{"id":262,"date":"2026-02-26T10:57:28","date_gmt":"2026-02-26T09:57:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/?page_id=262"},"modified":"2026-02-26T11:03:43","modified_gmt":"2026-02-26T10:03:43","slug":"risques-crises-et-catastrophes-vers-une-redirection-ecologique-compte-rendu-de-lintervention-dalexandre-monnin","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/rencontres-interdisciplinaires\/rim-3-vulnerable-habite\/risques-crises-et-catastrophes-vers-une-redirection-ecologique-compte-rendu-de-lintervention-dalexandre-monnin\/","title":{"rendered":"Risques, crises et catastrophes\u00a0: Vers une redirection \u00e9cologique \/\/ Compte-rendu de l\u2019intervention d\u2019Alexandre Monnin"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Alexandre Monnin est philosophe, actuellement directeur du POPSU Transition de la m\u00e9tropole Nice C\u00f4te d&#8217;Azur (rattach\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9cole Centrale M\u00e9diterran\u00e9e), et co-initiateur du courant de la redirection \u00e9cologique. Il a \u0153uvr\u00e9 dans le domaine de la philosophie du Web et, \u00e0 partir de 2015, alors chercheur chez Inria \u00e0 Sophia Antipolis (2014-2017), il a questionn\u00e9 la viabilit\u00e9 du num\u00e9rique et lanc\u00e9 diverses initiatives qui l&#8217;ont amen\u00e9 \u00e0 travailler sur le rapport 2017 du Shift Project, <\/em>Pour une sobri\u00e9t\u00e9 num\u00e9rique<em>. Avec Diego Landivar et Emmanuel Bonnet, il a mont\u00e9 une formation \u00e0 la redirection \u00e9cologique dont il a \u00e9t\u00e9 le directeur entre 2020 et 2024, le MSc \u201cStrategy &amp; Design for the Anthropocene\u201d. Tous trois ont publi\u00e9 un livre en 2021, <\/em>H\u00e9ritage et Fermeture. Une \u00e9cologie du d\u00e9mant\u00e8lement <em>(Divergences). Alexandre Monnin a \u00e9galement publi\u00e9 <\/em>Politiser le renoncement en 2023<em> (\u00e9galement chez Divergences).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Synth\u00e8se r\u00e9alis\u00e9e par L\u00e9ona Gourgeon dans le cadre d\u2019un stage au LHAC avec Emeline Curien, sur la base de l\u2019intervention donn\u00e9e \u00e0 l\u2019ENSA-Nancy le 8 Avril 2025.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre Monnin fait partie des penseur\u00b7euses qui travaillent \u00e0 d\u00e9crire les enjeux politiques et les m\u00e9thodologies de la \u00ab&nbsp;redirection \u00e9cologique&nbsp;\u00bb, un cadre conceptuel et op\u00e9rationnel pour aborder la transformation n\u00e9cessaire de nos soci\u00e9t\u00e9s face \u00e0 la crise bioclimatique. Dans sa conf\u00e9rence, il d\u00e9crit d\u2019abord les diff\u00e9rentes dimensions de cette proposition et fait le lien avec la n\u00e9cessaire prise en compte des attachements avant toute d\u00e9cision politique. Il d\u00e9crit, au travers du concept de \u00ab&nbsp;commun n\u00e9gatif&nbsp;\u00bb, des principes de r\u00e9\u00e9valuation collective de ce dont nous h\u00e9ritons et avec lequel nous devons faire, et d\u00e9veloppe les diff\u00e9rentes figures du renoncement qui les accompagne&nbsp;: le d\u00e9sinvestissement, la r\u00e9affectation et le retrait. Il conclut sur le risque de \u00ab&nbsp;retour de b\u00e2ton&nbsp;\u00bb \u00e9cologique, incitant \u00e0 la plus grande prudence dans les processus d\u2019arbitrage dans les prises de d\u00e9cisions politiques. Ce cadre conceptuel et op\u00e9rationnel de la redirection \u00e9cologique, par tous ces aspects, permet en retour de questionner les pratiques architecturales contemporaines et celles qui pourraient voir le jour au c\u0153ur de la crise bioclimatique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Redirection \u00e9cologique\u00a0: inscrire nos modes de vie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des limites plan\u00e9taires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre Monnin d\u00e9crit la redirection \u00e9cologique comme un cadre conceptuel et op\u00e9rationnel, destin\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;r\u00e9encastrer&nbsp;\u00bb l\u2019ensemble des activit\u00e9s humaines (les modes de vie, les institutions, les organisations, les activit\u00e9s, les technologies\u2026) \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des limites plan\u00e9taires. Trois dimensions permettent selon lui d\u2019inscrire l\u2019action collective dans ce p\u00e9rim\u00e8tre impos\u00e9 par la crise bioclimatique actuelle. Il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019augmenter l\u2019efficacit\u00e9 (afin de faire mieux avec moins), de d\u00e9velopper la sobri\u00e9t\u00e9 (en faisant moins avec moins), et enfin de construire le renoncement (en acceptant que certaines activit\u00e9s, infrastructures ou usages soient amen\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre). Cette attitude part du postulat suivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;On ne peut pas maintenir l\u2019existant, on ne peut pas non plus en sortir totalement&nbsp;\u00bb. L\u2019enjeu principal de la redirection \u00e9cologique est de r\u00e9interroger nos d\u00e9pendances collectives, qu&#8217;elles soient \u00e9nerg\u00e9tiques, \u00e9conomiques ou technologiques, mais aussi nos attachements, qu\u2019ils soient culturels, affectifs ou sociaux. La redirection \u00e9cologique telle qu\u2019elle est d\u00e9crite par Alexandre Monnin implique une critique de l\u2019imaginaire techniciste et manag\u00e9rial qui domine encore la pens\u00e9e de la transition dite \u00ab&nbsp;\u00e9cologique&nbsp;\u00bb. Elle demande des prises de d\u00e9cisions franches face aux bouleversements climatiques, \u00e9cologiques et sociaux. Par ailleurs, elle cherche \u00e0 int\u00e9grer dans toutes les d\u00e9cisions politiques des crit\u00e8res de justice, d\u2019attachement et de faisabilit\u00e9, et \u00e0 donner toute leur place aux habitant\u00b7es, aux territoires et aux savoirs situ\u00e9s. La redirection \u00e9cologique est donc une proposition pour r\u00e9ancrer l\u2019\u00e9cologie dans le politique, le sensible et le collectif.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Prendre soin des attachements\u00a0: \u00eatre attentif \u00e0 quoi nous tenons<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019attachement est une figure centrale de la redirection \u00e9cologique telle qu\u2019elle est d\u00e9velopp\u00e9e par Alexandre Monnin. Il s\u2019agit, avant toute proposition de transformation, de chercher \u00e0 comprendre ce \u00e0 quoi les individus tiennent, ce qui les lie et ce qui les engage dans leurs pratiques, de saisir leurs d\u00e9pendances aux objets avec lesquels ils entrent en relation au quotidien, aux infrastructures n\u00e9cessaires \u00e0 leurs modes de vie, aux r\u00e9alit\u00e9s mat\u00e9rielles et symboliques qui constituent leur existence. Alexandre Monnin identifie diff\u00e9rentes cat\u00e9gories d\u2019attachement&nbsp;: directs ou indirects, conscients ou inconscients, volontaires ou involontaires. Diff\u00e9rencier ces diff\u00e9rents types d\u2019attachement permet de tenir compte des complexit\u00e9s telles qu\u2019elles sont v\u00e9cues sur le terrain, de consid\u00e9rer les habitudes, les usages, les savoir-faire, les peurs\u2026 Cette approche permet aussi de flouter la limite entre celles et ceux qui comprennent l\u2019urgence \u00e9cologique, et celles et ceux qui y r\u00e9sistent. En effet, une politique qui ne tient pas compte de ces liens d\u2019attachements risque de produire des rupture violentes, des sentiments d\u2019injustice, voire du ressentiment. Alexandre Monnin d\u00e9veloppe ce risque avec l\u2019exemple de la crise des \u00ab&nbsp;Gilets Jaunes&nbsp;\u00bb&nbsp;: des d\u00e9cisions prises \u00e0 partir d\u2019arguments environnementaux ont \u00e9t\u00e9 v\u00e9cues comme des injonctions descendantes, ignorantes des r\u00e9alit\u00e9s locales (par exemple la d\u00e9pendance \u00e9vidente \u00e0 la voiture individuelle dans les territoires p\u00e9riurbains mise en tension avec la hausse des prix du carburant). L\u2019int\u00e9gration des attachements permet ainsi une meilleure compr\u00e9hension des conflits socio-\u00e9cologiques, une co-construction plus juste et acceptable. Elle est aussi l\u2019occasion d\u2019une revalorisation des savoirs d\u2019usage, des exp\u00e9riences et des ancrages territoriaux. Elle suppose de mener des enqu\u00eates, d\u2019\u00e9couter et documenter les attachements, en acceptant qu\u2019ils soient contradictoires et parfois irrationnels. Il s\u2019agit de mieux comprendre qui sera affect\u00e9 et comment, et d\u2019identifier les marges de r\u00e9orientations possibles. La redirection \u00e9cologique et son attention aux attachements permet de penser une transition \u00e9cologique qui transforme sans d\u00e9truire, d\u00e9place sans effacer&nbsp;: on ne renonce pas \u00e0 un usage, \u00e0 un mode de vie ou \u00e0 une infrastructure sans tenir compte des liens, des d\u00e9pendances et des vuln\u00e9rabilit\u00e9s qu\u2019il implique. Prendre au s\u00e9rieux les attachements rend plus cr\u00e9dible une politique d\u2019arbitrages se voulant d\u00e9mocratique plut\u00f4t qu\u2019autoritaire. Pour ce faire, celle-ci doit pour Alexandre Monnin r\u00e9pondre \u00e0 trois crit\u00e8res&nbsp;: elle doit associer les gens, \u00eatre anticip\u00e9e et proc\u00e9der \u00e0 des arbitrages qui soient non-brutaux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les communs n\u00e9gatifs\u00a0: des h\u00e9ritages non souhait\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un autre concept joue, dans la pens\u00e9e d\u2019Alexandre Monnin, un r\u00f4le important au sein de la redirection \u00e9cologique&nbsp;: celui des communs n\u00e9gatifs. Cette expression recouvre une cat\u00e9gorie de r\u00e9alit\u00e9s collectives que l\u2019on ne souhaite pas ou plus. \u00c0 la diff\u00e9rence d\u2019un commun traditionnel, tel que l\u2019eau, la for\u00eat ou les connaissances, qui sont valoris\u00e9es comme des ressources \u00e0 prot\u00e9ger ou \u00e0 partager, les communs n\u00e9gatifs constituent des h\u00e9ritages \u2013 mat\u00e9riels ou immat\u00e9riels \u2013 probl\u00e9matiques. En effet, ils ne sont pas appropriables selon un mod\u00e8le classique&nbsp;: bien que non d\u00e9sir\u00e9s ou non soutenables, ils n\u00e9cessitent la mise en place d\u2019une gestion collective et ne peuvent \u00eatre simplement laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019abandon. Il faut prendre soin de certains (par exemple, les d\u00e9chets nucl\u00e9aires) ou en destituer d\u2019autres \u2013 les infrastructures qu\u2019Alexandre Monnin qualifie de \u00ab&nbsp;zombies&nbsp;\u00bb. Avec ce concept de \u00ab&nbsp;communs n\u00e9gatifs&nbsp;\u00bb, il ne s\u2019agit pas simplement de penser l\u2019avenir, mais aussi de faire avec le pass\u00e9. Cela oblige donc \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer historiquement et politiquement ce que nous avons produit collectivement. Penser avec ce concept permet de comprendre un aspect invisible ou n\u00e9glig\u00e9 de la transition \u00e9cologique, construite principalement sur une vision id\u00e9ale s\u2019appuyant essentiellement sur la protection des communs positifs. Cela engage des enjeux tant pratiques qu\u2019\u00e9thiques et politiques&nbsp;: qui est responsable de ces communs n\u00e9gatifs&nbsp;? Quels arbitrages et quels processus d\u00e9cisionnels supposent-ils&nbsp;? Avec quels financements&nbsp;? Pouvons transf\u00e9rer leur charge \u00e0 d\u2019autres populations, territoires ou g\u00e9n\u00e9rations&nbsp;? Avec quelles modalit\u00e9s de neutralisation, de transformation ou de d\u00e9mant\u00e8lement peut-on les envisager&nbsp;? Pour y r\u00e9pondre, il est n\u00e9cessaire de ne pas s\u2018appuyer seulement sur des acteur\u00b7rices techniques, mais bien de construire des dynamiques sociales coop\u00e9ratives et collectives, afin d\u2019engager une r\u00e9paration et une responsabilit\u00e9 de tous et toutes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le renoncement\u00a0: d\u00e9sinvestissement, r\u00e9affectation, retrait<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on prend au s\u00e9rieux l\u2019\u00e9puisement des ressources mat\u00e9rielles et \u00e9nerg\u00e9tiques, les d\u00e9passements des limites plan\u00e9taires, les transformations des milieux ainsi que les d\u00e9sordres politiques, \u00e9conomiques et sociaux, il appara\u00eet que certaines activit\u00e9s, infrastructures et modes de vie sont devenus obsol\u00e8tes et ne peuvent \u00eatre maintenus. Dans le cadre de la redirection \u00e9cologique d\u00e9velopp\u00e9e par Alexandre Monnin, il est donc n\u00e9cessaire de faire preuve de renoncement, d\u2019un point de vue strat\u00e9gique, politique et syst\u00e9mique. Le renoncement est souvent assimil\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de sobri\u00e9t\u00e9 et est per\u00e7u comme un effort, individuel ou collectif. N\u00e9anmoins, pour le philosophe, il s\u2019agit plut\u00f4t de faire face \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 de continuer selon le mod\u00e8le en place. Ce principe de renoncement s\u2019applique \u00e0 des infrastructures mat\u00e9rielles, mais \u00e9galement aux institutions politiques et, parmi elles, celles qui promeuvent l\u2019id\u00e9e de durabilit\u00e9. Ces syst\u00e8mes, mais aussi les projets qu\u2019ils mettent en \u0153uvre, doivent donc \u00eatre d\u00e9sinvestis, r\u00e9affect\u00e9s ou mis en retrait. Le simple fait d\u2019am\u00e9liorer ou de changer ne suffit pas&nbsp;; il faut arr\u00eater, abandonner ou reformuler. Le renoncement constitue ainsi une rupture avec les courants technosolutionnistes, qui pr\u00e9tendent que tout probl\u00e8me peut \u00eatre r\u00e9solu par des moyens techniques. Au contraire, cette pratique cherche \u00e0 faire admettre que certaines situations ne peuvent \u00eatre solutionn\u00e9es et qu\u2019il est n\u00e9cessaire de trouver de nouveaux modes de vie adapt\u00e9s \u00e0 une situation de crise. Le renoncement \u00e9cologique est un concept qui permet de mettre en avant le fait que la redirection \u00e9cologique implique n\u00e9cessairement des pertes.<\/p>\n\n\n\n<p>Aborder conjointement les communs n\u00e9gatifs avec la question de la prise en compte des attachements permet de faire attention aux vuln\u00e9rabilit\u00e9s que celle-ci peut aussi entrainer&nbsp;: il faut bien prendre en consid\u00e9ration que ces renoncements peuvent, sans attention, renforcer des in\u00e9galit\u00e9s d\u00e9j\u00e0 existantes dans notre soci\u00e9t\u00e9. Ainsi, tous les renoncements ne se valent pas&nbsp;: certains font face aux s\u00e9cheresses, aux inondations et \u00e0 l\u2019inflation, tandis que d\u2019autres r\u00e9sistent \u00e0 renoncer \u00e0 des privil\u00e8ges comme l\u2019usage du SUV. Le renoncement pose donc des questions centrales de justice environnementale, d\u2019\u00e9quit\u00e9 sociale et de hi\u00e9rarchisation des besoins.<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre Monnin propose une m\u00e9thodologie pour accompagner ce processus de renoncement. Il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019anticiper, c\u2019est-\u00e0-dire de mettre en \u0153uvre le renoncement avant d\u2019en arriver \u00e0 subir une situation d\u2019urgence qui supposera des transformations rapides et brutales. Il faut ensuite laisser le temps \u00e0 la d\u00e9lib\u00e9ration, c\u2019est-\u00e0-dire organiser des concertations et donner un r\u00f4le d\u2019acteur\u00b7rice aux habitant\u00b7es. Il faut pour finir construire un d\u00e9veloppement du renoncement progressif et accompagn\u00e9. Par ailleurs, Alexandre Monnin propose de voir le renoncement non pas comme un \u00e9chec ou une punition, mais comme une nouvelle politique et de nouveaux processus collectifs \u00e0 d\u00e9velopper. Il en d\u00e9coule une nouvelle \u00e9thique, une nouvelle politique, permettant ainsi une redirection \u00e9cologique respectueuse tant sur les plans social, \u00e9conomique et institutionnel qu\u2019environnemental.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Retour de b\u00e2ton \u00e9cologique\u00a0: cristallisation des oppositions et rejet de la transition.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enjeu est aussi de ne pas nourrir les processus de \u00ab&nbsp;retour du b\u00e2ton&nbsp;\u00bb (<em>backlash<\/em> en anglais). Cette expression d\u00e9signe les r\u00e9actions sociales, politiques et id\u00e9ologiques allant \u00e0 l\u2019encontre des avanc\u00e9es des mouvements sociaux, par exemple \u00e0 l\u2019encontre des politiques environnementales. Elle refl\u00e8te souvent une r\u00e9action face \u00e0 la destruction brutale de certains attachements, ce qui peut engendrer un ressentiment face \u00e0 une \u00e9cologie per\u00e7ue comme punitive ou \u00e9litiste, ou une incompr\u00e9hension des logiques \u00e9cologiques. Le <em>backlash<\/em> d\u00e9coule en partie de certaines politiques environnementales qui ignorent le v\u00e9cu et les usages des populations, les r\u00e9alit\u00e9s sociales auxquelles elles s\u2019appliquent, g\u00e9n\u00e9rant une fracture entre les concepteurs de la transition et ceux qui la subissent. Le <em>backlash<\/em> est donc un sympt\u00f4me d\u2019une politisation d\u00e9fectueuse de l\u2019\u00e9cologie&nbsp;: au lieu de construire des compromis l\u00e9gitimes et n\u00e9goci\u00e9s, certaines d\u00e9cisions impos\u00e9es \u00ab&nbsp;d\u2019en haut&nbsp;\u00bb cristallisent les oppositions et renforcent le rejet de la transition. Le <em>backlash<\/em> nous permet de comprendre que toutes transformations de la soci\u00e9t\u00e9 \u2013 qu\u2019elles soient \u00e9cologique ou non \u2013 impliquent des renoncements, des arbitrages et des conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats. L\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00e9cologie universelle se r\u00e9v\u00e8le fausse&nbsp;: elle est toujours situ\u00e9e, interpr\u00e9t\u00e9e et discut\u00e9e. L\u2019\u00e9cologie est donc politique et doit \u00eatre trait\u00e9e comme telle&nbsp;: elle n\u00e9cessite des d\u00e9bats, une l\u00e9gitimation et une d\u00e9lib\u00e9ration, elle doit \u00eatre abord\u00e9e de mani\u00e8re inclusive et d\u00e9mocratique. Le rythme et les modalit\u00e9s de la transition sont aussi importants que ses objectifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Les sujets abord\u00e9s dans la conf\u00e9rence d\u2019Alexandre Monnin int\u00e9ressent en premier chef les architectes&nbsp;: comment inscrire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des limites plan\u00e9taires les pratiques architecturales&nbsp;? Comment identifier les attachements \u2013 des architectes dans leur pratique, des ma\u00eetrises d\u2019ouvrage dans leurs commandes, des habitant\u00b7es dans leurs usages et leurs d\u00e9sirs \u2013 et les prendre en consid\u00e9ration dans les projets&nbsp;? Comment h\u00e9riter des pratiques, des infrastructures et des r\u00e9alisations du pass\u00e9&nbsp;et les \u00e9valuer collectivement et politiquement&nbsp;? \u00c0 quoi devons-nous renoncer&nbsp;? Comment participer \u00e0 construire une \u00e9cologie des pratiques architecturales qui soit situ\u00e9e, interpr\u00e9t\u00e9e et discut\u00e9e collectivement&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>BIDET, Alexandra. Vivre sans produire. L\u2019insoutenable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des penseurs du vivant. Du Croquant, 2023.<\/p>\n\n\n\n<p>BONNET Emmanuel, LANDIVAR Diego, MONNIN Alexandre. <em>H\u00e9ritage et fermeture. <\/em><em>Une \u00e9cologie du d\u00e9mant\u00e8lement,<\/em> Divergences, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p>CHACHRA, Deb. <em>How Infrastructure Works: Inside the Systems That Shape Our World. <\/em>Riverhead Books, 2023.<\/p>\n\n\n\n<p>HENNION, Antoine, MAISONNEUVE, Sophie, GOMART, \u00c9milie.<em> Figures de l\u2019amateur. Formes, objets et pratiques de l\u2019amour de la musique aujourd\u2019hui. <\/em>La Documentation fran\u00e7aise, 2004.<\/p>\n\n\n\n<p>KNUTH, Sarah. \u201cGreen Devaluation: Disruption, Divestment, and Decommodification for a Green Economy\u201d. <em>Capitalism Nature Socialism<\/em>, 2016, 28(1), p. 98-117. https:\/\/doi.org\/10.1080\/10455752.2016.1266001.<\/p>\n\n\n\n<p>LATOUR, Bruno. <em>Nous n&#8217;avons jamais \u00e9t\u00e9 modernes<\/em>. La D\u00e9couverte, 1991.<\/p>\n\n\n\n<p>LATOUR, Bruno. <em>Face \u00e0 Ga\u00efa. Huit conf\u00e9rences sur le nouveau r\u00e9gime climatique<\/em>. La D\u00e9couverte, 2015.<\/p>\n\n\n\n<p>LATOUR, Bruno. <em>O\u00f9 atterrir ? Comment s\u2019orienter en politique. <\/em>La D\u00e9couverte, 2017.<\/p>\n\n\n\n<p>MALM, Andreas. <em>Comment saboter un pipeline<\/em>. La Fabrique, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>MOOSENHAUER, Mickey. <em>Nihil Evadere<\/em>: <em>How We Are Created Is How We Create: An Empirical Journey to the End of Marxist, Anarchist, and Ultra-leftist Millenarianism. <\/em>2022.<\/p>\n\n\n\n<p>OSTROM, Elinor. <em>Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action. <\/em>Cambridge University Press, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>PAPROCKI, Kasia. (2022). \u201cAnticipatory ruination\u201d. <em>The Journal of Peasant Studies<\/em>, 2022, 49(7), p.1399\u20131408. https:\/\/doi.org\/10.1080\/03066150.2022.2113068.<\/p>\n\n\n\n<p>PETERSON, Jordan B., <em>12 Rules for Life: An Antidote to Chaos.<\/em> Random House Canada, 2018.<\/p>\n\n\n\n<p>SHKLAR, Judith. 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La D\u00e9couverte, 2020.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alexandre Monnin est philosophe, actuellement directeur du POPSU Transition de la m\u00e9tropole Nice C\u00f4te d&#8217;Azur (rattach\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9cole Centrale M\u00e9diterran\u00e9e), et co-initiateur du courant de la redirection \u00e9cologique. 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