{"id":186,"date":"2022-08-23T12:49:20","date_gmt":"2022-08-23T10:49:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/?page_id=186"},"modified":"2022-08-23T12:49:20","modified_gmt":"2022-08-23T10:49:20","slug":"table-ronde","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/rencontres-interdisciplinaires\/rim-2-humains-non-humains\/table-ronde\/","title":{"rendered":"Table ronde"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Synth\u00e8se des \u00e9changes tenus lors de la table ronde de fin de Rencontres le 19 novembre 2019, avec Emeline Curien, Catherine Deschamps, Herv\u00e9 Gaff, Philippe Grandcolas, Pierre Janin, Thomas Le Roux, Mathias Rollot, Christian Vincent, les \u00e9tudiants de l\u2019atelier de master et le public.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019architecture comme discipline et l\u2019objet \u00ab&nbsp;anthropoc\u00e8ne&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans une rencontre interdisciplinaire organis\u00e9e au sein d\u2018une \u00e9cole d\u2019architecture revient n\u00e9cessairement le besoin de pr\u00e9ciser la sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019architecture, ses savoirs, ses outils, ses objets, et la mani\u00e8re dont elle peut interagir avec les autres disciplines. Philippe Grandcolas, qui vante les m\u00e9rites du dialogue intellectuel entre disciplines, rappelle cependant les dangers inh\u00e9rents \u00e0 toute cat\u00e9gorisation&nbsp;: comme les esp\u00e8ces vivantes, les fronti\u00e8res entre disciplines r\u00e9sultent d\u2019hypoth\u00e8ses descriptives qui permettent de travailler, mais qui ne sont en aucun cas un donn\u00e9. Il convoque l\u2019exemple des fronti\u00e8res entre biologie et climatologie pour pr\u00e9ciser son propos&nbsp;: l\u2019une s\u2019int\u00e9resse au vivant, l\u2019autre au climat, mais la pr\u00e9sence de scientifiques \u00e0 leur interface est n\u00e9cessaire pour la construction de connaissances pertinentes. Restent \u00e0 trouver des opportunit\u00e9s pour organiser le croisement, des interlocuteurs, \u00e0 inventer des mani\u00e8res de faire qui int\u00e8grent les diff\u00e9rences de langage, d\u2019approches, de m\u00e9thodes, et qui construisent des modes op\u00e9rationnels et organisationnels viables.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00ab&nbsp;anthropoc\u00e8ne&nbsp;\u00bb,&nbsp;mobilis\u00e9 par Mathias Rollot dans son intervention,&nbsp;apparait dans les \u00e9changes comme un objet privil\u00e9gi\u00e9 pour cette rencontre entre les disciplines. Plus encore pour Catherine Deschamps, utiliser ce terme fait bouger les fondements et les repr\u00e9sentations de nombreuses disciplines, en explosant les distinctions entre \u00ab&nbsp;nature&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;culture&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;inn\u00e9&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;acquis&nbsp;\u00bb\u2026 Ce faisant, il ouvre un nouveau temps possible pour le dialogue entre disciplines, mais aussi de nouvelles formes de penser les disciplines. Philippe Grandcolas rappelle \u00e0 cette occasion les d\u00e9bats que suscite la cr\u00e9ation de cette \u00ab&nbsp;nouvelle&nbsp;\u00bb \u00e8re. Pour certains g\u00e9ologues, notamment ceux qui mobilisent la stratigraphie, cette p\u00e9riodisation va \u00e0 l\u2019encontre de leurs crit\u00e8res de classification, elle r\u00e9sulte de processus sociologiques et \u00e9co-syst\u00e9miques et n\u2019est pas pertinente dans leur domaine d\u2019\u00e9tude.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour en revenir \u00e0 l\u2019architecture, Philippe Grandcolas la consid\u00e8re comme un corpus de connaissances et de pratiques, apte \u00e0 dialoguer avec d\u2019autres corps de m\u00e9tiers, ayant des corpus de connaissances diff\u00e9renci\u00e9s, et qui peuvent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s par l\u2019architecture sans que celle-ci perde pour autant son identit\u00e9. Mathias Rollot compl\u00e8te&nbsp;: aucune discipline n\u2019a de vie intellectuelle sans emprunter \u00e0 d\u2019autres disciplines. Il reprend la d\u00e9finition du chercheur en architecture David Vanderburgh<a href=\"applewebdata:\/\/D7BD69C4-30C5-4AFC-884B-32A5F933FA19#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;qui dit, qu\u2019une discipline est reconnue comme telle \u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on peut lui emprunter ses outils. Or, l\u2019architecture est dot\u00e9e d\u2019outils qui font la sp\u00e9cificit\u00e9 de son approche, des outils li\u00e9s notamment \u00e0 la repr\u00e9sentation, au regard, des outils pour produire de la connaissance qui peuvent \u00eatre mobilis\u00e9s par d\u2019autres disciplines.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pierre Janin quant \u00e0 lui t\u00e9moigne des difficult\u00e9s op\u00e9rationnelles \u00e0 organiser des croisements, ne serait-ce qu\u2019entre les disciplines de la conception m\u00eame&nbsp;: entre l\u2019architecture et le paysagisme par exemple tel qu\u2019il le pratique dans son activit\u00e9 professionnelle. Les \u00e9chelles d\u2019approches, les mani\u00e8res de voir, de concevoir, d\u2019anticiper l\u2019\u00e9volution du projet dans le temps long\u2026 sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Dans son travail, il cherche \u00e0 faire de ces diff\u00e9rences un atout pour s\u2019int\u00e9resser autrement au milieu dans lequel le projet s\u2019int\u00e8gre, mais aussi l\u2019occasion de r\u00e9affirmer le langage propre de l\u2019architecture, ses articulations entre savoir technique, savoir-faire, mais aussi appr\u00e9hension sensible des territoires, des sites, et des milieux&nbsp;: tout un ensemble d\u2019analyses, de donn\u00e9es, d\u2019\u00e9l\u00e9ments de structuration qui alimentent le projet, qui construisent ou renforcent des \u00e9l\u00e9ments de programme. La capacit\u00e9 \u00e0 construire des croisements entre ces disciplines de conception, le partage avec elles de la conception, apparait cruciale \u00e0 Pierre Janin, qu\u2019il s\u2019agisse des ing\u00e9nieurs, des paysagistes mais aussi des entreprises.&nbsp;Il y voit une possible mise en \u0153uvre d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes complexes, ou du moins d\u2019int\u00e9gration des b\u00e2timents dans des syst\u00e8mes un peu plus vastes qu\u2019habituellement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Architectures et territoires du vivant<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9tudiants pr\u00e9sents s\u2019int\u00e9ressent particuli\u00e8rement \u00e0 cette pens\u00e9e en termes d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes et \u00e0 cette prise en consid\u00e9ration de la biodiversit\u00e9 dans les logiques constructives et les milieux urbains. Ils s\u2019interrogent \u00e9galement sur la pertinence de ces situations de mise en \u0153uvre dites vivantes&nbsp;: les murs v\u00e9g\u00e9talis\u00e9s sont-ils r\u00e9ellement viables&nbsp;? La manutention humaine pour assurer la p\u00e9rennit\u00e9 des installations n\u2019est-elle pas d\u00e9mesur\u00e9e&nbsp;? Les connaissances suffisantes pour choisir les plantes, leur offrir de bonne condition de d\u00e9veloppement et \u00e9viter l\u2019introduction d\u2019esp\u00e8ces colonisatrices? Plus encore, ces interventions ponctuelles ne sont-elles pas une fa\u00e7ade qui cache les questions fondamentales de relation entre \u00e9tablissements humains et biodiversit\u00e9&nbsp;? Philippe Grandcolas pour sa part voit plusieurs niveaux de relations possibles entre cette derni\u00e8re et l\u2019architecture &nbsp;: l\u2019int\u00e9gration d\u2019organismes vivants \u00e0 la construction, on parle alors de v\u00e9g\u00e9talisation&nbsp;; la mani\u00e8re d\u2019inscrire la construction dans le paysage et sa compatibilit\u00e9 avec la vie biologique de ce paysage&nbsp;; les pratiques de construction engag\u00e9es dans une gestion de l\u2019environnement correcte&nbsp;; et le biomim\u00e9tisme qui consiste \u00e0 s\u2019inspirer des formes et des processus de la nature pour inventer de nouvelles techniques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>La pertinence de la distinction \u00ab&nbsp;humains&nbsp;\u00bb \/ \u00ab&nbsp;non-humains&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les termes mobilis\u00e9s pour penser ces modes de relation questionnent, et&nbsp;le choix de faire apparaitre la distinction \u00ab&nbsp;humains \/non-humains&nbsp;\u00bb dans le titre des rencontres fait mati\u00e8re \u00e0 d\u00e9bat. Catherine Deschamps rappelle que cette polarisation est issue du champ de l\u2019anthropologie. Elle est issue d\u2019une volont\u00e9 de certains chercheurs de constituer une anthropologie des sciences et de \u00ab&nbsp;d\u00e9santropocentrer l\u2019anthropologie&nbsp;\u00bb, et prendre ainsi, par exemple, la bact\u00e9rie comme objet d\u2019\u00e9tude, un non-humain donc. Cette expression a vite pris dans le milieu des \u00e9coles d\u2019architecture, \u00e0 partir notamment des travaux de Bruno Latour. Pour Catherine Deschamps, cet engouement, semblable \u00e0 celui rencontr\u00e9 par le \u00ab&nbsp;pli&nbsp;\u00bb ou l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;habiter&nbsp;\u00bb, s\u2019est largement \u00e9cart\u00e9 des concepts initialement formul\u00e9s dans les autres disciplines. M\u00eame si ce libre usage est critiquable d\u2019un point de vue strictement scientifique, elle propose d\u2019accepter ces licences d\u2019instrumentalisation en architecture, dans la mesure o\u00f9 elles permettent de faire, tout simplement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Philippe Grandcolas rappelle quant \u00e0 lui \u00e0 quel point ces cat\u00e9gorisations, telles celles qui s\u2019appliquent aux esp\u00e8ces naturelles, sont des vues de l\u2019esprit.&nbsp;Pour lui, la distinction&nbsp;\u00ab Humain\/Non-Humains \u00bb, peut \u00eatre op\u00e9rationnelle, permettre une connaissance collective, discuter intelligemment. La question centrale, de son point de vue, est la pertinence de son usage en fonction de la question qui est pos\u00e9e. Elle peut \u00eatre utilis\u00e9e dans un cadre mais devenir inad\u00e9quate dans un autre. L\u2019erreur \u00e0 son sens serait de l\u2019id\u00e9aliser et de la consid\u00e9rer comme \u00e9tant naturelle, d\u2019imaginer qu\u2019elle existe en dehors de notre pens\u00e9e, ind\u00e9pendamment de tout observateur.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour C\u00e9cile Fries-Paiola comme pour Mathias Rollot, la vertu de la distinction \u00ab&nbsp;humains \/ non-humains&nbsp;\u00bb a pour vertu de poser la question de l\u2019anthropocentrisme, que ce soit en architecture ou au-del\u00e0. Par exemple, nos actions en faveur de la biodiversit\u00e9 ne sont-elles finalement pas faites uniquement en vertu d\u2019int\u00e9r\u00eats proprement humains&nbsp;? Est-ce simplement dommage que certaines esp\u00e8ces animales et v\u00e9g\u00e9tales disparaissent&nbsp;? A ce sujet, Philippe Grandcolas revient sur notre&nbsp;capacit\u00e9 \u00e0 attribuer une valeur intrins\u00e8que \u00e0 la biodiversit\u00e9, en dehors de toute question li\u00e9e \u00e0&nbsp;notre confort ou \u00e0 notre survie. Il s\u2019agit finalement de s\u2019interroger&nbsp;:<strong>&nbsp;<\/strong>qu\u2019est-ce que vaut la biodiversit\u00e9 en dehors de nous&nbsp;? Pour lui, il s\u2019agit typiquement d\u2019une question d\u2019\u00e9thique. Une tr\u00e8s large part de la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas pr\u00eate \u00e0 entendre une vision qui ne soit pas anthropocentrique. Dans les cercles des scientifiques qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la biologie par exemple, cette approche de la question est r\u00e9guli\u00e8rement critiqu\u00e9e&nbsp;: elle ne serait pas op\u00e9rationnelle pour agir rapidement sur la crise d\u2019extinction de la biodiversit\u00e9 en cours. En ce sens pour Philippe Grandcolas, les philosophes de l\u2019\u00e9thique ont une utilit\u00e9 soci\u00e9tale extraordinaire. Mathias Rollot poursuit en ce sens&nbsp;: l\u2019\u00e9thique devrait pouvoir avoir une place r\u00e9elle dans les \u00e9coles d\u2019architecture. Un enseignement fond\u00e9 sur celle-ci pourrait notamment soulever des questions telles que&nbsp;: l\u2019architecture peut-elle sortir de l\u2019instrumentalisation du vivant&nbsp;? Peut-elle \u00eatre autre chose qu\u2019un moyen au service d\u2019une fin humaine&nbsp;? Peut-on voir l\u2019arbre par exemple autrement que comme ressource mat\u00e9rielle pour construire, ou comme individu pour constituer des alignements d\u2019arbres&nbsp;? Cette approche ne risquerait-elle pas paradoxalement d\u2019accentuer encore le c\u00f4t\u00e9 d\u00e9miurge de l\u2019architecte&nbsp;que peut prendre le m\u00e9tier d\u2019architecte ? La deuxi\u00e8me session des Rencontres interdisciplinaires mutations se conclut ainsi sur une reformulation du titre de d\u00e9part sous forme d\u2019interrogation&nbsp;:&nbsp;L\u2019architecture est-elle par d\u00e9finition anthropocentr\u00e9e&nbsp;? N\u2019est-elle que de l\u2019humain pour l\u2019humain&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"applewebdata:\/\/D7BD69C4-30C5-4AFC-884B-32A5F933FA19#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;VANDERBURGH, David, \u00ab&nbsp;A vrai dire. Essai de g\u00e9om\u00e9trie disciplinaire&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Cahiers Th\u00e9matique de Lille<\/em>, n\u00b01, p.53.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Synth\u00e8se des \u00e9changes tenus lors de la table ronde de fin de Rencontres le 19 novembre 2019, avec Emeline Curien, Catherine Deschamps, Herv\u00e9 Gaff, Philippe Grandcolas, Pierre Janin, Thomas Le Roux, Mathias Rollot, Christian Vincent, les \u00e9tudiants de l\u2019atelier de master et le public. 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