{"id":47,"date":"2022-08-22T11:40:13","date_gmt":"2022-08-22T09:40:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/?page_id=47"},"modified":"2022-08-22T12:13:03","modified_gmt":"2022-08-22T10:13:03","slug":"vivre-et-survivre-dans-la-grande-acceleration-agnes-sinai","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/rencontres-interdisciplinaires\/rim-1-un-etat-des-lieux-pour-agir\/vivre-et-survivre-dans-la-grande-acceleration-agnes-sinai\/","title":{"rendered":"Vivre et survivre dans la Grande Acc\u00e9l\u00e9ration \/\/ Agn\u00e8s Sina\u00ef"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Article<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En regard des immenses p\u00e9riodes temporelles qui scandent l&#8217;\u00e9volution g\u00e9ologique de la Terre depuis quatre milliards et demi d&#8217;ann\u00e9es, l&#8217;\u00e9poque industrielle repr\u00e9sente une infime parenth\u00e8se. Caract\u00e9ris\u00e9e par le choix des \u00e9nergies fossiles, elle n&#8217;est qu&#8217;une bifurcation relative, qui n&#8217;aurait pas eu lieu si l&#8217;Angleterre du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle n&#8217;avait pas d\u00e9couvert l&#8217;usage du charbon et si le p\u00e9trole n&#8217;avait pas jailli du forage pratiqu\u00e9 par le colonel Drake en 1859, \u00e0 Titusville, dans l\u2019\u00c9tat de Pennsylvanie aux \u00c9tats-Unis. Extraordinaires par leur exub\u00e9rance \u00e9nerg\u00e9tique, nos soci\u00e9t\u00e9s sont pourtant \u00e9trangement oublieuses des ressources sur lesquelles elles sont assises. Au moment o\u00f9 le sol se d\u00e9robe sous leurs pieds, les Titans que sont les pays industrialis\u00e9s ne savent que reconduire les m\u00eames mod\u00e8les de croissance, qui supposent l&#8217;injection continue de masses gigantesques d&#8217;\u00e9nergie dans le syst\u00e8me, devenu une m\u00e9gamachine. L&#8217;artificialisation du monde se poursuit, au moment o\u00f9 les scientifiques indiquent que la plan\u00e8te pourrait conna\u00eetre un changement d&#8217;\u00e9tat, irr\u00e9versible et inconnu, au cours de ce si\u00e8cle<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Les soci\u00e9t\u00e9s industrielles tournent \u00e0 plein r\u00e9gime, quand elles devraient envisager leur auto-transformation radicale, par des strat\u00e9gies de simplification, et des valeurs sociales enti\u00e8rement renouvel\u00e9es. Nouvelle \u00e9poque, l&#8217;Anthropoc\u00e8ne pourrait donner la mesure de cette acc\u00e9l\u00e9ration de la transformation du monde, mais pas seulement. Il s&#8217;agit de l&#8217;investir politiquement pour penser les limites des soci\u00e9t\u00e9s industrielles, fond\u00e9es depuis \u00e0 peine moins de deux si\u00e8cles, sur le choix des \u00e9nergies fossiles<a id=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L&#8217;Anthropoc\u00e8ne, l&#8217;\u00e8re o\u00f9 les soci\u00e9t\u00e9s industrielles concurrencent les forces telluriques<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;empreinte de l&#8217;humanit\u00e9 sur l&#8217;environnement global est aujourd&#8217;hui si vaste qu&#8217;elle rivalise avec les forces telluriques. Le terme \u00ab&nbsp;Anthropoc\u00e8ne&nbsp;\u00bb, forg\u00e9 par le g\u00e9o-chimiste Paul Crutzen et le biologiste Eugene Stoermer au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, se propose de renommer l&#8217;\u00e8re g\u00e9ologique actuelle comme une nouvelle \u00e9poque dans l&#8217;histoire de la Terre. Il embrasse deux principaux constats&nbsp;: 1. que la Terre est en train de sortir de son \u00e9poque g\u00e9ologique actuelle, dite Holoc\u00e8ne, p\u00e9riode interglaciaire commenc\u00e9e il y a quelque 12 000 ans&nbsp;; 2. que les activit\u00e9s humaines, particuli\u00e8rement celles des soci\u00e9t\u00e9s industrialis\u00e9es, sont responsables de cette sortie de l&#8217;Holoc\u00e8ne, ce qui signifie qu&#8217;une partie de l&#8217;humanit\u00e9 est devenue une force g\u00e9ologique en elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelque chose de nouveau va appara\u00eetre sous le soleil, \u00e9crit l&#8217;historien de la nature John Mac Neill, une modification sans pr\u00e9c\u00e9dent de notre rapport au reste du monde vivant<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. C&#8217;est au tournant des ann\u00e9es 1800 que les premi\u00e8res modifications de la chimie de l&#8217;atmosph\u00e8re se r\u00e9v\u00e8lent. L&#8217;Angleterre \u00e0 partir de 1750, est l&#8217;\u00e9picentre du premier Anthropoc\u00e8ne. D\u00e8s le XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle en Angleterre, la rar\u00e9faction du bois impose le recours massif au charbon de terre. La premi\u00e8re machine \u00e0 vapeur est command\u00e9e pour les forges de Wilkinson, en 1775, pour actionner un marteau de 60 kilogrammes \u00e0 150 coups par minute. La production de fer britannique passe de 125&nbsp;000 tonnes en 1796 \u00e0 plus de 2,5 millions de tonnes en 1850<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. L\u2019industrialisme repr\u00e9sente une rupture radicale avec tous les syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques que l\u2019humanit\u00e9 a pu conna\u00eetre jusqu\u2019alors. Avec lui cesse le primat des \u00e9nergies renouvelables \u2013&nbsp;bois, moulins \u00e0 eau et \u00e0 vent&nbsp;\u2013 et s\u2019instaure celui des \u00e9nergies fossiles.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Grande Acc\u00e9l\u00e9ration<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#8217;est \u00e0 partir des ann\u00e9es 1950 que commence la Grande Acc\u00e9l\u00e9ration, ainsi que la nomment Paul Crutzen, Jacques Grinevald, John Mac Neill et Will Steffen, co-auteurs d&#8217;un article pluridisciplinaire de r\u00e9f\u00e9rence sur la question<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. L&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration de l&#8217;\u00e9rosion, la perturbation du cycle du carbone et de la temp\u00e9rature, dont la hausse pr\u00e9vue au XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle n&#8217;a pas eu d&#8217;\u00e9quivalent depuis l&#8217;\u00e8re tertiaire, se produisent dans un laps de temps extr\u00eamement court, soit depuis moins de deux cents ans. Ce sont autant de signaux qui caract\u00e9risent un nouveau type d&#8217;emprise humaine sur la biosph\u00e8re. S&#8217;il est vrai que l&#8217;humanit\u00e9 a provoqu\u00e9 des extinctions d&#8217;esp\u00e8ces animales et de plantes d\u00e8s le Pl\u00e9istoc\u00e8ne tardif, \u00e8re glaciaire pr\u00e9c\u00e9dant l&#8217;Holoc\u00e8ne, qui a d\u00e9but\u00e9 il y a quelque 2,5 millions d&#8217;ann\u00e9es, aujourd&#8217;hui les signaux s&#8217;emballent en raison de ph\u00e9nom\u00e8nes combin\u00e9s et globalis\u00e9s&nbsp;: non seulement les extinctions elles-m\u00eames, mais aussi les migrations des esp\u00e8ces et l&#8217;artificialisation des sols \u00e0 grande \u00e9chelle. Tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes sont d\u00e9cod\u00e9s par l&#8217;impressionnant tableau de bord de l&#8217;<em>overshoot<\/em> plan\u00e9taire<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tabli par le climatologue australien Will Steffen en 2004, ce tableau de bord montre que tous les clignotants de la biosph\u00e8re sont au rouge au tournant de la Grande Acc\u00e9l\u00e9ration, qui marque la p\u00e9riode de l&#8217;apr\u00e8s Deuxi\u00e8me Guerre Mondiale \u00e0 partir de 1950 jusqu&#8217;\u00e0 nos jours&nbsp;: concentration atmosph\u00e9rique de dioxyde de carbone, d&#8217;oxyde nitreux, de m\u00e9thane, acc\u00e9l\u00e9ration de la d\u00e9gradation de la couche d&#8217;ozone au-dessus de l&#8217;Antarctique, anomalies de temp\u00e9ratures dans l&#8217;H\u00e9misph\u00e8re Nord, fr\u00e9quence des catastrophes naturelles, d\u00e9pl\u00e9tion des stocks de p\u00eache, hausse de la production des crevettes et d\u00e9gradation des mangroves, hausse des flux de nitrates et alt\u00e9ration des zones c\u00f4ti\u00e8res, perte de for\u00eats tropicales, artificialisation des sols, taux de perte d&#8217;esp\u00e8ces vivantes. Illustration embl\u00e9matique de l&#8217;Anthropoc\u00e8ne, l&#8217;<em>overshoot<\/em> carbonique est li\u00e9 au d\u00e9stockage acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des ressources fossiles \u2013&nbsp;p\u00e9trole et charbon&nbsp;\u2013 qui ont mis des centaines de millions d&#8217;ann\u00e9es \u00e0 se constituer dans les entrailles de la Terre. En 1950, la quantit\u00e9 d&#8217;\u00e9missions globales \u00e9tait d&#8217;un milliard de tonnes de carbone, en 1970, elles atteignaient 3 milliards, puis 7 milliards en 2000, et 9 milliards aujourd&#8217;hui. Une plan\u00e8te r\u00e9chauff\u00e9e \u00e0 3\u00b0C, voire \u00e0 6 ou 7\u00b0C sera sensiblement diff\u00e9rente de la plan\u00e8te actuelle.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La spirale de l&#8217;\u00e9nergie-complexit\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e8re de brutalit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique s&#8217;annonce, fond\u00e9e sur l&#8217;extraction de gaz de schiste et de p\u00e9troles lourds qui suppose des technologies co\u00fbteuses et agressives. C&#8217;est la spirale de l&#8217;\u00e9nergie-complexit\u00e9, selon les termes de Joseph Tainter. Cet anthropologue et professeur \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de l&#8217;Utah (\u00c9tats-Unis) interroge la singularit\u00e9 de notre \u00e9poque, qui repose sur de gigantesques surplus d&#8217;\u00e9nergie mais ne r\u00e9alise pas \u00e0 quel point cette situation est inhabituelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;La spirale de l&#8217;\u00e9nergie-complexit\u00e9 signifie que nous avons besoin de quantit\u00e9s d&#8217;\u00e9nergie accrues pour simplement rester au m\u00eame niveau, sans parler de continuer \u00e0 cro\u00eetre. Dans le m\u00eame temps, nos modes de vie et les d\u00e9fis extraordinaires auxquels nous sommes confront\u00e9s engendre des probl\u00e8mes qui n\u00e9cessitent une complexit\u00e9 additionnelle pour leur r\u00e9solution<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Plaidoyer pour une descente \u00e9nerg\u00e9tique cr\u00e9ative<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne sommes pas en crise&nbsp;: nous ne reviendrons plus jamais \u00e0 la situation \u00ab&nbsp;normale&nbsp;\u00bb que nous avons connue au cours des d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes. Non seulement nous ne retrouverons plus les conditions \u00e9conomiques et sociales d\u2019avant la crise de 2008, la croissance des Trente Glorieuses, les esp\u00e8ces d\u00e9finitivement \u00e9teintes, ou encore l\u2019exceptionnelle stabilit\u00e9 du climat de ces douze derniers mill\u00e9naires, mais nous avons de bonnes raisons de penser que les probl\u00e8mes auxquels nous faisons face sont susceptibles de s\u2019aggraver et de s\u2019amplifier.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sormais, une autre \u00e9poque se dessine, propice \u00e0 la multiplication, l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 et l\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 des catastrophes. Nous nous dirigeons vers une <em>Terra Incognita<\/em> marqu\u00e9e par le r\u00e9chauffement global et le basculement de notre plan\u00e8te dans un \u00e9tat inconnu. L\u2019Anthropoc\u00e8ne v\u00e9hicule un d\u00e9fi pour la modernit\u00e9 et ses repr\u00e9sentations traditionnelles \u00ab&nbsp;continuistes&nbsp;\u00bb, comme, par exemple, la vision d\u2019une croissance \u00e9conomique illimit\u00e9e. C\u2019est aussi un concept stimulant une autre vision de l\u2019avenir des soci\u00e9t\u00e9s industrielles, appel\u00e9es \u00e0 d\u00e9passer l\u2019exub\u00e9rance de la surconsommation de ressources pour fonder des soci\u00e9t\u00e9s sobres et r\u00e9silientes.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, les chocs qui ont lieu et ceux qui s\u2019annoncent appellent la construction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 moins vuln\u00e9rable et qui sait non seulement encaisser les chocs, mais qui sait se relever. Cette propri\u00e9t\u00e9 a un nom, la r\u00e9silience.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Trois axes de politiques de r\u00e9silience<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une part, r\u00e9duire la complexit\u00e9 et l\u2019interd\u00e9pendance des syst\u00e8mes socio-techniques en mobilisant une Grande Requalification sur la base d\u2019emplois locaux permaculturels dans les <em>low tech<\/em>, non d\u00e9localisables&nbsp;: manufactures de v\u00e9lomobiles, commerces de proximit\u00e9, conserveries, mara\u00eechage, services aux personnes, etc. D\u2019autre part, organiser la r\u00e9silience des villes face au changement climatique et la r\u00e9silience des syst\u00e8mes de transports face au pic p\u00e9trolier. Enfin, concevoir les infrastructures selon des principes de redondance, de modularit\u00e9, d\u2019adaptabilit\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles et diff\u00e9rents usages. La conception des implantations humaines sera inspir\u00e9e par la recherche de la diversit\u00e9, l\u2019interconnexion des \u00e9chelles, l\u2019autonomie \u00e9nerg\u00e9tique et alimentaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec la d\u00e9mondialisation, les emplois qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9localis\u00e9s dans l\u2019industrie devront \u00eatre relocalis\u00e9s, car les objets de basse technologie n\u2019auront pas d\u2019autre choix que d\u2019\u00eatre produits localement. Les manufactures feront appel \u00e0 des op\u00e9rations plus nombreuses et plus petites, produiront une gamme plus limit\u00e9e d\u2019objets, mobiliseront une combinaison de travail \u00e9duqu\u00e9 et simple plut\u00f4t que des lignes d\u2019assemblage. L\u2019industrie artisanale est donc susceptible de faire un retour en force au cours des prochaines d\u00e9cennies&nbsp;: v\u00eatements, savons, produits m\u00e9dicinaux, ce qui implique d\u2019importantes cr\u00e9ations d\u2019emplois. Expertise en syst\u00e8mes d\u2019\u00e9nergie renouvelable et syst\u00e8mes \u00e0 petites \u00e9chelles seront \u00e9galement tr\u00e8s demand\u00e9s, ainsi que les capacit\u00e9s de r\u00e9parations d\u2019objets de toutes sortes, dont la plupart sont aujourd\u2019hui con\u00e7us pour \u00eatre obsol\u00e8tes, mais qu\u2019on va vouloir faire durer, outils et appareils. Cela donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les choix d\u2019emplois aujourd\u2019hui pour demain.<\/p>\n\n\n\n<p>Le message martel\u00e9 par les politiques et les m\u00e9dias sur le retour \u00e0 la croissance ne contribue pas \u00e0 pr\u00e9parer la population, qui va \u00eatre absolument prise au d\u00e9pourvu par le s\u00e9isme des changements industriels. On aura donc avantage \u00e0 se pr\u00e9parer \u00e0 l\u2019autonomie, \u00e0 la subsistance domestique en d\u00e9veloppant une palette de savoir-faire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9conomie moderne ne parvient pas \u00e0 renvoyer les r\u00e9trosignaux vitaux pour maintenir la vie sur Terre parce qu\u2019elle fonctionne \u00e0 une \u00e9chelle globalis\u00e9e. Pour reconstituer un sens des r\u00e9troactions, il faut donc raccourcir les boucles, raccourcir le <em>feedback, c<\/em>e qui implique de penser les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 des \u00e9chelles plus r\u00e9duites, afin de r\u00e9tablir la corr\u00e9lation entre actions et r\u00e9troactions.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, la localisation peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e par trois attributs principaux&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>1. une relocalisation de la puissance&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>2. un d\u00e9ploiement d\u2019activit\u00e9s et de pratiques permettant de s\u2019adapter \u00e0 l\u2019\u00e9volution des conditions biophysiques (telles que le r\u00e9chauffement climatique) et \u00e9conomiques&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>3. un rapport attentionnel au territoire.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Designs de r\u00e9silience territoriale<\/em><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u2019appliquer aux territoires un nouveau design (ce terme est assorti d\u2019une double signification&nbsp;alliant conception et dessein), selon une grille de lecture sp\u00e9cifique, fond\u00e9e sur les crit\u00e8res de la r\u00e9silience. Ce territoire doit \u00eatre polyvalent, d\u00e9velopper les \u00e9changes transversaux en son sein, d\u00e9compartimenter les relations, les secteurs d\u2019activit\u00e9. Les activit\u00e9s elles-m\u00eames doivent \u00eatre redondantes et diverses&nbsp;: chaque \u00e9l\u00e9ment du syst\u00e8me territorial doit pouvoir accomplir plusieurs fonctions, chaque fonction repose sur plusieurs \u00e9l\u00e9ments, comme dans la nature, o\u00f9 la multifonctionnalit\u00e9 est la norme.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&#8217;est que d&#8217;observer un arbre, dont le tronc et les branches, outre qu&#8217;ils absorbent l&#8217;\u00e9nergie solaire, abritent des insectes, des oiseaux et des mammif\u00e8res, acheminent les nutriments vers les racines, qui elles absorbent l\u2019eau et les nutriments du sol. Dans le m\u00eame esprit, les activit\u00e9s humaines seront caract\u00e9ris\u00e9es par la diversit\u00e9 et la multiplicit\u00e9&nbsp;; les structures territoriales devront \u00eatre non pas pyramidales, mais interconnect\u00e9es et d\u00e9centralis\u00e9es et se d\u00e9cliner \u00e0 des \u00e9chelles fines\u2009&nbsp;; globalement, les territoires devront pouvoir s\u2019organiser et s\u2019adapter en r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019\u00e9volution de leurs besoins et s\u2019auto-organiser en mobilisant les savoirs-faire traditionnels locaux et la connaissance des milieux naturels.<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart des activit\u00e9s de demain devraient servir \u00e0 maintenir et \u00e0 r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer les fonctions \u00e9cosyst\u00e9miques et \u00e0 produire des biens communs, \u00e0 r\u00e9duire l&#8217;empreinte \u00e9cologique en bouclant le cycle de l&#8217;eau et des d\u00e9chets, \u00e0 relocaliser la production d&#8217;\u00e9nergie. Chaque habitant devra savoir d&#8217;o\u00f9 arrivent sa nourriture et son \u00e9lectricit\u00e9 et o\u00f9 vont ses d\u00e9chets&nbsp;: les figures de l&#8217;habitant et du producteur devront \u00eatre rapproch\u00e9es afin de les impliquer dans ce qu&#8217;Alberto Magnaghi appelle la production sociale du territoire. C\u2019est un gage de r\u00e9silience car cela redonne \u00e0 tous des leviers d\u2019action sur les infrastructures vitales, et par cons\u00e9quent augmente la capacit\u00e9 de r\u00e9action des populations.<\/p>\n\n\n\n<p>La relocalisation de la production alimentaire est l\u2019une des \u00e9tapes fondamentales de la pr\u00e9paration des collectivit\u00e9s locales \u00e0 l\u2019\u00e8re post carbone puisqu\u2019elle est seule garante de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire \u00e0 long terme. Cette relocalisation ne se fera pas sans impliquer les citoyens non professionnels, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ensemble des citoyens, en mettant \u00e0 l\u2019ordre du jour le concept d\u2019auto-alimentation gr\u00e2ce \u00e0 des lieux de mara\u00eechage communautaire et \u00e0 la cr\u00e9ation de ce que les permaculteurs appellent des \u00ab&nbsp;paysages comestibles&nbsp;\u00bb(o\u00f9 les arbres d\u2019ornement sont remplac\u00e9s par des fruitiers couvrant les quatre saisons et en acc\u00e8s libre). Le jardin devient alors plus qu\u2019un simple lieu de production alimentaire. Il se m\u00e9tamorphose en v\u00e9ritable laboratoire de techniques horticoles et agricoles en phase avec le syst\u00e8me-Terre, favorise et dynamise les \u00e9changes sociaux, embellit le paysage urbain et p\u00e9riurbain, stocke du carbone dans les sols et enrichit la biodiversit\u00e9 locale.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> BARNOSKY Anthony D., <em>et alii<\/em>, \u00ab&nbsp;Approaching a state shift in Earth&#8217;s Biosphere&nbsp;\u00bb, <em>Nature<\/em>, vol. 486, 7 juin 2012, pp.&nbsp;52-58.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> GRAS Alain, <em>Le choix du feu, aux origines de la crise climatique.<\/em> Paris&nbsp;: Fayard, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> MAC NEILL John, <em>Du nouveau sous le soleil. Une histoire de l&#8217;environnement mondial au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/em> Seyssel&nbsp;: Champ Vallon, 2010 (1\u00e8re \u00e9d. 2000).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> DEBEIR Jean-Claude, DEL\u00c9AGE Jean-Paul, et H\u00c9MERY Daniel, <em>Les servitudes de la puissance. Une histoire de l\u2019\u00e9nergie. <\/em>Paris&nbsp;: Flammarion, 1986.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> STEFFEN Will, CRUTZEN Paul, GRINEVALD Jacques, et MAC NEILL John, <em>Philosophical Transactions of the Royal Society<\/em>, \u00ab&nbsp;The Anthropocene&nbsp;: Conceptual and Historical Perspectives&nbsp;\u00bb, n\u00b0369, f\u00e9vrier 2011, pp.&nbsp;842-867.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Le concept d&#8217;<em>overshoot<\/em> d\u00e9signe le d\u00e9passement de la capacit\u00e9 de charge des syst\u00e8mes naturels d\u00e8s lors qu&#8217;une trop grande pression est exerc\u00e9e sur les ressources.<em>Cf.<\/em> CATTON William R., <em>Overshoot, the Ecological Basis of Revolutionary Change.<\/em> Chicago&nbsp;: University of Illinois Press, 1982.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> TAINTER Joseph A., et PATZEK Tadeusz W., Drilling Down. <em>The Gulf Oil Debacle and Our Energy Dilemma.<\/em> New York&nbsp;: Springer, 2012.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article En regard des immenses p\u00e9riodes temporelles qui scandent l&#8217;\u00e9volution g\u00e9ologique de la Terre depuis quatre milliards et demi d&#8217;ann\u00e9es, l&#8217;\u00e9poque industrielle repr\u00e9sente une infime parenth\u00e8se. Caract\u00e9ris\u00e9e par le choix des \u00e9nergies fossiles, elle n&#8217;est qu&#8217;une bifurcation relative, qui n&#8217;aurait pas eu lieu si l&#8217;Angleterre du XVIIIe si\u00e8cle n&#8217;avait pas d\u00e9couvert l&#8217;usage du charbon et &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/rencontres-interdisciplinaires\/rim-1-un-etat-des-lieux-pour-agir\/vivre-et-survivre-dans-la-grande-acceleration-agnes-sinai\/\"> <span class=\"screen-reader-text\">Vivre et survivre dans la Grande Acc\u00e9l\u00e9ration \/\/ Agn\u00e8s Sina\u00ef<\/span> Read More &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":34,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-global-header-display":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","footnotes":""},"class_list":["post-47","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/47","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=47"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/47\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":52,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/47\/revisions\/52"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/34"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=47"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}