{"id":58,"date":"2022-08-22T12:38:53","date_gmt":"2022-08-22T10:38:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/?page_id=58"},"modified":"2022-08-23T15:36:36","modified_gmt":"2022-08-23T13:36:36","slug":"quelles-pratiques-spatiales-dans-une-economie-permacirculaire-dominique-bourg","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/rencontres-interdisciplinaires\/rim-1-un-etat-des-lieux-pour-agir\/quelles-pratiques-spatiales-dans-une-economie-permacirculaire-dominique-bourg\/","title":{"rendered":"Quelles pratiques spatiales dans une \u00e9conomie permacirculaire ? \/\/ Dominique Bourg"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Conf\u00e9rence et \u00e9changes avec les \u00e9tudiants<\/em>,<em> d\u00e9cembre 2017.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Introduction&nbsp;: L\u2019Anthropoc\u00e8ne, l\u2019entr\u00e9e dans une \u00e8re de grande instabilit\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019Anthropoc\u00e8ne est une \u00e8re qui aurait commenc\u00e9 juste apr\u00e8s les ann\u00e9es 50 du si\u00e8cle dernier, et qui est rep\u00e9rable sur les graphiques parce que, \u00e0 partir de ce moment, toutes les courbes prennent l\u2019ascenseur. On sait quand on y entre, mais on ne sait pas quand on sortira, ni si on en sortira un jour. Cette p\u00e9riode viendrait mettre fin \u00e0 ce qu\u2019on appelle l\u2019Holoc\u00e8ne, c\u2019est-\u00e0-dire la p\u00e9riode qui commence au moment o\u00f9 il n\u2019y a plus de rebond de l\u2019effet glaciaire et o\u00f9 l&#8217;on est donc compl\u00e8tement sorti de l\u2019\u00e2ge glaciaire pr\u00e9c\u00e9dent. Cette p\u00e9riode de l\u2019Holoc\u00e8ne aurait dur\u00e9 11 700 ans, et quand on la compare aux p\u00e9riodes g\u00e9ologiques pr\u00e9c\u00e9dentes, elle pr\u00e9sente une tr\u00e8s grande stabilit\u00e9&nbsp;: la concentration de gaz \u00e0 effet de serre par exemple n\u2019a pas boug\u00e9&#8230; \u00c9videment, il y a eu parfois des changements non n\u00e9gligeables en terme de temp\u00e9rature&nbsp;: le d\u00e9sert du Sahara \u00e9tait, il y a maintenant 8 000 ans, une \u00e8re de culture et de chasse, un lieu tr\u00e8s verdoyant. Il y a donc eu un certain nombre de changements, mais par rapport \u00e0 ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 l\u2019Histoire de la Terre ant\u00e9rieure, c\u2019est une p\u00e9riode extr\u00eamement tranquille, relativement stable. Sans cela, on ne pourrait pas comprendre pourquoi l\u2019agriculture a pu \u00e9clore, et pourquoi, dans son sillage, les grandes civilisations ont pu prendre leur essor&nbsp;: elles se sont en effet appuy\u00e9es sur les surplus produits par l\u2019agriculture, et le fait que celle-ci permettait de d\u00e9gager 10 \u00e0 20% de la population hors du travail agricole, pour les sp\u00e9cialiser dans des t\u00e2ches diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous sommes donc, depuis un peu plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, en train de refermer d\u00e9finitivement cette p\u00e9riode, et vous imaginez bien que ce n\u2019est pas pour le meilleur, puisqu\u2019on passe d\u2019une \u00e9poque de grande stabilit\u00e9 pour entrer dans une \u00e9poque plus instable. Entre 1950 et 2000, la population humaine double pour passer de 3 \u00e0 6 milliards, et nous sommes 7,4 milliards aujourd\u2019hui. Et il faut imaginer que nous \u00e9tions un milliard en 1800, 350 000 millions probablement au d\u00e9but de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne, et tr\u00e8s probablement seulement quelques millions au tout d\u00e9but de l\u2019Holoc\u00e8ne, deux ou trois au maximum. Cette explosion d\u00e9mographique s\u2019accompagne durant la m\u00eame p\u00e9riode d\u2019un d\u00e9cuplement du PIB. Les effets sur le syst\u00e8me Terre se lisent notamment dans la progression des trois principaux gaz \u00e0 effet de serre naturels&nbsp;: le carbone, le protoxyde d\u2019azote qui renvoie aux activit\u00e9s agricoles, et le m\u00e9thane li\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9levage. Aujourd\u2019hui, la biomasse des animaux vert\u00e9br\u00e9s non domestiques correspond \u00e0 moins de 5% de la totalit\u00e9 des animaux sur Terre. Toutes ces courbes s\u2019emballent \u00e0 partir des ann\u00e9es 50, et on peut se douter qu\u2019elles ne vont pas s\u2019\u00e9lever ind\u00e9finiment&nbsp;: les arbres qui montent jusqu\u2019au ciel, cela n\u2019existe pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Projections et mod\u00e9lisation de l\u2019Anthropoc\u00e8ne&nbsp;: le rapport Meadows<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous sommes en en train de f\u00eater le 50\u00e8me anniversaire de la publication fameux rapport du Club de Rome, le rapport Meadows, qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1972. S\u2019il ne s\u2019est pas tromp\u00e9 dans ses projections qu\u2019il ne faut pas prendre au pied de la lettre, les courbes s\u2019inversent. Ce rapport s\u2019est appuy\u00e9, et c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019on faisait cela, sur un \u00ab&nbsp;world model&nbsp;\u00bb, un mod\u00e8le mondial, mis au point par Jay Wright Forrester et utilis\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque par cette \u00e9quipe, compos\u00e9e de Dennis et Donella Meadows, et de deux autres contributeurs. Cinq param\u00e8tres \u00e9taient retenus&nbsp;: population, alimentation par habitant, service par habitant, production industrielle par habitant et pollution globale, avec en plus les ressources non renouvelables. Toutes les courbes qui \u00e9taient croissantes s\u2019inversent entre 2020 et 2040. Le rapport pr\u00e9sente 12 sc\u00e9narii. Celui que nous avons suivi depuis, c\u2019est tout simplement celui du \u00ab&nbsp;business as usual&nbsp;\u00bb. La r\u00e9alit\u00e9 jusqu\u2019aujourd\u2019hui suit quasi-scrupuleusement la mod\u00e9lisation des ann\u00e9es 70. Nous verrons bien si cela continue \u00e0 \u00eatre vrai dans les d\u00e9cennies qui viennent, mais en tout cas cela n\u2019annonce pas un monde tout \u00e0 fait g\u00e9nial.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les limites plan\u00e9taires&nbsp;: repr\u00e9sentation et \u00e9valuation<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un sch\u00e9ma fait vraiment autorit\u00e9 dans le monde&nbsp;: celui des limites plan\u00e9taires. Il permet d\u2019expliquer la situation dans laquelle nous sommes. Il pr\u00e9sente neuf domaines diff\u00e9rents. D\u00e8s qu\u2019on sort du vert pour l\u2019un d\u2019eux, cela signifie que l\u2019on est dans une zone de danger. Le jaune est la zone de danger interm\u00e9diaire, et pour le rouge, c\u2019est s\u00fbr que cela va \u00eatre plus difficile. Il y a tout d\u2019abord dans ce sch\u00e9ma les questions de biodiversit\u00e9 avec deux aspects &#8211; d\u2019un c\u00f4t\u00e9, dans le rouge, le taux d\u2019\u00e9rosion des esp\u00e8ces qui s\u2019envole, de l\u2019autre celui des \u00e9cosyst\u00e8mes. Ce dernier est tr\u00e8s complexe \u00e0 \u00e9valuer&nbsp;: on sait qu\u2019ils peuvent s\u2019effondrer mais on ne le sait jamais \u00e0 l\u2019avance, et on ne peut pas r\u00e9ellement situer un seuil quantitatif qu\u2019il conviendrait de ne pas d\u00e9passer. Je reviendrai sur le \u00ab&nbsp;il conviendrait de ne pas d\u00e9passer&nbsp;\u00bb, parce que ce sch\u00e9ma montre qu\u2019on d\u00e9passe largement ces seuils sur de nombreux aspects. Ensuite vous avez l\u2019usage des sols et celui de l\u2019eau douce&nbsp;: l\u00e0 on est encore largement dans le vert, mais dans trois d\u00e9cennies, on sera dans le jaune, et il y a d\u00e9j\u00e0 localement de gros probl\u00e8mes. Il y a les flux de phosphore et d\u2019azote, pour lesquels on est compl\u00e8tement dans le rouge. Aujourd\u2019hui, ces flux sont presque trois fois, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du syst\u00e8me Terre, ceux qu\u2019ils seraient sans l\u2019activit\u00e9 humaine, et cela est li\u00e9 \u00e0 nos activit\u00e9s agricoles. Concernant l\u2019acidification des oc\u00e9ans, on est tr\u00e8s pr\u00e8s de la zone jaune, et on va forc\u00e9ment tr\u00e8s rapidement, dans moins de dix ans, atteindre la zone jaune. Il y a \u00e9galement les a\u00e9rosols atmosph\u00e9riques. On pense qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9chelle du globe, les \u00e9missions polluantes qui sont g\u00e9n\u00e9r\u00e9es aujourd\u2019hui plus au sud qu\u2019au nord masquent sans doute une \u00e9l\u00e9vation de la temp\u00e9rature de 3\/10\u00e8me, mais on ne peut pas dire \u00e0 quel moment c\u2019est dangereux et \u00e0 quel moment cela fait basculer le syst\u00e8me. Pour finir, il y a l\u2019ozone atmosph\u00e9rique, le seul domaine o\u00f9 on ait fait un progr\u00e8s depuis Rio.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>La biodiversit\u00e9&nbsp;: vers une sixi\u00e8me extinction des esp\u00e8ces<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Reprenons maintenant chacun des points, en commen\u00e7ant par la biodiversit\u00e9. Nous sommes des animaux, et en tant que tels nous sommes tr\u00e8s largement interd\u00e9pendants des autres animaux, et du vivant de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale. Se posent ici deux probl\u00e8mes. Le premier est l\u2019\u00e9rosion des populations. Je ne parle pas de disparition d\u2019esp\u00e8ce, mais il n\u2019est pas difficile de comprendre que si l\u2019\u00e9rosion de certaines populations est trop forte, l\u2019esp\u00e8ce dispara\u00eet. Les populations de vert\u00e9br\u00e9s sauvages ont diminu\u00e9 de 58% durant les trente derni\u00e8res ann\u00e9es. Par ailleurs, selon une \u00e9tude r\u00e9cente faite sur des insectes volants, dans une r\u00e9gion d\u2019Allemagne pourtant prot\u00e9g\u00e9e, les populations d\u2019insectes volants ont diminu\u00e9 de trois-quart durant les 25 ann\u00e9es qui viennent de s\u2019\u00e9couler, et on imagine que c\u2019est pire ailleurs. L\u2019an dernier est parue une tr\u00e8s belle \u00e9tude, tr\u00e8s puissante parce qu\u2019elle s\u2019est appuy\u00e9e sur 28&nbsp;000 esp\u00e8ces. Ce n\u2019est pas beaucoup par rapport \u00e0 la dizaine de millions qui existent, mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e9norme. Ce qu\u2019elle a montr\u00e9, c\u2019est que ce n\u2019est seulement les vert\u00e9br\u00e9s qui disparaissent, mais que c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s toutes les esp\u00e8ces qui s\u2019effondrent. Mais surtout, cette \u00e9tude a mis en \u00e9vidence et c\u2019est plus \u00e9tonnant, que ce n\u2019est pas simplement les esp\u00e8ces sp\u00e9cialis\u00e9es qui s\u2019effondrent et qui disparaissent \u2013&nbsp;on peut bien comprendre qu\u2019elles soient plus fragiles&nbsp;\u2013 mais aussi les esp\u00e8ces g\u00e9n\u00e9ralistes, qui ont une capacit\u00e9 d\u2019adaptation \u00e0 des milieux divers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si l\u2019on regarde maintenant le ratio de la disparition des esp\u00e8ces \u2013&nbsp;quand on parle d\u2019\u00e9rosion de la biodiversit\u00e9 on ne consid\u00e8re pas les micro-organismes (bact\u00e9ries, virus, etc.) mais les organismes pluri-cellulaires et un petit peu complexes \u2013&nbsp;les chiffres sont \u00e9videmment diff\u00e9rents selon les cat\u00e9gories. Mais je vais prendre un chiffre bas pour \u00eatre s\u00fbr de ne pas en rajouter. Pendant l\u2019histoire de la Terre, on a \u00e9valu\u00e9 le taux de disparition moyen \u00e0 2 esp\u00e8ces sur 10&nbsp;000 par si\u00e8cle. C\u2019est un taux normal qui permet au vivant d\u2019\u00e9voluer. Aujourd\u2019hui, on en est au bas mot \u00e0 100 fois plus, et sur certains groupes d\u2019esp\u00e8ces, c\u2019est parfois 1000 fois plus. Si vous ajoutez \u00e0 cela la fragilisation des effectifs et l\u2019accentuation du changement climatique, cela annonce une sixi\u00e8me extinction. On est d\u00e9j\u00e0 dans une dynamique d\u2019extinction de masse, il faut le savoir. Les cinq extinctions de masse qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es \u2013&nbsp;la derni\u00e8re il y a 60-65 millions d\u2019ann\u00e9es lorsque les dinosaures ont disparu&nbsp;\u2013 sont des ph\u00e9nom\u00e8nes qui se passent sur des centaines de milliers d\u2019ann\u00e9es, et non sur quelques d\u00e9cennies. On n\u2019est plus du tout sur le m\u00eame ordre de grandeur, on est sur une extinction fulgurante, dont nous sommes la cause.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les effets du changement climatique<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Consid\u00e9rons maintenant le climat. C\u2019est un domaine dans lequel nos connaissances sont vraiment tr\u00e8s fermes. Le d\u00e9cryptage des diff\u00e9rents gaz \u00e0 effet de serre, leurs identifications, leurs mesures, etc., ont lieu d\u00e8s le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. On commence avec Horace-B\u00e9n\u00e9dict de Saussure, qui le premier se pose la question suivante&nbsp;: comment se fait-il que lorsque je m\u2019approche du soleil, il fait plus froid&nbsp;? Cela devrait effectivement vous \u00e9tonner. La cause en que la composition chimique de l\u2019atmosph\u00e8re change. Les connaissances se stabilisent en 1860 avec John Tyndall, puis vers la fin du si\u00e8cle et le d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on va commencer \u00e0 faire la relation entre la consommation de fossiles, qui est pourtant \u00e0 l\u2019\u00e9poque ridicule, et l\u2019\u00e9volution du climat. Le premier \u00e0 faire le lien est un savant su\u00e9dois qui s\u2019appelle Svante August Arrh\u00e9nius. Depuis 1958, on mesure \u00e0 Mauna Loa \u00e0 Hawa\u00ef, la variation au jour le jour de la concentration de CO<sub>2<\/sub> dans l\u2019atmosph\u00e8re. Comme celle-ci est brass\u00e9 en 24h, vous aurez exactement les m\u00eames chiffres ailleurs. Depuis, on voit tr\u00e8s bien qu\u2019on intensifie \u00e9norm\u00e9ment l\u2019accroissement de la pr\u00e9sence des gaz \u00e0 effet de serre dans l\u2019atmosph\u00e8re, et donc qu\u2019on est en train de changer violemment l\u2019effet de serre naturel. S\u2019il n\u2019y avait pas ces gaz dans l\u2019atmosph\u00e8re, il ferait -18\u00b0C en moyenne sur Terre. Donc sans gaz \u00e0 effet de serre naturels, la vie sur Terre n\u2019aurait pas pu se d\u00e9ployer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Simplement aujourd\u2019hui, on force le ph\u00e9nom\u00e8ne. La premi\u00e8res cons\u00e9quence de ce changement de la composition chimique de l\u2019atmosph\u00e8re c\u2019est l\u2019augmentation de la temp\u00e9rature moyenne&nbsp;: on la fait \u00e9voluer vers le haut. Aujourd\u2019hui, elle est grosso modo de 1,1\u00b0C sup\u00e9rieure \u00e0 ce qu\u2019elle \u00e9tait en 1880. On aura beaucoup de mal \u00e0 \u00e9viter qu\u2019elle s\u2019\u00e9l\u00e8ve de moins de 2\u00b0C d\u2019ici \u00e0 la fin du si\u00e8cle. En fait elle s\u2019\u00e9l\u00e8vera forc\u00e9ment de plus de 2\u00b0C dans le si\u00e8cle, et j\u2019expliquerai plus loin ce sur quoi on compte pour essayer de la ramener \u00e0 2\u00b0C. Pour ma part, j\u2019ai quelques doutes. La temp\u00e9rature moyenne pourrait \u00e9videmment s\u2019\u00e9lever beaucoup plus, de 3\u00b0C fort probablement malheureusement, voire de 4 ou 5\u00b0C. Ce qu\u2019il faut bien comprendre avec le changement climatique, c\u2019est que lorsque l\u2019on transgresse les fronti\u00e8res, il n\u2019y a pas de douaniers, personne ne vous le dit, et s\u2019il n\u2019y avait pas les sciences de l\u2019environnement, les sciences du climat, on ne comprendrait m\u00eame pas ce qu\u2019il se passe. C\u2019est le pi\u00e8ge de l\u2019environnement&nbsp;: on fait des b\u00eatises, pas de probl\u00e8mes, et puis quelques d\u00e9cennies plus tard, les probl\u00e8mes arrivent, ils s\u2019intensifient et ils ouvrent sur des changements irr\u00e9versibles. Quand je parle de biodiversit\u00e9, l\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 ne se mesure pas en milliers ou dizaines ou centaines de milliers d\u2019ann\u00e9es, \u2013&nbsp;pour revenir au degr\u00e9 de concentration des gaz \u00e0 effet de serre c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s 100&nbsp;000 ans&nbsp;\u2013 mais en millions d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La deuxi\u00e8me cons\u00e9quence est un changement du r\u00e9gime g\u00e9n\u00e9ral des pluies, c\u2019est-\u00e0-dire pour r\u00e9sumer que l\u00e0 o\u00f9 il pleut peu, il va encore pleuvoir moins, et l\u00e0 o\u00f9 il pleut beaucoup, il va pleuvoir encore plus. La troisi\u00e8me, c\u2019est l\u2019augmentation des ph\u00e9nom\u00e8nes extr\u00eames. Il y a tout d\u2019abord des vagues de chaleur l\u2019\u00e9t\u00e9 qu\u2019on ne connaissait pas autrefois. Regardez un vieux guide bleu des ann\u00e9es 50, il vous dira \u00ab&nbsp;l\u2019Europe de l\u2019Ouest c\u2019est un climat temp\u00e9r\u00e9, et des temp\u00e9ratures situ\u00e9es entre 24 et 26\u00b0C l\u2019\u00e9t\u00e9 c\u2019est le r\u00eave !&nbsp;\u00bb \u00c7a c\u2019est totalement fini. Ensuite, les cyclones en eux-m\u00eames ne sont pas plus nombreux, mais le nombre qui atteignent la cat\u00e9gorie 5 est beaucoup plus \u00e9lev\u00e9. On s\u2019interroge m\u00eame sur le fait de devoir cr\u00e9er une cat\u00e9gorie 6, tout simplement parce que maintenant, des rafales de vent entre 340 et 400 km\/h deviennent un ph\u00e9nom\u00e8ne fr\u00e9quent. Peu de constructions r\u00e9sistent, on est tr\u00e8s proche du souffle d\u2019une bombe. Pour l\u2019un des derniers cyclones en date, Oph\u00e9lia, quand on regardait les mod\u00e9lisations qu\u2019on trouvait sur les sites des laboratoires et qui circulaient sur Twitter, elles s\u2019arr\u00eataient aux deux-tiers, parce qu\u2019\u00e9videmment, aucun mod\u00e8le n\u2019avait pr\u00e9vu qu\u2019on aurait des cyclones \u00e0 la hauteur de l\u2019Angleterre et de l\u2019Irlande. Enfin, la quatri\u00e8me cons\u00e9quence tr\u00e8s importante, ph\u00e9nom\u00e9nale pour les architectes, c\u2019est l\u2019\u00e9l\u00e9vation des niveaux des mers. Le GIEC va sans doute la r\u00e9\u00e9valuer dans son prochain rapport. Le dernier papier r\u00e9dig\u00e9 par James Hansen, qui ne s\u2019est jamais tromp\u00e9, avec Val\u00e9rie Masson-Delmotte, une grande climatologue fran\u00e7aise, montre que lorsqu\u2019on approche des 2\u00b0C dans le pass\u00e9 du climat de la Terre, les glaces passives qui entourent l\u2019Antarctique fondent, et qu\u2019\u00e0 partir de ce moment-l\u00e0 les glaces qui sont \u00e0 l\u2019aplomb des montagnes vont descendre beaucoup plus rapidement. On a eu dans le pass\u00e9 des \u00e9l\u00e9vations des niveaux des mers de 4 \u00e0 5 m en quelques d\u00e9cennies dues \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne des glaces passives. Sur une carte de la France, 4 \u00e0 5 m dans un si\u00e8cle, c\u2019est \u00e9videmment gigantesque. On aura de toute fa\u00e7on des probl\u00e8mes de migrations, et les architectes auront du travail parce qu\u2019il faudra reconstruire \u00e0 certains endroits, mais pas forc\u00e9ment dans des conditions absolument optimales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 et l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 des effets sur le long terme<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00e9t\u00e9o France a sorti une \u00e9tude, publi\u00e9e dans une revue scientifique en juillet 2017, qui est assez int\u00e9ressante parce que quand on parle de moyennes, on ne saisit pas ce que cela signifie en terme d\u2019\u00e9cart. Par exemple, avec une \u00e9l\u00e9vation moyenne de la temp\u00e9rature de 3,7\u00b0C \u00e0 la fin du si\u00e8cle, ce qui n\u2019est pas impossible malheureusement, vous pouvez le doubler pour la France et au moins le tripler pour les hautes latitudes. Par exemple, on a connu des vagues de chaleur en Arctique, l\u2019an dernier au printemps, de 20\u00b0C de plus que les normales. En France, cela donnerait des pointes de chaleur l\u2019\u00e9t\u00e9 en France, et pour l\u2019est du pays, possiblement des temp\u00e9ratures de 55\u00b0C. Regardez le b\u00e2ti d\u2019aujourd\u2019hui \u00e0 Nancy&nbsp;: on aura quelques probl\u00e8mes. Avec la m\u00eame moyenne plan\u00e9taire, pour la p\u00e9ninsule Arabique et l\u2019arc Indo-pakistanais \u2013&nbsp;1,5 milliards d\u2019habitants aujourd\u2019hui&nbsp;\u2013 il y aura une p\u00e9riode assez longue en \u00e9t\u00e9 o\u00f9 les capacit\u00e9s de transpiration du corps humain seront satur\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire que quelqu\u2019un de jeune et en bonne sant\u00e9 comme vous meurt en une dizaine de minutes parce qu\u2019on ne peut pas totalement respirer. Avec de telles temp\u00e9ratures, outre les humains, ce sont les plantes et notamment les c\u00e9r\u00e9ales qui vont \u00eatre affect\u00e9es. Quand il y a des vagues de chaleur, toutes les plantes ferment leurs stomates. Elles captent donc moins d\u2019\u00e9nergie dans l\u2019atmosph\u00e8re, et le peu qu\u2019elles r\u00e9cup\u00e8rent, elles ne vont pas le mettre dans les graines ou les fruits, mais dans la racine pour survivre. Ces histoires de climat ne sont pas anodines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019autres ph\u00e9nom\u00e8nes sont les perturbations du cycle d\u2019azote, du phosphore, des probl\u00e8mes d\u2019eutrophisation des zones marines qui meurent, le sur-usage des sols, la d\u00e9forestation qui explose ces derni\u00e8res ann\u00e9es\u2026 Vous aurez bien compris que ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait g\u00e9nial. Et si vous rajoutez aussi \u00e0 cela l\u2019acidification des oc\u00e9ans, vous prenez le vivant en tenaille parce que cela veut dire qu\u2019on s\u2019attaque aux micro-organismes, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019origine de toute la cha\u00eene du vivant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Conclusion&nbsp;: Vers un possible sc\u00e9nario d\u2019effondrement<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vous invite \u00e0 lire un article que Le Monde a publi\u00e9 il y a une dizaine de jours&nbsp;: la situation est tellement grave que plus de 15&nbsp;800 scientifiques ont lanc\u00e9 un cri d\u2019alarme. Cons\u00e9quences&nbsp;? Rien, en tout cas franchement tr\u00e8s peu de choses. On est sur une sorte de rouleau compresseur inertiel, et je ne vois pas bien ce qui va pouvoir l\u2019arr\u00eater. Un des sc\u00e9narios possibles aujourd\u2019hui est celui de l\u2019effondrement. On ne veut rien entendre, on ne va en rien d\u00e9ranger nos habitudes. Ce n\u2019est pas que l\u2019on ne fasse rien, vous connaissez l\u2019accord de Paris, mais disons que ce qu\u2019on fait est peu, et en tout cas n\u2019est pas contraignant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment pourrait-on faire pour limiter le r\u00e9chauffement \u00e0 2\u00b0C&nbsp;? Aujourd\u2019hui, 80% de nos \u00e9nergies sont toujours tir\u00e9es des fossiles, le photovolta\u00efque et l\u2019\u00e9olien ne repr\u00e9sentent que 3% \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale de l\u2019\u00e9nergie produite. Vous avez 7&nbsp;600 centrales thermiques qui fonctionnent dans le monde, et au moins 1&nbsp;000 en construction, avec des accords entre la Chine, le Pakistan et l\u2019Afrique du Sud pour continuer \u00e0 en construire, alors que nous n\u2019en construisons plus chez eux pour des raisons sanitaires. Vous avez des accords pour le p\u00e9trole de l\u2019Arctique entre la Chine et la Russie\u2026 La machine est vraiment lanc\u00e9e \u00e0 pleine vitesse et cela va \u00eatre tr\u00e8s difficile ne serait-ce que de la ralentir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que signifierait la ralentir&nbsp;? On \u00e9met chaque ann\u00e9e 52 milliards de tonnes de CO<sub>2<\/sub> ou d\u2019\u00e9quivalent CO<sub>2<\/sub> dans l\u2019atmosph\u00e8re, et il faudrait pratiquement ne plus rien \u00e9mettre en 2050, donc dans \u00e0 peine plus de 30 ans. Pour le faire, il faudrait d\u00e8s 2030 au pire avoir diminu\u00e9 les \u00e9missions de 10 gigatonnes, tout \u00e7a avec un PIB mondial et une d\u00e9mographie qui continuent \u00e0 cro\u00eetre. Puis en 2050 on n\u2019\u00e9met plus rien, on utilise encore un petit peu de fossiles, et on capte \u00e0 la source. \u00c0 la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du si\u00e8cle, on se met \u00e0 produire de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en masse avec de la biomasse (les plantes, du bois\u2026) et je ne vous parle pas des relations avec la biodiversit\u00e9, c\u2019est un exercice qui n\u2019est pas forc\u00e9ment compatible et qu\u2019en plus on ne sait pas faire. \u00c9videmment, les plantes pompent dans l\u2019atmosph\u00e8re et il y a de quoi faire, et puis elles stockent. Mais on n\u2019a aucune technique qui nous assure la fiabilit\u00e9 au long cours du stockage, ni l\u2019acceptabilit\u00e9 sociale. \u00c0 cela vous ajoutez une inertie du syst\u00e8me. Mais si je regarde les choses de mani\u00e8re plus simpliste, par intuition, je me dis qu\u2019on va pouvoir y arriver. Parce que le b\u00e2ti, c\u2019est la moiti\u00e9 grosso modo des \u00e9missions, et l\u00e0 on saurait faire un certain nombre de choses. Une tr\u00e8s belle \u00e9tude qui est sortie cet \u00e9t\u00e9 nous dit qu\u2019on a deux chances sur cent de parvenir \u00e0 ne pas d\u00e9passer les 2\u00b0C, ce n\u2019est pas tr\u00e8s engageant, mais en tout cas il faut faire tout ce qu\u2019on peut pour y arriver.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On est dans une phase de l\u2019histoire humaine qui est tr\u00e8s particuli\u00e8re. On s\u2019est cru tr\u00e8s longtemps hors de la nature, c\u2019est la conception moderne de Copernic \u00e0 Newton et jusqu\u2019\u00e0 la physique de la fin du XIX<sup>e<\/sup>, on s\u2019est cru \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, et on pensait que lorsqu\u2019on agissait sur la Terre, on agissait sur un point donn\u00e9, on jouait sur quelques m\u00e9canismes pour obtenir un effet circonscrit dans le temps et dans l\u2019espace. La seconde moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle nous a montr\u00e9 que l\u2019effet n\u2019est pas du tout circonscrit, qu&#8217;il n&#8217;est pas toujours pr\u00e9visible, qu\u2019il peut se produire longtemps apr\u00e8s et l\u00e0 o\u00f9 on ne l&#8217;imaginait pas. Et puis on a fini par comprendre qu\u2019on n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur mais on \u00e9tait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un syst\u00e8me, sur lequel nous avons agit massivement&nbsp;: c\u2019est \u00e7a l\u2019Anthropoc\u00e8ne. Et le syst\u00e8me r\u00e9agit tout aussi massivement. Il n\u2019y a pas de ma\u00eetrise, toute action suscite une r\u00e9action. Voil\u00e0 en r\u00e9sum\u00e9 la situation dans laquelle on se trouve. Alors vous imaginez que la cons\u00e9quence de cela touche de fa\u00e7on directe les futurs architectes, parce que cela rend de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale l\u2019habitabilit\u00e9 de la Terre plus difficile. Et votre travail, c\u2019est de nous permettre d\u2019habiter. Vous allez devoir exercer un m\u00e9tier qui, par certains c\u00f4t\u00e9s, va heurter l\u2019\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale du syst\u00e8me qui nous accueille et qui nous permet de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00c9changes avec les \u00e9tudiants et le public<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Intervention #1<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai une question qui touche le d\u00e9veloppement durable. Quand vous avez abord\u00e9 la question des \u00e9nergies renouvelables, vous avez justement \u00e9voqu\u00e9 le photovolta\u00efque. Cela me semble poser question. C\u2019est une technique qui repose sur des mat\u00e9riaux qui sont quand m\u00eame tr\u00e8s polluants et, je ne suis pas expert dans le domaine, mais il me semble que le stockage de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 pose aussi question&nbsp;: une batterie, c\u2019est une r\u00e9action chimique. N\u2019est-ce pas juste une sorte de mirage \u00e9nerg\u00e9tique ou est-ce que c\u2019est quelque chose qui pourrait \u00e9voluer?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On touche effectivement ici un point tr\u00e8s sensible et une haute \u00ab&nbsp;illusion du public&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire faire croire que lorsque l\u2019on se passera des fossiles, on aura autant d\u2019\u00e9nergie, et je n\u2019en crois pas un tra\u00eetre mot. Ce qu\u2019il faut d\u2019abord bien comprendre, c\u2019est que nous autres humains, nous ne sommes pas capables de produire de l\u2019\u00e9nergie&nbsp;: c\u2019est le premier principe de la thermodynamique, l\u2019\u00e9nergie est constante dans l\u2019univers et on ne la produit pas. Nous sommes simplement capables de capter de l\u2019\u00e9nergie et on la capte avec deux choses&nbsp;: des mat\u00e9riaux et de l\u2019\u00e9nergie. Et donc toute source d\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;\u00e9nergie&nbsp;\u00bb nous renvoie \u00e0 une certaine forme de ERoEI, \u00e9nergie &#8211; \u00e9mission, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019en fait tout processus de captation d\u2019\u00e9nergie est toujours li\u00e9 \u00e0 un ratio entre l\u2019\u00e9nergie que je parviens \u00e0 capter et celle que j\u2019ai d\u00fb mobiliser pour la capter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Prenons le p\u00e9trole&nbsp;: dans les ann\u00e9es 1950-60, dans les tr\u00e8s grands gisements en Arabie Saoudite, pour un baril investit, on en retirait 100. Le ERoEI \u00e9tait donc de 100. Cela n\u2019a pas dur\u00e9. Aujourd\u2019hui, m\u00eame dans les gisements encore faciles \u00e0 exploiter, on est assez proche de 20, ou maximum 30. Quand on va vers des \u00e9nergies plus difficiles \u00e0 exploiter, par exemple les sables bitumineux d\u2019Alberta au Canada, 1 baril investit ne permet d\u2019en r\u00e9cup\u00e9rer qu\u2019entre 4 et 5. Cela n\u2019a vraiment plus rien \u00e0 voir. Ces 4 \u00e0 5 correspondent \u00e0 l\u2019\u00e9nergie utilis\u00e9e pour l\u2019extraction, mais il faut aussi des infrastructure, du transport, du raffinage, ce qui signifie que quand 1 baril est investit, seul 2 ou 3 sont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s. En Europe, la production l\u2019\u00e9thanol \u00e0 partir de c\u00e9r\u00e9ales, c\u2019est 1 \u00e0 2 de r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 pour 1 investi.&nbsp; S\u2019ils sont utilis\u00e9s dans les r\u00e9servoirs des voitures, c\u2019est absurde, s\u2019ils sont mis dans un&nbsp; tracteur, cela ne l\u2019est pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le solaire photovolta\u00efque utilise \u00e9videmment des mat\u00e9riaux, dont des rares et des semi-pr\u00e9cieux qui sont tr\u00e8s polluants. Certaines techniques permettent de r\u00e9duire leur quantit\u00e9, mais il ne semble pas qu\u2019on puisse la r\u00e9duire totalement. Du c\u00f4t\u00e9 des m\u00e9taux, on n\u2019est pas tr\u00e8s loin de la situation des ressources halieutiques, il faut parfois maintenant aller les chercher \u00e0 1 km voire plus sous le sol, avec un degr\u00e9 de concentration du m\u00e9tal dans le limon qui est tr\u00e8s faible. Il y a donc deux raisons d\u2019excaver plus&nbsp;: vous devez aller plus profond, et pour la m\u00eame quantit\u00e9 de m\u00e9tal vous devez excaver plus de mati\u00e8re encore. On est sur des taux exponentiels de consommation d\u2019\u00e9nergie pour les activit\u00e9s d\u2019extraction aujourd\u2019hui. Les ressources extractives en cuivre, un m\u00e9tal qui n\u2019est pas un semi-pr\u00e9cieux ou rare, ne seront pas suffisantes pour \u00e9quiper une plan\u00e8te en 2050 avec 10 milliards d\u2019hommes avec un niveau \u00e9quivalent \u00e0 celui de la ville de Nancy. Une \u00e9olienne classique n\u00e9cessite 600 kg d\u2019aimant avec du n\u00e9odyme, du dysprosium, du fer, etc.. Le co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique et environnemental est \u00e9norme. Le renouvelable, c\u2019est aussi l\u2019industrie, avec un impact \u00e9nerg\u00e9tique et mat\u00e9riel identique \u00e0 n\u2019importe quelle autre industrie. Ensuite, il faut ajouter le transport de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 lui-m\u00eame qui est \u00e9nergivore, et le stockage qui l&#8217;est lui-aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela ne donne pas un avenir tr\u00e8s \u00e9vident&nbsp;: on va devoir habiter sur une Terre qui nous sera plus hostile, avec des ressources vivantes, mais aussi en eau et en m\u00e9taux qui seront beaucoup moins abondantes. Le seul moyen de nous en tirer ce serait une diminution de la d\u00e9mographie. Si elle commence \u00e0 retomber \u00e0 partir de la seconde moiti\u00e9 du si\u00e8cle, on peut tr\u00e8s vite arriver \u00e0 4 milliards d\u2019individus, puis tr\u00e8s vite \u00e0 1 milliard, ce qui fera que les choses seront beaucoup moins difficiles. L\u00e0, nous sommes au moment le plus dur&nbsp;: nous allons \u00eatre extr\u00eamement nombreux, tout commence \u00e0 nous tomber dessus. Il va y avoir un certain nombre de d\u00e9cennies qui seront beaucoup plus difficiles que les autres. Et personne ne veut entendre parler de tout \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Th\u00e8me #1&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019architecte est une machine \u00e9nerg\u00e9tique hallucinante&nbsp;: il contr\u00f4le 40&nbsp;000 fois ses propres besoins&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous sommes questionn\u00e9s sur l\u2019impact de la construction sur l\u2019environnement, et donc par cons\u00e9quent sur la responsabilit\u00e9 des concepteurs et notre capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper des solutions. Nous sommes partis d\u2019un constat&nbsp;: l\u2019empreinte \u00e9cologique de la construction est forte, elle transforme les paysages localement mais aussi \u00e0 l\u2019autre bout du monde, puisque nous faisons venir certaines ressources de tr\u00e8s loin. Celles-ci s\u2019\u00e9puisent \u00e9galement, notamment le sable, important pour fabriquer le b\u00e9ton. Cela pose directement la question suivante&nbsp;: pendant combien de temps va-t-on pouvoir continuer \u00e0 construire comme on le fait? Sans compter qu\u2019en France, on a constat\u00e9 qu\u2019il y a encore une hausse de la demande en logement \u00e0 laquelle s\u2019ajoute les d\u00e9rives de la sp\u00e9culation immobili\u00e8re, qui produisent aussi des probl\u00e8mes d\u2019augmentation des prix, de dettes, de krachs boursiers. Nous nous sommes ensuite demand\u00e9s quels \u00e9taient les freins qui nous emp\u00eachaient de penser des nouvelles solutions plus innovantes et plus respectueuses de l\u2019environnement. Il y a d\u2019abord la question des normes dans la construction, qui sont tr\u00e8s strictes et qui emp\u00eachent l\u2019innovation. Il y a ensuite le lobbying r\u00e9alis\u00e9 par les fabricants de mat\u00e9riaux. Il y a surtout un blocage au niveau culturel, puisque aujourd\u2019hui, on a tous envie de neuf, d\u2019high-tech, d\u2019innovant&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons malgr\u00e9 tout constat\u00e9 que des solutions se d\u00e9veloppent petit \u00e0 petit&nbsp;: on red\u00e9couvre d\u2019anciennes mani\u00e8res de construire, notamment avec le r\u00e9emploi des d\u00e9chets, une solution particuli\u00e8rement int\u00e9ressante puisque c\u2019est une ressource qu\u2019on a en tr\u00e8s grande quantit\u00e9 et dont on ne sait que faire. Il y a aussi la question du vernaculaire, avec la red\u00e9couverte de m\u00e9thodes de construction avec les savoir-faire et les mat\u00e9riaux disponibles aux alentours, sans co\u00fbt de transport important et o\u00f9 l\u2019on implique les acteurs locaux. Et enfin il y a aussi de plus en plus l\u2019implication des futurs habitants dans la construction et dans la conception, qui permet aussi de mettre en \u0153uvre des mani\u00e8res de construire alternatives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous pointez effectivement quelque chose de tout \u00e0 fait fondamental sous plusieurs aspects. L\u2019immeuble dans lequel j\u2019enseigne, un immeuble avec un r\u00e9f\u00e9rentiel Suisse \u00e9nergie +, ne marche pas mal, mais le probl\u00e8me est qu\u2019il est bourr\u00e9 de m\u00e9taux semi-pr\u00e9cieux. D\u2019autres exemples sont plus int\u00e9ressants. La ville de Paris s\u2019interroge beaucoup sur le fait de reconstruire en pis\u00e9. Avec le Grand Paris, elle va devoir refaire les r\u00e9seaux de transports, et elle va \u00eatre confront\u00e9e \u00e0 une masse de remblais \u00e9norme qui pourrait permettre de construire des immeubles en pis\u00e9 dans une d\u00e9marche d\u2019\u00e9conomie circulaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous avez parl\u00e9 du sable, qui devient un probl\u00e8me \u00e9pineux&nbsp;: on a pratiquement racl\u00e9 toutes les rivi\u00e8res, et on ne peut utiliser le sable des d\u00e9serts, car avec l\u2019\u00e9rosion, il perd son caract\u00e8re abrasif et ne peut pas avoir les m\u00eames usages industriels. Dans certains pays, par exemple au Maroc, il y a m\u00eame des contrebandes de sable. La ville de Gen\u00e8ve a mis en place une loi, la loi Ecosite qui date du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, et qui oblige pour les immeubles publics d\u2019avoir au moins 50% de b\u00e9ton recycl\u00e9. Il a fallu faire des projets pilotes pour montrer que cela marchait tr\u00e8s bien. En tant qu\u2019architectes, vous devez vraiment vous int\u00e9resser \u00e0 l\u2019\u00e9conomie circulaire. Avec l\u2019effondrement dont je parlais tout \u00e0 l\u2019heure, dont un des aspects est la chute des effectifs d\u00e9mographiques, on va peut-\u00eatre se retrouver un peu comme les Romains&nbsp;: Rome a compt\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 1 million d\u2019habitants pendant plus d\u2019un si\u00e8cle, pour un Empire qui en comptait 60. Puis au VIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ap. J.-C. ce n\u2019est plus que 10&nbsp;000 \u00e0 12&nbsp;000 habitants, et donc en fait, une grande partie de la ville est transform\u00e9e en carri\u00e8re. Allez savoir si dans votre existence vous n\u2019allez pas vivre dans des villes dont une partie redeviendra une forme de carri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre enjeu fondamental est celui de la lutte contre la chaleur, qu\u2019on int\u00e8gre \u00e0 la limite plus que le froid. Si le Gulf Stream redescend, nous aurons des chauds-froids. Il faut que le b\u00e2timent soit habitable l\u2019\u00e9t\u00e9 et l\u2019hiver avec un surcro\u00eet de d\u00e9penses \u00e9nerg\u00e9tiques minimal, sans aller chercher des mat\u00e9riaux trop loin\u2026 Le boulot ne va pas \u00eatre simple&nbsp;! C\u2019est d\u00e8s maintenant qu\u2019il faut vous y pr\u00e9parer. Si vous pensez que dans toute votre carri\u00e8re vous allez b\u00e2tir comme aujourd\u2019hui, moi j\u2019ai des doutes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Th\u00e8me #2&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ramener du sens dans la pratique de l\u2019espace&nbsp;: la sobri\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9reuse&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons travaill\u00e9 sur le concept de \u00ab&nbsp;sobri\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9reuse&nbsp;\u00bb, comme une solution du point de vue de l\u2019architecte. Cette \u00ab&nbsp;sobri\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb pourrait se d\u00e9finir par une absence de superflu dans la conception, qui serait remplac\u00e9e par un investissement dans le sens, et qui provoquerait dans l\u2019architecture des richesses d\u2019exp\u00e9riences sensorielles, qui seraient g\u00e9r\u00e9es par une conception raisonn\u00e9e, avec une mise en premier plan des relations usage\/architecture\/nature. Cela n\u00e9cessiterait bien s\u00fbr une capacit\u00e9 de l\u2019architecte \u00e0 transcender les enjeux qui sont ceux de la commande aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons explor\u00e9 quelques pistes&nbsp;: les rencontres et les rapports qu\u2019elles cr\u00e9ent dans la conception&nbsp;; les usages \u00e0 travers un investissement dans le sens des dispositifs architecturaux plut\u00f4t que dans du mat\u00e9riel&nbsp;; la nature et la mise en \u0153uvre des mat\u00e9riaux qui au-del\u00e0 d\u2019une gestion durable peuvent \u00eatre vus sous l\u2019aspect de faire perdurer des savoir-faire locaux, donc aussi de faire perdurer le sens du lieu, en se pla\u00e7ant en opposition avec l\u2019uniformisation de l\u2019architecture qui se passe aujourd\u2019hui&nbsp;; la mise en rapport avec l\u2019environnement, le paysage. L\u2019id\u00e9e de cette \u00ab&nbsp;sobri\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9reuse&nbsp;\u00bb, que nous avons essay\u00e9 de d\u00e9finir, ne se place pas seulement du point de vue de l\u2019architecte, mais aussi de celui de toute l\u2019\u00e9quipe de construction&nbsp;(l\u2019artisan, le constructeur&#8230;) et de la commande. Il peut en effet y avoir aussi des remises en question de la commande, avec des solutions comme par exemple la mutualisation de plusieurs programmes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019habitat coop\u00e9ratif va dans le sens de ce que vous proposez. En Suisse, c\u2019est assez d\u00e9velopp\u00e9&nbsp;: dans un immeuble, vous avez des locaux dont les destinations sont multiples au gr\u00e9 de l\u2019\u00e9volution des habitants, et m\u00eame parfois aussi des immeubles multifonctionnels, avec un centre de m\u00e9ditation, une salle de danse, etc. L\u2019architecture participative est aussi une d\u00e9marche dans laquelle l\u2019architecte ne construit pas tout seul, mais dans l\u2019ad\u00e9quation \u00e0 ce que les gens souhaitent, veulent, en fonction des contraintes. Autre chose qui m\u2019avait beaucoup int\u00e9ress\u00e9 dans le Japon traditionnel, c\u2019est qu\u2019on refaisait les temples tous les 25 ans, non pas parce qu\u2019ils s\u2019ab\u00eemaient, mais pour que chaque g\u00e9n\u00e9ration garde le savoir-faire. C\u2019est n\u00e9cessaire pour qu\u2019il ne se perde pas. J\u2019ai trouv\u00e9 cette id\u00e9e magnifique parce que je n\u2019aime pas le terme \u00ab&nbsp;d\u00e9veloppement durable&nbsp;\u00bb, et il y a l\u2019id\u00e9e&nbsp; d\u2019harmoniser contrainte mat\u00e9rielle et aspect de sens, et l\u00e0 on a vraiment les deux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9meline Curien<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous venez de dire que vous n\u2019aimez pas le terme de \u00ab&nbsp;d\u00e9veloppement durable&nbsp;\u00bb, peut-\u00eatre pouvez-vous nous en expliquer les raisons&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je le d\u00e9teste effectivement&nbsp;! C\u2019est une expression qui appara\u00eet dans les ann\u00e9es 80, qui a ses fondements dans le sommet de Stockholm en juin 1972, qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e0 la mode avec le rapport Brundtland paru en 1987, et qui l\u2019est grosso modo rest\u00e9e jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. On continue encore \u00e0 parler de \u00ab&nbsp;d\u00e9veloppement durable&nbsp;\u00bb, alors que les principes du rapport Brundtland sont d\u00e9j\u00e0 loin. Les deux objectifs du \u00ab&nbsp;d\u00e9veloppement durable&nbsp;\u00bb \u00e9taient de r\u00e9duire nos impacts globaux et de r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s. Ce \u00ab&nbsp;d\u00e9veloppement durable&nbsp;\u00bb a-t-il r\u00e9ussi&nbsp;? C\u2019est un \u00e9chec cuisant, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on a fait rigoureusement l\u2019inverse, on a fait exploser tous les impacts globaux et on a fait exploser les in\u00e9galit\u00e9s. En fait, le \u00ab&nbsp;d\u00e9veloppement durable&nbsp;\u00bb est un mot valise, il fallait que tout le monde le suive, il fallait donc qu\u2019il soit extr\u00eamement impr\u00e9cis. La d\u00e9finition canonique est \u00ab&nbsp;le mode de d\u00e9veloppement qui permet aux g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9sentes de satisfaire leurs besoins sans compromettre la capacit\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations futures \u00e0 satisfaire les leurs&nbsp;\u00bb. C\u2019est une grande innovation, mais vous pouvez l\u2019entendre de fa\u00e7on tr\u00e8s diff\u00e9rente et \u00e9videmment on l\u2019a entendu de la plus mauvaise mani\u00e8re qui soit et on en voit les r\u00e9sultats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En revanche, si vous regardez du c\u00f4t\u00e9 des Anglo-saxons, ils n\u2019utilisent plus \u00ab&nbsp;d\u00e9veloppement durable&nbsp;\u00bb, ils parlent de \u00ab&nbsp;sustainability&nbsp;\u00bb. Faisons pareil, parlons de \u00ab&nbsp;durabilit\u00e9&nbsp;\u00bb. On a alors deux mani\u00e8res d\u2019entendre ce concept qui sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes mais qui ont le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre tr\u00e8s claires. On a la \u00ab&nbsp;durabilit\u00e9 faible&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on dit que toutes nos activit\u00e9s humaines \u00e9conomiques d\u00e9truisent du capital naturel, mais ce n\u2019est pas un probl\u00e8me, parce qu\u2019on va substituer au capital naturel d\u00e9truit du capital technique. \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a plus de soie, ok, il y a le nylon&nbsp;!&nbsp;\u00bb. En fait \u00e7a ne marche pas. Concernant par exemple les ressources halieutiques, les techniques ne sont jamais que des interm\u00e9diaires, on ne va jamais substituer le moindre capital technique \u00e0 du capital naturel. On substitue une technique \u00e0 une autre pour aller chercher un compartiment du capital naturel que l\u2019on ne savait pas exploiter, cela n\u2019a rien \u00e0 voir. Et puis il y a la \u00ab&nbsp;durabilit\u00e9 forte&nbsp;\u00bb&nbsp;: on est face \u00e0 des syst\u00e8mes physiques, les limites plan\u00e9taires, il faudrait qu\u2019on arrive \u00e0 inverser les tendances pour au moins ne plus exag\u00e9rer et ne plus aggraver la situation (on ne reviendra jamais au vert, en tout cas pas avant des centaines de milliers d\u2019ann\u00e9es). La \u00ab&nbsp;durabilit\u00e9 forte&nbsp;\u00bb, c\u2019est pr\u00e9server autant que faire se peut, du moins ce qu\u2019il en reste, les grands \u00e9quilibres du syst\u00e8me Terre. C\u2019est pour cela que je n\u2019aime pas l\u2019expression \u00ab&nbsp;d\u00e9veloppement durable&nbsp;\u00bb parce que l\u2019on ne sait pas trop ce qu\u2019elle veut dire et on l\u2019a vraiment tir\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la \u00ab&nbsp;durabilit\u00e9 faible&nbsp;\u00bb, ce qui a toujours exist\u00e9&nbsp;: c\u2019est l\u2019industrie tout simplement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Th\u00e8me #3&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9thique architecturale \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 de sa production&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous sommes int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la question de la vitesse, de la rapidit\u00e9, comme quelque chose qui r\u00e9git notre mani\u00e8re de vivre. Paul Virilio parlait de cette violence de la vitesse, et on la retrouve particuli\u00e8rement en architecture&nbsp;: la rapidit\u00e9 du chantier, les probl\u00e8mes de durabilit\u00e9\u2026 Nous avons surtout d\u00e9cid\u00e9 d\u2019aborder la question de la rapidit\u00e9 dans la phase de conception. Aujourd\u2019hui, l\u2019architecte a divers outils \u00e0 sa disposition&nbsp;: des outils informatiques, des logiciels\u2026 qui lui permettent de concevoir tr\u00e8s vite. De ce fait, le public attend cela&nbsp;: un client par exemple pour une maison s\u2019attend \u00e0 ce que les plans soient pr\u00eats en deux semaines maximum. Nous trouvons que cela est tr\u00e8s dangereux pour le travail d\u2019architecte, parce que c\u2019est tr\u00e8s r\u00e9ducteur. Faire de l\u2019architecture demande de prendre en consid\u00e9ration plusieurs facteurs, les usages\u2026 Et le fait d\u2019avoir cette violence d\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 oblige \u00e0 faire des choix rapidement et \u00e0 sacrifier des principes et des valeurs au nom de la rentabilit\u00e9 \u00e9conomique. On con\u00e7oit finalement des objets de consommation, des produits. Les gens ont des produits et consomment leurs habitats, ils consomment leurs lieux de vie. Nous avons pens\u00e9 \u00e0 se baser sur des aspects autres que la rentabilit\u00e9 \u00e9conomique et financi\u00e8re, et que les attentes peut-\u00eatre trop superficielles du public, et penser la rentabilit\u00e9 de mani\u00e8re plus vaste&nbsp;: l\u2019architecte va bient\u00f4t \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 plusieurs questions, que ce soit avec l\u2019arriv\u00e9e des r\u00e9fugi\u00e9s de guerre, des r\u00e9fugi\u00e9s climatiques, le d\u00e9veloppement d\u00e9mographique&#8230; Il va lui falloir, dans cette urgence-l\u00e0, prendre justement son temps pour pouvoir r\u00e9fl\u00e9chir et trouver les bonnes solutions. Et si cette notion de rentabilit\u00e9 est aussi importante, peut-\u00eatre pouvons-nous essayer de l\u2019\u00e9largir pour penser une rentabilit\u00e9 environnementale et sociale et surtout essayer vraiment d\u2019op\u00e9rer un changement de paradigme dans notre mani\u00e8re de vivre, et pas seulement de mani\u00e8re technique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vos r\u00e9flexions m\u2019enchantent. On a fait avec l\u2019architecture exactement ce qu\u2019on a fait avec la culture, c\u2019est-\u00e0-dire que, pour le dire vite, on a universalis\u00e9 et on a abstrait les choses. On a fait ce qu\u2019on appelle \u00ab&nbsp;la r\u00e9volution verte&nbsp;\u00bb en agriculture, on fait abstraction du sol, on fait abstraction des conditions climatiques, et on veut avoir les m\u00eames vari\u00e9t\u00e9s partout sur Terre pratiquement, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui permet de produire plus, en masse, etc., et de ne pas du tout tenir compte de la sp\u00e9cificit\u00e9 des lieux. Le temps est li\u00e9 \u00e0 la simplification&nbsp;: on simplifie en standardisant, en universalisant. Et bien en architecture c\u2019est pareil, vous avez un bulldozer qui arase le lieu, qui vous a fait un truc plat, peu importe qu\u2019il y ait des collines, vous n\u2019avez m\u00eame pas \u00e0 vous d\u00e9placer vous le savez \u00e0 l\u2019avance, et tout est \u00e0 l\u2019avenant. Par exemple, pour le couvent de l\u2019Arbresle<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> pr\u00e8s de Lyon on neutralise le sol par des piliers. Et les petites cellules qui \u00e9taient au d\u00e9part con\u00e7ues pour que les \u00e9tudiants dominicains travaillent sont toutes faites par Le Corbusier sur le nombre d\u2019or, mais on ne peut pas y mettre un livre. Sur la partie arri\u00e8re, il y a des sortes de toutes petites loggias, avec sur la partie ext\u00e9rieure des galets, et justement le chemin en bas est plein de cailloux mais l\u2019architecte n\u2019est pas all\u00e9 les chercher l\u00e0, pour des raisons \u00e9conomiques, il est all\u00e9 chercher des cailloux pour les traverses de chemins de fer. Il y a de tr\u00e8s belles choses par ailleurs, mais on a quelque chose qui est totalement ind\u00e9pendant du lieu et il s\u2019est m\u00eame, d\u2019une certaine mani\u00e8re, affranchi des contraintes de la vie d\u2019un apprenti dominicain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce moment, je suis en train de m\u2019occuper d\u2019une commission au Minist\u00e8re de l\u2019\u00c9cologie sur la robomobilit\u00e9. Et j\u2019en sors avec les bras compl\u00e8tement en bas&nbsp;: cette robomobilit\u00e9, on la vend aux gens parce que Google l\u2019a invent\u00e9e et leur vend&nbsp;: vous mettez un bo\u00eetier dans votre voiture et puis vous commencez \u00e0 lire le journal. C\u2019est totalement faux&nbsp;: pour que la robomobilit\u00e9 fonctionne, il faut que vous ayez un \u00e9quipement informatique tout au long de toutes les chauss\u00e9es, il faudrait tr\u00e8s probablement que l\u2019on mette une puce dans chacun de nous parce que, pour le moment, les logiciels ne font pas la diff\u00e9rence entre vous et un pigeon, ce qui peut \u00eatre dangereux. Donc si vous voulez \u00eatre vraiment identifi\u00e9 comme un individu humain qui traverse la route, vous devez avoir une puce. Ensuite quand on dit \u00ab&nbsp;bah non, le chauffeur va rester, il va intervenir&nbsp;\u00bb, c\u2019est idiot&nbsp;: si le syst\u00e8me s\u2019installe et si on en prend l\u2019habitude, et que vous \u00eates en train de lire le journal et que d\u2019un coup \u00e7a sonne partout \u2013&nbsp;gling gling gling gling, il y a un pi\u00e9ton qui traverse&nbsp;\u2013 on n\u2019a pas le temps de r\u00e9agir. Donc en fait un syst\u00e8me automatique ne fonctionne que si tout est automatique. Pour le moment on ne sait pas encore faire, mais en fait pour que \u00e7a puisse se faire dans les conditions de s\u00e9curit\u00e9, il va falloir que vous divisiez la voirie, pour en avoir une sp\u00e9cifique pour les voitures autonomes. Si on avance dans cette histoire de robomobilit\u00e9, il faudra aussi des feux rouges pour envoyer un signal \u00e0 la voiture. C\u2019est \u00e9norme en termes de r\u00e9seaux \u00e0 construire, avec des co\u00fbts gigantesques. Si on le fait, on ne va pas adapter la ville aux changements climatiques, c\u2019est-\u00e0-dire la v\u00e9g\u00e9taliser, faire des \u00e9cosyst\u00e8mes qui traitent l\u2019eau de pluie, qui assainissent l\u2019eau, etc., c\u2019est une r\u00e9volution \u00e9norme sans laquelle on ne pourra pas faire face aux vagues de chaleur. Je ne vois pas comment on fait les deux \u00e0 la fois, et en fait je ne vois pas du tout l\u2019int\u00e9r\u00eat de la robomobilit\u00e9 pour tout dire franchement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre enjeu li\u00e9 \u00e0 votre travail d\u2019architecte est l\u2019intelligence artificielle et ses algorithmes qui sont partout. Le Minist\u00e8re de la Justice am\u00e9ricain utilise par exemple un algorithme pour identifier l\u2019individu qui a le moins de chance de faire de la r\u00e9cidive, celui donc que vous allez lib\u00e9rer. Alors \u00e9videmment, comme c\u2019est un algorithme, il fait des rapports entre plein de choses, ce qui donne le r\u00e9sultat suivant&nbsp;: celui qui pr\u00e9f\u00e8re la soupe au pain a moins de chance d\u2019\u00eatre r\u00e9cidiviste. Comment voulez-vous fournir une justification&nbsp;? Ce sont des sortes de boites noires. Quand on rentre dans ce que l\u2019on appelle le \u00ab&nbsp;deep learning&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;une intelligence artificielle, o\u00f9 les r\u00e8gles au d\u00e9part ne sont jamais chang\u00e9es mais o\u00f9, en revanche, le logiciel peut introduire des r\u00e8gles \u00e0 un second niveau&nbsp;&#8211; au bout d\u2019un moment, une fois qu\u2019il a appris, on ne sait plus pourquoi il fait ceci ou cela. Et certains de ces logiciels sont racistes, d\u2019autres sont sexistes, et on ne sait pas pourquoi. Il faut se m\u00e9fier et \u00eatre tr\u00e8s vigilant, parce que cela ne va peut-\u00eatre pas durer longtemps pour des questions de mat\u00e9riaux, mais on va avoir au moins 10 &#8211; 20 ans o\u00f9 on va vouloir forcer la soci\u00e9t\u00e9 dans ce sens-l\u00e0. Et cela devient grave, parce que la logique de l\u2019automatisation est une logique radicale. Autrefois, un chauffeur de taxi avait un vrai savoir-faire, il connaissait parfaitement sa ville, toutes les petites rues etc., il n\u2019\u00e9tait pas substituable au logiciel. Aujourd\u2019hui, il utilise TomTom, et il devient du coup facilement automatisable. Mais imaginez que le juge devienne automatisable, que le gardien de prison devienne automatisable, que l\u2019architecte devienne automatisable, qu\u2019allez-vous faire&nbsp;? Ce sont des trappes de destruction psychique. On n\u2019a pas de chance aujourd\u2019hui, on se paie notre environnement et on se paie cette r\u00e9volution-l\u00e0, dont certains aspects peuvent \u00eatre int\u00e9ressants, mais d\u2019autres sont quand m\u00eame plus sujets \u00e0 concertation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En parlant d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration, on peut citer aussi Hartmut Rosa, le sociologue qui a travaill\u00e9 l\u00e0-dessus. Mais avec les questions que vous posez, vous avez un fil de tricot, et si vous tirez vous allez en tirer d\u2019autres parce que c\u2019est un des fils essentiels, qui permet de r\u00e9fl\u00e9chir au sens de votre m\u00e9tier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Th\u00e8me #4&nbsp; \u00ab&nbsp;La relation de l\u2019Homme \u00e0 la technique et ses cons\u00e9quences sur l\u2019architecture&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous sommes int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la relation entre l\u2019Homme et la technique. Nous avons essay\u00e9 d\u2019\u00e9tablir un lien entre l\u2019architecture et la technique, mais nous avons d\u2019abord eu des difficult\u00e9s \u00e0 d\u00e9finir la technique. En g\u00e9n\u00e9ral, on la con\u00e7oit comme la relation qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 entretient avec les outils et les comp\u00e9tences qui sont \u00e0 sa disposition. Premi\u00e8rement nous avons essay\u00e9 d\u2019\u00e9tablir les avantages que la technique constitue pour un architecte. Elle permet d\u2019optimiser le temps consacr\u00e9 au travail et \u00e0 la production, \u00e0 travers par exemple des \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9fabriqu\u00e9s, et donc d\u2019avoir un gain \u00e9conomique. Elle permet aussi de faire \u00e9voluer les techniques de travail, nos savoirs, \u00e0 travers par exemple le partage de donn\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 tout ce qui est informatis\u00e9. Elle permet une diversification nouvelle au niveau des types de construction, qui deviennent pour certaines plus performantes&nbsp;: des port\u00e9es qui deviennent plus grandes par exemple. Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela, il y a beaucoup d\u2019aspects n\u00e9gatifs de la technique sur le m\u00e9tier d\u2019architecte. Il y a d\u00e9j\u00e0 certaines techniques ancestrales et des savoir-faire qui \u00e9taient transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration et qui sont en train de dispara\u00eetre, des artisans qui commencent \u00e0 dispara\u00eetre avec leurs savoir-faire. Mais il y a aussi les petites entreprises d\u2019architecture qui commencent \u00e0 dispara\u00eetre&nbsp;: avec la mondialisation, de grandes firmes sont en train de prendre le dessus sur le march\u00e9, elles ont une main d\u2019\u0153uvre plus qualifi\u00e9e parce qu\u2019elles ont plus de moyens, elles ont aussi beaucoup plus de personnes \u00e0 leur service. Cela a beaucoup de r\u00e9percussions, notamment sur l\u2019identit\u00e9 architecturale&nbsp;: il y a une perte progressive de la sp\u00e9cificit\u00e9 et de la singularit\u00e9 dans le travail. Par ailleurs, le BIM (Building Information Modeling) \u2013&nbsp;une technique qu\u2019on utilise actuellement en architecture&nbsp;\u2013 permet aux architectes de travailler simultan\u00e9ment sur une m\u00eame plateforme avec les ing\u00e9nieurs et les entrepreneurs. C\u2019est positif du point de vue de l\u2019efficacit\u00e9 et de la facilit\u00e9 de son utilisation, de la pr\u00e9cision aussi qu\u2019elle offre dans le travail, mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, cette technique devient de plus en plus accessible au public remet par cons\u00e9quent notre propre m\u00e9tier et notre propre discipline en question, elle met en p\u00e9ril la fonction m\u00eame de l\u2019architecte. N\u2019importe qui aujourd\u2019hui peut cr\u00e9er sa propre maison sur un petit logiciel et dire qu\u2019il sait faire, sans pour autant avoir un savoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis un peu r\u00e9ticent par rapport \u00e0 votre d\u00e9finition de la technique. Vous avez d\u00e9fini la technique comme des outils et comme des comp\u00e9tences, mais vos outils sont faits de quoi et ils sont faits pour travailler avec quoi&nbsp;? La technique est essentiellement un interm\u00e9diaire, entre nous et nous-m\u00eames, entre nous et les autres, et entre nous et le monde, c\u2019est-\u00e0-dire que c\u2019est ce par quoi on s\u2019ins\u00e8re ou on am\u00e9nage ou on transforme le monde autour de nous. De ce fait, l\u2019architecture est \u00ab&nbsp;la&nbsp;\u00bb technique par excellence, la premi\u00e8re des techniques, la plus importante des techniques. Les premiers ouvrages et les premi\u00e8res techniques au sens d\u2019outils, c\u2019est pour l\u2019architecture d\u2019une certaine mani\u00e8re. La d\u00e9finition que vous avez donn\u00e9 est un peu r\u00e9ductrice, elle oublie la fonction d\u2019interm\u00e9diation des techniques quelles qu\u2019elles soient. Aujourd\u2019hui, on a une vague technologique, qui \u00e9tait en pr\u00e9paration depuis longtemps mais qui conna\u00eet une acc\u00e9l\u00e9ration fulgurante, en lien avec la num\u00e9risation qui change tout. Et c\u2019est en relation avec l\u2019explosion des in\u00e9galit\u00e9s. Aujourd\u2019hui, le chiffre d\u2019Oxfam nous apprend que les huit personnes les plus riches au monde ont accumul\u00e9 en fortune l\u2019\u00e9quivalent des revenus annuels de 3,6 milliards de personnes, 8 \/ 3,6 milliards, et c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 \u00ab&nbsp;la magie du num\u00e9rique&nbsp;\u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire que le num\u00e9rique permet une concentration extraordinaire&nbsp;: un minimum d\u2019acteurs peuvent offrir un service pour un maximum d\u2019utilisateurs. Nos gouvernants ont encore du mal \u00e0 bien voir et \u00e0 bien tout comprendre ces enjeux. Il y a une loi en pr\u00e9paration sur le num\u00e9rique, mais c\u2019est quelque chose de tr\u00e8s compliqu\u00e9. Ce que l\u2019on appelle la mondialisation est souvent un sous-aspect de la num\u00e9risation, les deux vont ensemble et c\u2019est effectivement une menace extr\u00eamement importante. Il faut trouver les bonnes mani\u00e8res de r\u00e9agir, et pas seulement en se cramponnant sur ce qu\u2019on a fait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Th\u00e8me #5&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les Hommes et leurs milieux&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons travaill\u00e9 sur le rapport qu\u2019entretenait l\u2019Homme \u00e0 son environnement&nbsp;: comment une soci\u00e9t\u00e9 construit son rapport \u00e0 l\u2019environnement et comment elle l\u2019organise&nbsp;? Nous sommes parti d\u2019un constat&nbsp;: ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, il y a eu une transformation du lien entretenu par les Hommes avec leurs milieux. Sur ce sujet, deux aspects nous ont sembl\u00e9 importants&nbsp;: premi\u00e8rement la m\u00e9diatisation de la nature et du paysage, deuxi\u00e8mement du point de vue de l\u2019industrialisation et de la standardisation des processus constructifs et des fa\u00e7ons d\u2019habiter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019abord, la mise en image de la nature, avec la notion de paysage qui est apparue au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, a cr\u00e9\u00e9 une distanciation par rapport \u00e0 ce qui \u00e9taient la nature et l\u2019environnement. Le clich\u00e9, la carte postale, viennent donner une image fig\u00e9e d\u2019un territoire, d\u2019un lieu, d\u2019une identit\u00e9, et transforme le rapport \u00e0 l\u2019environnement. En parall\u00e8le, la soci\u00e9t\u00e9 s\u2019industrialise et se standardise&nbsp;: l\u2019uniformisation des processus constructifs entra\u00een\u00e9e par l\u2019industrialisation d\u2019\u00e9l\u00e9ments transport\u00e9s \u00e0 l\u2019autre bout du monde pour construire une architecture qui va \u00eatre toujours la m\u00eame partout dans le monde et parall\u00e8lement une uniformisation des fa\u00e7ons d\u2019organiser et d\u2019habiter les villes. On voit que, entre Duba\u00ef et New-York par exemple, il y a une fa\u00e7on similaire de fonctionner par zoning et de g\u00e9rer les flux de mobilit\u00e9. L\u2019urbanisme se construit sans tenir compte de la qualit\u00e9 des terres, une qualit\u00e9 intrins\u00e8que de l\u2019environnement sur laquelle on pourrait fonder un urbanisme nouveau. Vous parliez \u00e9galement de la num\u00e9risation, qui permet \u00e0 un individu fran\u00e7ais d\u2019\u00eatre en lien, en une seconde, avec un asiatique, avec un am\u00e9ricain, etc., et qui interroge ce qu\u2019est le lieu, le territoire dans ce monde num\u00e9ris\u00e9 qu\u2019on d\u00e9couvre au XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour envisager des solutions, nous avons travaill\u00e9 sur un architecte en particulier, qui pratique en Suisse dans les Grisons, et qui s\u2019appelle Gion A. Caminada. Il a une pens\u00e9e qu\u2019on pourrait qualifier \u00e9cosophiste, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il replace l\u2019Homme au centre de son environnement par un travail sur la localit\u00e9, sur la conservation des sp\u00e9cificit\u00e9s du lieu dans lequel il s\u2019inscrit. Il est install\u00e9 dans un petit village et il fait travailler les habitants, les artisans locaux, en essayant de dynamiser les savoir-faire qui parfois se sont perdus. \u00c9cologiquement, il travaille avec des mat\u00e9riaux issus du territoire aux alentours, le bois extrait des for\u00eats locales, tout cela dans une volont\u00e9 de reconfiguration de la soci\u00e9t\u00e9 en elle-m\u00eame, de cette micro-soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne connais pas cet architecte, mais la Suisse est dans une situation un peu paradoxale. Les Grisons est la partie du pays la plus conserv\u00e9e, et sans doute la plus conservatrice sur certains plans. Au contraire, la r\u00e9gion o\u00f9 j\u2019habite est compl\u00e8tement mit\u00e9e. A la limite, la France reste un des pays o\u00f9 il y a une grande proportion de surfaces non b\u00e2ties, et cette id\u00e9e grisonne aura peut-\u00eatre plus d\u2019avenir en France qu\u2019en Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous ouvrez la question du retour au sol. Dans la ville traditionnelle, par exemple la ville m\u00e9di\u00e9vale, il y a \u00e9norm\u00e9ment de jardins. En fait, la ville est construite sur de tr\u00e8s bonnes terres qu\u2019on utilise dans le temps&nbsp;: il n\u2019y a pas de \u00ab&nbsp;b\u00e9tonisation&nbsp;\u00bb et les espaces ouverts sont extr\u00eamement nombreux. Ce n\u2019est donc pas la m\u00eame n\u00e9gation du sol. Au contraire, dans certaines formes d\u2019urbanisme aujourd\u2019hui, on veut y revenir, on veut r\u00e9-\u00e9cosyst\u00e9miser la ville. Certains \u00e9cosyst\u00e8mes ont des propri\u00e9t\u00e9s compl\u00e8tement folles&nbsp;: de traitement des eaux, de captation dans les milieux des m\u00e9taux, etc. Je vous invite \u00e0 lire le livre d\u2019Isabelle Delannoy qui s\u2019appelle L\u2019\u00e9conomie symbiotique<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, dans lequel il y a pour les architectes quelques id\u00e9es int\u00e9ressantes. Elle appelle de ses v\u0153ux une r\u00e9volution li\u00e9e au vivant, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il faudrait \u00e0 la fois qu\u2019on apprenne \u00e0 bio-sourcer ce que l\u2019on produit, mais en m\u00eame temps imiter le fonctionnement de la nature dans son c\u00f4t\u00e9 plus symbiotique, plus horizontal, moins hi\u00e9rarchique, etc. Quant aux zoning et au flux de mobilit\u00e9, je dirais qu\u2019une transformation est en cours&nbsp;: des grandes cha\u00eenes de tr\u00e8s grandes distributions notamment aux \u00c9tats-Unis s\u2019effondrent, et la rentabilit\u00e9 d\u2019un groupe comme Carrefour est en train de chuter. Le mod\u00e8le tout voiture avec des hyper-surfaces \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur est en train de s\u2019effondrer, pour des raisons qui sont li\u00e9es \u00e0 la mobilit\u00e9 des marchandises, \u00e0 la mani\u00e8re dont on la con\u00e7oit, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des drones, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du net, au commerce par correspondance. Ce mod\u00e8le qui a presque un demi-si\u00e8cle est vraiment \u00e0 bout de souffle. Et puis il y a d\u2019autres raisons&nbsp;: la v\u00e9g\u00e9talisation de la ville, les jardins urbains, le retour du mara\u00eechage, l\u2019arriv\u00e9e de la permaculture. La r\u00e9action du groupe Auchan, a \u00e9t\u00e9 de faire des milliers de m<sup>2<\/sup> pr\u00e8s de Roissy, \u00e0 la fois pour faire ses courses et du ski comme \u00e0 Duba\u00ef, des programmes qui s\u2019effondrent d\u00e9j\u00e0 aux \u00c9tats-Unis. L\u2019\u00e9poque dans laquelle on vit met en concurrence deux r\u00e9cits. Le \u00ab&nbsp;r\u00e9cit transhumaniste&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;vous allez devenir immortel, et vous allez avoir le m\u00eame probl\u00e8me que Dracula avec un ennui assez profond, l\u2019id\u00e9al de la sant\u00e9 parfaite, on va aller sur Mars\u2026&nbsp;\u2013 est celui que vendent les GAFA, et qui est tr\u00e8s fort dans la soci\u00e9t\u00e9. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 on trouve le \u00ab&nbsp;r\u00e9cit \u00e9colo&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;relocalisation, qualit\u00e9, sensibilit\u00e9, \u00e9chelle humaine&nbsp;\u2013 qui est radicalement inverse. Les deux coexistent dans cette soci\u00e9t\u00e9, l\u2019un est plus dominant que l\u2019autre, mais celui-ci ne r\u00e9siste pas trop mal. On ne fera pas longtemps les deux \u00e0 la fois. \u00c0 un moment donn\u00e9, cela va devoir splitter. Il faut y \u00eatre tr\u00e8s attentifs, parce que ce qui fait bouger les gens et ce qui les fait comprendre le monde, c\u2019est le r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Th\u00e8me #6&nbsp;: \u00ab&nbsp;Relations citoyens, politique et environnement&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre th\u00e8me portait sur les relations qui existent entre le citoyen, le politique et l\u2019environnement, et sur leurs influences sur l\u2019architecture, mais aussi sur la question inverse qui est comment l\u2019architecture et les architectes peuvent influencer les citoyens et la politique en mati\u00e8re d\u2019environnement. La protection de l\u2019environnement est tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 la politique mise en place. Or celle-ci a un champ d\u2019action qui se joue sur l\u2019\u00e9chelle d\u2019un mandat de 5 ans, un temps tr\u00e8s court compar\u00e9 \u00e0 la question \u00e9cologique qui elle se joue sur un temps extr\u00eamement long. Les politiques s\u2019occupent donc des pr\u00e9occupations \u00e0 court terme des habitants, et il semble que pour influer sur l\u2019environnement, il faut que les citoyens soient eux-m\u00eames convaincus de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un changement, et poussent les politiques \u00e0 agir dans ce sens. Or on constate que les citoyens ne sont pas conscients de la gravit\u00e9 de la situation, m\u00eame si quelques uns ont choisi de changer de modes de vie&nbsp;: par exemple les auto-constructeurs qui d\u00e9veloppent des alternatives comme la construction en paille ou en terre, etc. On voit appara\u00eetre des associations entre ces auto-constructeurs et des professionnels de la construction, qui essayent ensemble de changer les r\u00e9glementations, d\u2019en cr\u00e9er des nouvelles, de les faire accepter juridiquement pour qu\u2019elles soient ensuite g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es \u00e0 l\u2019ensemble de la profession. Mais ce processus est tr\u00e8s long, il est difficile, et il se heurte \u00e0 plusieurs freins. On se demande comment les architectes peuvent influencer de mani\u00e8re plus impactante, plus rapide, un changement politique en mani\u00e8re d\u2019environnement, en s\u2019associant notamment avec les citoyens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Est-ce qu\u2019il ne faudrait pas inventer une fonction nouvelle de l\u2019architecte, qui ne serait plus forc\u00e9ment uniquement un b\u00e2tisseur, mais qui pourrait jouer un r\u00f4le pour amener les gens dans leur vie quotidienne \u00e0 r\u00e9duire leur empreinte \u00e9cologique&nbsp;? On pourrait imaginer un r\u00f4le plus large de l\u2019architecte qui ne serait pas exactement celui de l\u2019urbaniste, une sorte d\u2019incitateur \u00e0 \u00e9cologiser la ville. En effet, si son r\u00f4le est limit\u00e9 \u00e0 la construction, il ne touche qu\u2019un segment de la population relativement restreint&nbsp;: celui qui b\u00e2tit, et qui souhaite aller dans cette direction-l\u00e0, ce qui n\u2019est pas non plus tout le monde. Comment \u00e9largir la cible&nbsp;? L\u2019architecte pourrait trouver des lieux pour accueillir des r\u00e9fugi\u00e9s et les am\u00e9nager, servir d\u2019interface avec la population, avec les autorit\u00e9s, \u00e9largir donc le spectre de son m\u00e9tier. Il serait alors un organisateur de crises, quelqu\u2019un qui fait l\u2019interface entre des gens qui sont dans la difficult\u00e9 et les autorit\u00e9s. Cela \u00e9largit l\u2019acte d\u2019architecte tout en restant dans la question de l\u2019habiter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me suis occup\u00e9 d\u2019un programme de recherches au Minist\u00e8re de l\u2019\u00c9cologie qui s\u2019appelle \u00ab&nbsp;Movida&nbsp;\u00bb. Nous menons des recherches sur les modes de vie. Les Minist\u00e8res de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale sont orient\u00e9s techniques, mais ils se sont rendus compte qu\u2019en mati\u00e8re d\u2019environnement, la solution technique d\u00e9place plut\u00f4t qu\u2019elle ne r\u00e9sout un probl\u00e8me. Les difficult\u00e9s sont telles qu\u2019on ne peut pas faire face aux questions environnementales en ne pensant qu\u2019\u00e0 des aspects techniques. Il ne peut y avoir de changement sans transformation \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur les modes de vie. A contrario, les premi\u00e8res \u00e9tudes qui ont port\u00e9 sur certains des premiers \u00e9coquartiers en France ont montr\u00e9 qu\u2019entre la performance technique annonc\u00e9e et ce qui se produit r\u00e9ellement, l\u2019\u00e9cart est monumental&nbsp;! Ces habitats dans les \u00e9co-quartiers qui \u00e9taient pens\u00e9s pour \u00eatre hyper performants, correspondent \u00e0 une pens\u00e9e d\u2019ing\u00e9nieur, qui ne colle absolument pas avec les usagers. Tr\u00e8s souvent on aboutit \u00e0 un r\u00e9sultat inverse \u00e0 celui qui avait \u00e9t\u00e9 fantasm\u00e9, et nous avons pu le v\u00e9rifier sur tous ces quartiers. Si on veut avoir un \u00e9coquartier performant, il faut bien \u00e9videmment du mat\u00e9riel, mais il faut surtout des gens qui en aient envie. La technique doit \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 un ou des modes de vie. Si vous la pensez de fa\u00e7on abstraite, vous allez \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Dans les difficult\u00e9s r\u00e9currentes, on a d\u2019abord souvent affaire \u00e0 ce qu\u2019on appelle \u00ab&nbsp;l\u2019effet rebond&nbsp;\u00bb. Le premier a avoir compris cela, et c\u2019est pourtant un inventeur de l\u2019\u00e9conomie classique, c\u2019est l\u2019anglais William Stanley Jevons. Il a \u00e9crit un livre dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui s\u2019appelait Sur la Question du Charbon<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, en Angleterre. Il montre que moins nous consommons de charbon gr\u00e2ce aux progr\u00e8s des techniques, par unit\u00e9 technique donn\u00e9e, plus globalement nous consommons de charbon. C\u2019est-\u00e0-dire que plus on a des gains de productivit\u00e9, moins ce qu\u2019on met sur le march\u00e9 est cher, plus il est achet\u00e9 en grande quantit\u00e9. Entre un ordinateur d\u2019autrefois et un ordinateur d\u2019aujourd\u2019hui,les prix se sont effondr\u00e9s, la puissance fait augmenter les usages\u2026 C\u2019est une esp\u00e8ce de course-poursuite qui fait qu\u2019au bout du compte, les ordinateurs font consommer toujours de plus en plus d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, toujours de plus en plus de mati\u00e8re, etc. Il y a deux formes d\u2019 \u00ab&nbsp;effet rebond&nbsp;\u00bb. Le direct&nbsp;: j\u2019acc\u00e8de \u00e0 un bien dont l\u2019usage peut \u00eatre totalement extensif, moins ce bien est cher et moins l\u2019usage de ce bien est cher, plus il y aura d\u2019acheteurs et plus il y aura d\u2019usagers. Par exemple, j\u2019ai un immeuble hyper isol\u00e9, donc au lieu de me chauffer \u00e0 19\u00b0C, je vais me chauffer \u00e0 25\u00b0C pour exactement la m\u00eame facture. Et puis il y a \u00ab&nbsp;l\u2019effet rebond&nbsp;\u00bb indirect&nbsp;: si vous passez devant des pompes fun\u00e8bres et que les cercueils sont en soldes, ce n\u2019est pas pour autant que vous allez en acheter dix, mais si vous en achetez un moins cher, l\u2019argent que vous allez r\u00e9cup\u00e9rer sera pour acheter d\u2019autres choses. Plus vous faites des choses extraordinaires qui consomment moins de mati\u00e8re, plus en fait il y aura d\u2019acheteurs, plus elles vont \u00eatre utilis\u00e9es, et plus au bout du compte on va consommer d\u2019\u00e9nergie et de mat\u00e9riel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Karine Thilleul, enseignante-chercheure \u00e0 l\u2019ENSArchitecture Nancy<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019Histoire du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, il y a eu plusieurs fois des moments o\u00f9 l\u2019on a eu \u00e0 faire face \u00e0 des p\u00e9nuries de mat\u00e9riaux, ou \u00e0 des surproductions, et ce notamment dans les p\u00e9riodes qui ont suivi les deux guerres mondiales. Cela a entra\u00een\u00e9 des changements dans les mani\u00e8res de concevoir, mais on a constat\u00e9 que les architectes s\u2019adaptaient tr\u00e8s rapidement \u00e0 ces \u00e9volutions-l\u00e0. Jean Prouv\u00e9 par exemple, dans les ann\u00e9es 30, avait con\u00e7u ses maisons pour les sinistr\u00e9s en acier. Apr\u00e8s la guerre, l\u2019acier est devenu tr\u00e8s rare et tr\u00e8s cher et il s\u2019est donc adapt\u00e9 et il a construit en aluminium et en bois. De m\u00eame \u00e0 Saint-Di\u00e9, juste apr\u00e8s la guerre, l\u2019\u00c9tat a pass\u00e9 une commande de maisons en bois pour les sinistr\u00e9s, mais les for\u00eats \u00e9taient totalement min\u00e9es et les scieries compl\u00e8tement d\u00e9sorganis\u00e9es, et donc la production en bois a eu du mal \u00e0 se faire. Le Corbusier, qui est \u00e0 Saint-Di\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0, propose aux habitants de faire un projet en pis\u00e9 avec un agglom\u00e9rat de terre et de paille s\u00e9ch\u00e9e. Je pense que l\u2019on aura effectivement peut-\u00eatre affaire dans les d\u00e9cennies qui viennent \u00e0 des rar\u00e9factions de certains mat\u00e9riaux, mais je crois que l\u2019on aura toujours les ressources et l\u2019inventivit\u00e9 pour s\u2019adapter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela est sans doute vrai pour beaucoup de choses, pour d\u2019autres cela peut \u00eatre plus difficile. Parfois, vous avez des mat\u00e9riaux qui sont un goulot&nbsp;: par exemple le cuivre pour l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 marche tr\u00e8s bien. \u00c0 un moment donn\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, on utilisait l\u2019aluminium, qui est un tr\u00e8s bon conducteur, mais les gaines prenaient feu, et on a donc arr\u00eat\u00e9. On peut parfois avoir des mat\u00e9riaux qui sont substituables. L\u2019imagination doit tourner plus vite et parfois aussi revenir \u00e0 des techniques pass\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Intervention #3<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne suis sans doute pas la seule dans ce cas, mais entendre tout \u00e7a plombe compl\u00e8tement mon moral, et je me demandais si vous m\u00eame vous gardez espoir et pourquoi il faudrait finalement garder espoir&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les donn\u00e9es que vous connaissez \u00e0 un moment donn\u00e9 ne vous diront jamais ce qu\u2019est l\u2019avenir, elles vous donneront des contraintes avec lesquelles l\u2019avenir doit jouer. Il ne faut pas tomber dans une forme de fatalisme. Je n\u2019ai absolument aucun doute sur le fait que nous allons au devant de difficult\u00e9s qui sont plus grandes, et qu\u2019aujourd\u2019hui on peut conna\u00eetre, \u00e0 partir de bases physiques dont on conna\u00eet l\u2019\u00e9volution, un certain nombre de param\u00e8tres de notre futur, mais ce n\u2019est pas la totalit\u00e9 du futur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Reprenons justement la question de l\u2019Histoire, et la mani\u00e8re dont les diff\u00e9rents historiens ont lu ce qu\u2019on a appel\u00e9 l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;effondrement&nbsp;\u00bb \u00e0 Rome. Peter Brown montre qu\u2019 il n\u2019y a pas d\u2019effondrement, mais la reconstruction d\u2019un monde nouveau tr\u00e8s spirituel. Bryan Ward dans The Fall of Rome<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a> n\u2019a pas la m\u00eame vision. Il a beaucoup travaill\u00e9 sur les aspects plut\u00f4t mat\u00e9riels et arch\u00e9ologiques, et l\u2019on voit bien que, dans le sud de l\u2019Angleterre apr\u00e8s le sac de Rome, les bateaux n\u2019arrivent plus, et que du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019architecture, on voit dispara\u00eetre totalement la tuile romaine et les constructions en briques ou en pierres, pour revenir tr\u00e8s rapidement au torchis. Rome \u00e9tait connu pour des poteries assez standardis\u00e9es mais avec des couleurs assez fantaisistes, tout \u00e7a dispara\u00eet pour \u00eatre remplac\u00e9 par une vieille poterie monocolore noire extr\u00eamement friable. On a donc une sorte de changement social tr\u00e8s rapide, qui n\u2019a pas d\u00fb \u00eatre simple \u00e0 vivre. Vers le sud de la Gaule, au nord de l\u2019Afrique, dans la p\u00e9ninsule italienne, ce changement est beaucoup plus lent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De m\u00eame, si on a de grosses difficult\u00e9s, cela sera tr\u00e8s diff\u00e9rent d\u2019un endroit \u00e0 un autre, parce que les conditions ne sont pas les m\u00eames, parce que l\u2019inventivit\u00e9 n\u2019est pas la m\u00eame. Et puis on peut avoir des p\u00e9riodes qui sont mat\u00e9riellement difficiles o\u00f9 on a une joie de vivre et un moral d\u2019acier, que l\u2019on n\u2019a pas du tout quand on est replet. En fait, que l\u2019on sache un peu \u00e0 l\u2019avance que l\u2019on va conna\u00eetre un certain nombre de difficult\u00e9s, ne signifie en aucun cas que la vie sera moins int\u00e9ressante, c\u2019est peut-\u00eatre m\u00eame l\u2019inverse. Il faut donc bien faire la diff\u00e9rence entre ce que vous devez garder comme moral et comme vitalit\u00e9, et les donn\u00e9es objectives qu\u2019on vous donne, et ne pas passer de ces informations \u00e0 une transcription imm\u00e9diate et fataliste. Il y a 40 ans que je suis l\u00e0-dedans, et je suis parti la fleur au fusil, je n\u2019avais absolument aucun doute et je croyais \u00e0 fond dans les techniques, et puis 25-30 ans apr\u00e8s, j\u2019ai bien d\u00fb constater que les indicateurs allaient dans l\u2019autre sens, et je vous rassure je ne suis pas suicidaire pour autant. Il faut avoir de l\u2019humour quand on travaille dans l\u2019environnement. L\u2019angoisse est une premi\u00e8re r\u00e9action normale. Je dirais que si cela ne vous fout pas la trouille dans un premier temps, ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait normal. Il faut ensuite dig\u00e9rer cette information, il ne faut jamais oublier qu\u2019elle est partielle, et que m\u00eame si certains traits semblent devoir s\u2019imposer, cela n\u2019est jamais qu\u2019un aspect d\u2019une r\u00e9alit\u00e9. La fa\u00e7on dont on va les interpr\u00e9ter, dont on va jouer avec, vont faire qu\u2019au bout du compte l\u2019image de la r\u00e9alit\u00e9 va \u00eatre tr\u00e8s diff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9meline Curien<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a un exemple qui fait chaud au c\u0153ur&nbsp;: en Angleterre, pendant la Seconde Guerre Mondiale, il y avait un rationnement terrible, mais les denr\u00e9es \u00e9taient distribu\u00e9es plus \u00e9quitablement qu\u2019avant la guerre. Les in\u00e9galit\u00e9s sociales ont diminu\u00e9es, et c\u2019est la p\u00e9riode o\u00f9 les enfants ont \u00e9t\u00e9 le moins malades, parce qu\u2019en fait tous ont eu acc\u00e8s \u00e0 un minimum d\u2019alimentation, ce qui n\u2019\u00e9tait pas le cas en temps de paix pour les plus pauvres de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est un bon exemple. Le probl\u00e8me est celui de la communication de ces choses-l\u00e0. La t\u00e9l\u00e9vision suisse a fait un effort extraordinaire&nbsp;: les quatre t\u00e9l\u00e9s nationales ont fait une \u00e9mission pendant trois heures sur le changement climatique. \u00ab&nbsp;Ne vous inqui\u00e9tez pas&nbsp;\u00bb \u00e9tait le message r\u00e9current, et je ne suis pas s\u00fbr que ce soit une bonne chose parce qu&#8217;au sortir de cette \u00e9mission, je pense que beaucoup de gens avaient en t\u00eate \u00ab&nbsp;oui il y a un probl\u00e8me mais on a les solutions&nbsp;&nbsp;: panneaux solaires, &#8230;&nbsp;\u00bb. Je suis sorti de cette \u00e9mission totalement d\u00e9moralis\u00e9. Je pense qu\u2019il faudrait au contraire que les autorit\u00e9s politiques disent \u00ab&nbsp;et bien voil\u00e0 il y a un vrai probl\u00e8me, on a ces grosses difficult\u00e9s, etc, et bien je suis d\u00e9sol\u00e9 on doit changer et on va le faire, et on se donne 10 ans pour les r\u00e9gler&nbsp;\u00bb. Cela, on ne le fera \u00e0 un moment donn\u00e9 que si on a peur. C\u2019est tr\u00e8s mauvais d\u2019en rester ensuite \u00e0 ce stade de la peur, car on est t\u00e9tanis\u00e9. Mais il me semble n\u00e9cessaire d\u2019en passer par des moments n\u00e9gatifs qu\u2019il faut absolument savoir surmonter. Il y a des g\u00e9n\u00e9rations avant nous qui ont sans doute v\u00e9cu des choses bien pires, et peut-\u00eatre cela sera-t-il meilleur. Il faut garder la t\u00eate froide, regarder ces donn\u00e9es en sachant que l\u2019on va devoir vivre avec, et pas se laisser \u00e9craser par elles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Intervention #4<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui me fait un peu peur, c\u2019est que j\u2019ai l\u2019impression que sensibiliser les gens a une importance \u00e9vidente, mais que le monde de la consommation, le monde de la production, le monde du priv\u00e9 n\u2019a pas de compte \u00e0 rendre \u00e0 quiconque. Ce serait aux \u00c9tats de r\u00e9guler, mais on voit bien aujourd\u2019hui qu\u2019ils sont obs\u00e9d\u00e9s par la question de la croissance&nbsp;: \u00ab&nbsp;on va g\u00e9rer nos \u00c9tats comme des entreprises&nbsp;\u00bb. Je pense qu\u2019il y a un probl\u00e8me de gouvernance, et la solution va \u00eatre tr\u00e8s compliqu\u00e9e, parce que si un \u00c9tat se dit \u00ab&nbsp;certes moi je pollue, mais les autres \u00e0 c\u00f4t\u00e9 polluent, est-ce que moi je vais r\u00e9fr\u00e9ner ma consommation alors que je viens \u00e0 peine de sortir d\u2019une crise de 10 ans.&nbsp;\u00bb J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il y a un cercle vicieux qui rend tr\u00e8s compliqu\u00e9 le mouvement, et qu\u2019il est tr\u00e8s compliqu\u00e9 de lutter contre les grandes entreprises qui font une publicit\u00e9 \u00e9norme sur des offres tr\u00e8s co\u00fbteuses du point de vue \u00e9nerg\u00e9tique. Comment faire bouger les masses dans une telle situation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dominique Bourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant une dur\u00e9e tr\u00e8s longue, les probl\u00e8mes d\u2019environnement qui sont d\u00e9couverts dans les ann\u00e9es 1980, et qui sont des probl\u00e8mes globaux, ont pour caract\u00e9ristiques de ne pas \u00eatre du tout accessibles aux sens. Pour la biodiversit\u00e9 par exemple, le seul indice que vous avez sont les pare-brises&nbsp;: il y a 30 ans, quand vous faisiez 200 km en \u00e9t\u00e9 la nuit en voiture, vous \u00e9tiez oblig\u00e9s de vous arr\u00eater tellement il y avait d\u2019impacts d\u2019insectes sur le pare-brise. Aujourd\u2019hui, c\u2019est beaucoup moins le cas, il n\u2019y a que quelques impacts. Et ces indicateurs sont tr\u00e8s rares. En g\u00e9n\u00e9ral, on ne voit pas et on ne ressent pas les probl\u00e8mes. Et en plus parfois, comme pour les stocks de poissons, ce qui \u00e0 un moment donn\u00e9 \u00e9tait anormal pour une g\u00e9n\u00e9ration devient normal pour la suivante. Mais aujourd\u2019hui, par exemple sur le changement climatique, les choses deviennent quand m\u00eame sensibles. Sans arr\u00eat on vous parle de cyclones, d\u2019inondations, d\u2019incendies, vous sentez les vagues de chaleur\u2026 J\u2019ai plut\u00f4t l\u2019impression que l\u2019on rentre dans une p\u00e9riode o\u00f9, les probl\u00e8mes devenant plus sensibles, on va peut-\u00eatre r\u00e9ussir \u00e0 agir plus. Il reste une difficult\u00e9. Au moment m\u00eame o\u00f9 les probl\u00e8mes deviennent sensibles, vous avez une fragmentation du paysage de l\u2019information, avec la cr\u00e9ation de niches. Trump est un ph\u00e9nom\u00e8ne qu\u2019on ne peut pas comprendre sans Fox News et sans les r\u00e9seaux sociaux. Il y a l\u00e0 quelqu\u2019un qui ruine l\u2019environnement et la sant\u00e9, veut interdire la production de connaissances, et toujours 35% des Am\u00e9ricains qui sont pr\u00eats \u00e0 le r\u00e9\u00e9lire, et ces 35% sont ceux qui vont payer le prix le plus cher, ce sont les plus pauvres. La bagarre en ce moment se joue entre ces informations qui nous arrivent et qui devraient nous permettre de r\u00e9agir plus, et l\u2019id\u00e9ologie transhumaniste qui vont essayer de nous faire r\u00e9duire l\u2019importance de ces choses pour qu\u2019on agisse moins. Maintenant il faut savoir que, dans les entreprises, vous avez comme ailleurs des gens qui vont aller dans le mainstream et d\u2019autres qui au contraire vont essayer de faire autre chose. La passe est difficile et c\u2019est vrai que, sur le plan disons de l\u2019organisation macro des soci\u00e9t\u00e9s, on ne voit pas beaucoup de choses allant dans le sens d\u2019une mani\u00e8re de prendre le probl\u00e8me de fa\u00e7on s\u00e9rieuse.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Le couvent de la Tourette de l\u2019architecte Le Corbusier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a><sup> <\/sup>DELANNOY Isabelle, <em>L\u2019\u00e9conomie symbiotique. R\u00e9g\u00e9n\u00e9rer la plan\u00e8te, l\u2019\u00e9conomie, la soci\u00e9t\u00e9<\/em>, Paris&nbsp;: Actes Sud, 2017.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a><sup> <\/sup>JEVONS William Stanley, <em>The Coal Question. An Inquiry Concerning the Progress of the Nation, and the Probable Exhaustion of Our Coal Mines<\/em>, Londres&nbsp;: Macmillan &amp; Co, 1865 (trad. fran\u00e7aise,<em> Sur la Question du Charbon<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> WARD-PERKINS Bryan, <em>The Fall of Rome&nbsp;: And the End of Civilization<\/em>, OUP Oxford, 2006.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conf\u00e9rence et \u00e9changes avec les \u00e9tudiants, d\u00e9cembre 2017. Introduction&nbsp;: L\u2019Anthropoc\u00e8ne, l\u2019entr\u00e9e dans une \u00e8re de grande instabilit\u00e9 &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019Anthropoc\u00e8ne est une \u00e8re qui aurait commenc\u00e9 juste apr\u00e8s les ann\u00e9es 50 du si\u00e8cle dernier, et qui est rep\u00e9rable sur les graphiques parce que, \u00e0 partir de ce moment, toutes les courbes prennent l\u2019ascenseur. On sait quand &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/rencontres-interdisciplinaires\/rim-1-un-etat-des-lieux-pour-agir\/quelles-pratiques-spatiales-dans-une-economie-permacirculaire-dominique-bourg\/\"> <span class=\"screen-reader-text\">Quelles pratiques spatiales dans une \u00e9conomie permacirculaire ? \/\/ Dominique Bourg<\/span> Read More &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":34,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-global-header-display":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","footnotes":""},"class_list":["post-58","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/58","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=58"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/58\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":215,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/58\/revisions\/215"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/34"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=58"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}