;: Presses Universitaires de France, 2017.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> BOURG, Dominique, WHITESIDE, Kerry, <em>Vers une d\u00e9mocratie \u00e9cologique<\/em>, Paris, Seuil, 2010.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anim\u00e9e par Jean-Marc St\u00e9b\u00e9, cette table ronde conclusive regroupe, autour de Dominique Bourg, des enseignants et chercheurs de l\u2019ENSArchitecture Nancy, \u00c9meline Curien, C\u00e9cile Fries-Paiola, Herv\u00e9 Gaff et Claude Valentin, 6 d\u00e9cembre 2017. Jean-Marc St\u00e9b\u00e9 Penser des \u00e9tablissements humains pluriels, \u00e9cologiques et inclusifs, c\u2019est peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 penser, au sein des villes, l\u2019accueil des d\u00e9plac\u00e9s. Il y &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/rencontres-interdisciplinaires\/rim-1-un-etat-des-lieux-pour-agir\/table-ronde\/\"> <span class=\"screen-reader-text\">Table ronde<\/span> Read More &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":34,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-global-header-display":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","footnotes":""},"class_list":["post-88","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/88","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=88"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/88\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":216,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/88\/revisions\/216"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/34"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=88"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}