{"id":173,"date":"2022-08-23T11:50:00","date_gmt":"2022-08-23T09:50:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/?page_id=173"},"modified":"2022-08-23T11:51:35","modified_gmt":"2022-08-23T09:51:35","slug":"la-biodiversite-entre-notre-perception-et-la-realite-philippe-grandcolas","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/rencontres-interdisciplinaires\/rim-2-humains-non-humains\/la-biodiversite-entre-notre-perception-et-la-realite-philippe-grandcolas\/","title":{"rendered":"La biodiversit\u00e9, entre notre perception et la r\u00e9alit\u00e9 \/\/ Philippe Grandcolas"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Compte-rendu de l\u2019intervention de Philippe Grandcolas le 19 novembre 2019<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Philippe Grandcolas est \u00e9cologue \u2013&nbsp;il identifie, pr\u00e9voit et analyse l&#8217;impact des activit\u00e9s humaines sur l&#8217;environnement -, et syst\u00e9maticien \u2013&nbsp;sp\u00e9cialiste de la classification des \u00eatres vivants. C\u2019est \u00e0 ce double titre qu\u2019il est intervenu dans les rencontres, permettant d\u2019ouvrir la r\u00e9flexion sur la caract\u00e9risation du terme de biodiversit\u00e9, en explicitant les concepts qui lui sont associ\u00e9s et en les resituant dans leur contexte historique, scientifique, m\u00e9diatique, socio-\u00e9conomique et politique, et permettant de sortir des visions biais\u00e9es ou simplifi\u00e9es qui circulent dans le d\u00e9bat public. Au travers notamment d\u2019une \u00e9valuation des outils de connaissances du monde vivant \u00e0 la disposition du monde occidental et des moyens d\u2019agir qui leur sont associ\u00e9s, il invite \u00e0 ancrer la catastrophe environnementale en cours dans une approche holistique et une r\u00e9flexion \u00e9thique, afin de r\u00e9inscrire la soci\u00e9t\u00e9 au sein de la biodiversit\u00e9. R\u00e9alis\u00e9e avant la crise sanitaire du COVID-19, son intervention et les \u00e9changes qui l\u2019ont suivie alertaient d\u00e9j\u00e0 sur les risques majeurs que l\u2019absence d\u2019attention \u00e0 la biodiversit\u00e9 pouvait causer aux soci\u00e9t\u00e9s humaines.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le terme et le concept de biodiversit\u00e9 et leur historicit\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;En rappelant tout d\u2019abord que le terme de biodiversit\u00e9 est apparu relativement r\u00e9cemment, Philippe Grandcolas revient tout d\u2019abord sur l\u2019historicit\u00e9 de ce concept et sur la vision de l\u2019environnement qu\u2019il implique, ainsi que sur aux enjeux politiques et culturels des mots employ\u00e9s pour d\u00e9crire le monde vivant. En effet, avant la cr\u00e9ation du vocable \u00ab&nbsp;biodiversit\u00e9&nbsp;\u00bb par Thomas Lovejoy dans les ann\u00e9es 1980, il \u00e9tait plus globalement question de \u00ab&nbsp;vivant&nbsp;\u00bb, une approche qui s\u2019appuyait sur les grandes lois g\u00e9n\u00e9rales, cens\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00eatre partag\u00e9es par l\u2019ensemble des organismes vivants : l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, les chromosomes, la structure cellulaire etc. Le mot biodiversit\u00e9 s\u2019est popularis\u00e9 en 1992 lors de la Convention sur la diversit\u00e9 biologique (CDB) ouverte au&nbsp;&nbsp;troisi\u00e8me \u00ab&nbsp;Sommet de la Terre&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00e0 Rio&nbsp;: 196 Parties ont ainsi mis en place un trait\u00e9 international contraignant, portant sur trois objectifs principaux : la conservation de la diversit\u00e9 biologique, l\u2019utilisation durable de cette derni\u00e8re, et le partage juste et \u00e9quitable des avantages d\u00e9coulant de l\u2019utilisation des ressources g\u00e9n\u00e9tiques. La d\u00e9finition de cette diversit\u00e9 biologique retenue lors de cette Convention est la suivante&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;la variabilit\u00e9 des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les \u00e9cosyst\u00e8mes terrestres, marins et autres \u00e9cosyst\u00e8mes aquatiques et les complexes \u00e9cologiques dont ils font partie; cela comprend la diversit\u00e9 au sein des esp\u00e8ces et entre esp\u00e8ces ainsi que celle des \u00e9cosyst\u00e8mes&nbsp;\u00bb<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftn2\"><em><sup><strong><sup>[2]<\/sup><\/strong><\/sup><\/em><\/a>. L\u2019analyse de Philippe Grandcolas permet de comprendre comment cette d\u00e9finition reprend finalement celle du vivant, en y ajoutant n\u00e9anmoins trois aspects aux implications tant scientifiques que strat\u00e9giques. Le premier est de l\u2019ordre du comparatif&nbsp;: on ne se focalise plus uniquement sur ce qui est commun \u00e0 toutes les esp\u00e8ces, mais l\u2019on va prendre en compte \u00e9galement ce qui les diff\u00e9rencie. Le second est multi-\u00e9chelle&nbsp;: la d\u00e9finition prend d\u00e9sormais en compte des \u00e9cosyst\u00e8mes, consid\u00e9r\u00e9s auparavant comme un niveau d\u2019organisation se situant au-dessus du vivant. Le troisi\u00e8me aspect enfin soul\u00e8ve des probl\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 la valeur sociale que rev\u00eat la biodiversit\u00e9 pour l\u2019Homme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Philippe Grandcolas&nbsp;met&nbsp;\u00e9galement en exergue les carences de cette d\u00e9finition, qui sont li\u00e9es notamment au contexte politique de son \u00e9laboration et \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019\u00c9tats cr\u00e9ationnistes au sein de la Convention. Cette description a d\u00fb faire consensus, et mettre ainsi en accord tout \u00e0 la fois les connaissances scientifiques acquises et partag\u00e9es, mais aussi et surtout un certain nombre de donn\u00e9es culturelles et religieuses. De ce fait, cette d\u00e9finition n\u2019aborde pas les m\u00e9canismes r\u00e9gissant l\u2019origine et le maintien de cette diversit\u00e9 biologique. C\u2019est ce que Philippe Grandcolas appelle une d\u00e9finition-<em>pattern,<\/em>&nbsp;faisant simplement l\u2019\u00e9tat des faits \u00e0 un moment sp\u00e9cifique, et non une d\u00e9finition-processus, qui aurait mis en avant la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution biologique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le primat du climat dans les discours sur les catastrophes environnementales<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;En plus des effets de cette d\u00e9finition biais\u00e9e de la biodiversit\u00e9, Philippe Grandcolas pointe une autre distorsion majeure dans les repr\u00e9sentations li\u00e9es aux catastrophes environnementales en cours&nbsp;:&nbsp;&nbsp;malgr\u00e9 la cr\u00e9ation de la Convention sur la diversit\u00e9 biologique, qui s\u2019inscrit dans les trait\u00e9s internationaux aux c\u00f4t\u00e9s de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques,&nbsp;la crise de la biodiversit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne, une cons\u00e9quence mineure de la crise du changement climatique, et non comme un probl\u00e8me majeur en soi.&nbsp;Si les modifications du climat nous interpellent, parce que nous le vivons chaque jour \u00e0 travers la m\u00e9t\u00e9o et les al\u00e9as climatiques, la biodiversit\u00e9 a un effet plus immat\u00e9riel, plus diffus, et demande donc une r\u00e9flexion plus approfondie pour se rendre compte de son importance. Par ailleurs, le climat et la biodiversit\u00e9 sont \u00e9troitement li\u00e9s, cette derni\u00e8re est autant tributaire du climat qu\u2019actrice de celui-ci. Deux exemples permettent \u00e0 Philippe Grandcolas d\u2019illustrer ce lien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le premier est la&nbsp;\u00ab&nbsp;pompe \u00e0 carbone oc\u00e9anique&nbsp;\u00bb, qui concerne le cycle de s\u00e9questration du carbone&nbsp;: \u00e0 travers l\u2019\u00e9nergie solaire, le gaz carbonique dissous dans l\u2019eau est capt\u00e9 par les organismes planctoniques par photosynth\u00e8se, et \u00e0 leur mort, ils tombent au fond de l\u2019oc\u00e9an, constituant des s\u00e9diments marins relativement stables et pi\u00e9geant ainsi le carbone. Une grande partie de cette \u00ab&nbsp;pompe \u00e0 carbone oc\u00e9anique&nbsp;\u00bb est donc biologique et est assur\u00e9e par le plancton. Si celui-ci vient en partie \u00e0 mourir dans les 30 ou 40 prochaines ann\u00e9es, une partie du cycle de s\u00e9questration du carbone ne serait plus assur\u00e9e et augmenterait le taux de gaz carbonique atmosph\u00e9rique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le second exemple mobilis\u00e9 par Philippe Grandcolas s\u2019appuie sur les pratiques agricoles sur br\u00fblis des Am\u00e9rindiens d\u2019Am\u00e9rique de Sud au XIVe si\u00e8cle, avant l\u2019arriv\u00e9e des colons. Malgr\u00e9 la faible densit\u00e9 de population, ces pratiques agricoles avaient un impact environnemental non n\u00e9gligeable. De ce fait, lors de la colonisation et du d\u00e9clin important de ces populations en l\u2019espace de quelques d\u00e9cennies, les cultures sur br\u00fblis ont \u00e9galement grandement diminu\u00e9. Cette r\u00e9duction d\u2019impact sur le milieu naturel, permettant \u00e0 ces zones foresti\u00e8res de s\u00e9questrer \u00e0 nouveau plus de carbone, a entrain\u00e9 un petit \u00e2ge glaciaire en Europe. L\u2019impact de ces populations am\u00e9rindiennes, pourtant tr\u00e8s mesur\u00e9 par rapport \u00e0 notre impact actuel, a eu un effet consid\u00e9rable, et il illustre cette interaction forte entre climat et biodiversit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Des connaissances tr\u00e8s partielles<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L\u2019intervention de&nbsp;Philippe Grandcolas permet \u00e9galement de prendre conscience des limites des connaissances actuelles du vivant&nbsp;:&nbsp;on estime&nbsp;\u00e0 10 millions le nombre d\u2019esp\u00e8ces peuplant la Terre, et seules 2 millions sont aujourd\u2019hui d\u00e9crites par la science. Par ailleurs, les donn\u00e9es scientifiques portant sur ces derni\u00e8res sont tr\u00e8s in\u00e9galement r\u00e9parties&nbsp;: la grande majorit\u00e9 d\u2019entre elles ne disposent que de quelques dizaines d\u2019observations ou de quelques articles scientifiques tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9s. Ce biais taxonomique fait donc que certaines esp\u00e8ces sont tr\u00e8s bien connues des scientifiques alors que d\u2019autres ne le sont pas du tout. On estime ainsi que 99% des esp\u00e8ces vivantes sont encore inconnues, peu \u00e9tudi\u00e9es ou ignor\u00e9es.&nbsp;Pour comprendre les origines de ce d\u00e9ficit de connaissances, tant de la part du grand public, des gouvernements que des chercheurs, Philippe Grandcolas soul\u00e8ve plusieurs biais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier rel\u00e8ve tr\u00e8s simplement d\u2019un effet m\u00e9diatique&nbsp;: la sur-m\u00e9diatisation de certaines esp\u00e8ces embl\u00e9matiques &#8211; les grands f\u00e9lins, les girafes, les \u00e9l\u00e9phants, les gorilles, les pandas, les abeilles, etc., &nbsp;&#8211; \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, dans les zoos, les dessins anim\u00e9s, la litt\u00e9rature grand public, nous fait penser que ces esp\u00e8ces sont tr\u00e8s bien connues, se portent bien et b\u00e9n\u00e9ficient de programmes de sauvegarde efficaces. Dans les faits, nos repr\u00e9sentations virtuelles n\u2019ont que peu d\u2019ancrage dans la r\u00e9alit\u00e9 et toutes ces esp\u00e8ces sont en voie d\u2019extinction, sans exception. Nous avons \u00e9galement une vision tr\u00e8s partielle et subjective, du vivant, une vision port\u00e9e notamment par l\u2019imaginaire collectif et les m\u00e9dias, opposant \u00ab&nbsp;le beau et l\u2019utile&nbsp;\u00bb qu\u2019il faudrait d\u00e9fendre, au \u00ab&nbsp;moche et dangereux&nbsp;\u00bb dont la perte ne nous affecterait nullement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9galement difficile de rendre compte de la grande diversit\u00e9 des esp\u00e8ces actuellement connues. Par exemple, en France m\u00e9tropolitaine, il y a 40 000 esp\u00e8ces d\u2019insectes, dont pas moins de 900 esp\u00e8ces d\u2019abeilles r\u00e9pertori\u00e9es, qui ne peuvent toutes \u00eatres dans les publications et les catalogues destin\u00e9s au grand public. Le corpus de connaissances est donc partiel et le plus souvent accessible uniquement au sein d\u2019une litt\u00e9rature scientifique plus complexe ou via d\u2019autres sources sp\u00e9cialis\u00e9es comme le GBIF, le Syst\u00e8me Mondial d\u2019Information sur la Biodiversit\u00e9<a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. Ce dernier est un consortium international, fond\u00e9 \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019OCDE<a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>, dont l\u2019objectif est de mettre en commun et de diffuser au plus grand nombre les recherches sur la biodiversit\u00e9. Il offre une base de donn\u00e9es de plus de 1,4 milliard de donn\u00e9es, mise \u00e0 disposition du grand public, des chercheurs et des d\u00e9cideurs politiques. Cette science ouverte, qui rel\u00e8ve d\u2019une exigence \u00e9thique, est li\u00e9e notamment \u00e0 la Convention sur la diversit\u00e9 biologique.&nbsp;Gr\u00e2ce&nbsp;\u00e0 une \u00e9tude<a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>&nbsp;men\u00e9e au sein de son laboratoire, Philippe Grandcolas est en mesure de mettre en \u00e9vidence que l\u2019ensemble des donn\u00e9es collect\u00e9es sur ce portail r\u00e9v\u00e8le tr\u00e8s concr\u00e8tement une grande disparit\u00e9 des recherches au regard des diff\u00e9rentes esp\u00e8ces d\u00e9couvertes. Par exemple, les \u00ab&nbsp;oiseaux&nbsp;\u00bb b\u00e9n\u00e9ficient manifestement d\u2019un \u00ab&nbsp;exc\u00e8s&nbsp;\u00bb de connaissances avec 560 millions d\u2019occurrences pour 10 400 esp\u00e8ces d\u00e9couvertes, tandis que les \u00ab&nbsp;tardigrades&nbsp;\u00bb &#8211; des organismes microscopiques qu\u2019on appelle aussi \u00ab&nbsp;oursons d\u2019eau&nbsp;\u00bb &#8211; souffrent d\u2019un \u00ab&nbsp;d\u00e9ficit&nbsp;\u00bb de connaissances avec 3 300 occurrences pour 1 200 esp\u00e8ces connues. D\u2019apr\u00e8s les auteurs de cette \u00e9tude, le d\u00e9terminant principal de ce biais taxonomique serait avant tout la valeur soci\u00e9tale des organismes, plus que tout autre facteur d\u2019influence&nbsp;: \u00e9tudier certaines esp\u00e8ces plus que d\u2019autres pour un chercheur serait plus r\u00e9tribuant et conforterait sa position sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le troisi\u00e8me biais concerne des biais d\u2019\u00e9chantillonnage g\u00e9ographiques. Ceux-ci sont consid\u00e9rables en fonction des pays et des localit\u00e9s. L\u2019Am\u00e9rique du Nord, l\u2019Europe, l\u2019Australie et l\u2019Afrique du Sud sont beaucoup mieux connus et \u00e9chantillonn\u00e9s que le reste du monde. De plus, nos connaissances d\u00e9pendent fortement de l\u2019accessibilit\u00e9 aux sites. Par exemple, la biodiversit\u00e9 en Amazonie est principalement connue en bordure de fleuves car la for\u00eat est peu praticable. Aux \u00c9tats-Unis, la faune et la flore sont beaucoup plus \u00e9tudi\u00e9es dans les territoires proches des campus universitaires que dans les territoires inhabit\u00e9s ou inaccessibles. Ce biais g\u00e9ographique est appel\u00e9 \u00ab&nbsp;l\u2019effet collecteur&nbsp;\u00bb. Il n\u2019est pas r\u00e9dhibitoire mais il faut \u00e9videmment en prendre conscience pour comprendre les m\u00e9canismes \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les recherches sur la biodiversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le quatri\u00e8me biais soulev\u00e9 est temporel. Au cours du XXe si\u00e8cle, les d\u00e9couvertes ont largement progress\u00e9. Certains territoires auparavant inexplor\u00e9s ou non \u00e9chantillonn\u00e9s l\u2019ont \u00e9t\u00e9 au cours de ce si\u00e8cle. Cette progression a \u00e9t\u00e9 rendue possible notamment gr\u00e2ce au progr\u00e8s des moyens de transport devenus beaucoup plus efficaces. Cependant, l\u2019accessibilit\u00e9 \u00e0 ces territoires pour les \u00e9tudier implique \u00e9galement un acc\u00e8s pour les d\u00e9truire. Par cons\u00e9quent, les observations faites sur ceux-ci correspondent \u00e0 une situation d\u00e9j\u00e0 modifi\u00e9e par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9poque ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019Anthropoc\u00e8ne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Et enfin, le dernier biais soulev\u00e9 par Philipe Grandcolas concerne l\u2019actualisation des connaissances dans le temps sur le portail GBIF. Au cours du temps, les hypoth\u00e8ses formul\u00e9es, les donn\u00e9es r\u00e9colt\u00e9es, les d\u00e9nominations et classifications d\u2019esp\u00e8ces \u00e9voluent mais les corrections ne sont pas toujours apport\u00e9es sur la base de donn\u00e9es. Ainsi le portail contient parfois des erreurs flagrantes et des \u00e9tudes anciennes qui ne se confirment plus aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les valeurs&nbsp;de la biodiversit\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cet \u00e9tat de la recherche permet de saisir les difficult\u00e9s \u00e0 construire des actions concr\u00e8tes inform\u00e9es. Il n\u2019est pas le seul en cause. En effet, si le processus d\u2019\u00e9chantillonnage et d\u2019inventaire nous permet malgr\u00e9 tout d\u2019accro\u00eetre nos connaissances sur la biodiversit\u00e9, celui-ci ne renseigne pas sur la place que les humains ont en son sein et sur les relations qu\u2019ils construisent avec elle. Philippe Grandcolas aborde ces questions en mettant en exergue trois types de valeurs accord\u00e9es aujourd\u2019hui par nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales \u00e0 la biodiversit\u00e9. Il tient \u00e0 pr\u00e9ciser en pr\u00e9ambule que cette d\u00e9marche est \u00e0 la fois contestable et anthropocentr\u00e9e, mais qu\u2019elle permet n\u00e9anmoins de comprendre certains m\u00e9canismes biologiques et de co-\u00e9volutions entre les humains et les non-humains.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La premi\u00e8re est une valeur dite \u00ab&nbsp;de service&nbsp;\u00bb, int\u00e9grant notamment les services \u00e9cosyst\u00e9miques. Ces services procur\u00e9s par la biodiversit\u00e9 sont colossaux et souvent relativement discrets. Ils concernent la pollinisation des cultures, la d\u00e9composition de la mati\u00e8re organique (v\u00e9g\u00e9tale et animale), l\u2019\u00e9puration des eaux, la qualit\u00e9 de l\u2019air, la stabilisation des sols, le maintien des \u00e9quilibres biologiques, la pr\u00e9dation naturelle des parasites affectant les cultures, etc. Ce sont des services que nous arrivons assez facilement \u00e0 \u00e9valuer et \u00e0 quantifier. La quasi-totalit\u00e9 de ces services nous sont absolument essentiels et entraineraient de graves probl\u00e8mes s\u2019ils venaient \u00e0 \u00eatre d\u00e9faillants. La seconde valeur est une valeur d\u2019\u00ab&nbsp;option&nbsp;\u00bb et concerne les services \u00ab&nbsp;potentiels&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;futurs&nbsp;\u00bb que la biodiversit\u00e9 pourrait nous procurer. Ainsi cette valeur, port\u00e9e par des discussions th\u00e9oriques tr\u00e8s int\u00e9ressantes, incite \u00e0 conserver plus que ce qui semble imm\u00e9diatement utile et \u00e0 maintenir les ressources dans le temps, notamment pour les g\u00e9n\u00e9rations futures.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, la derni\u00e8re valeur est une valeur \u00ab&nbsp;intrins\u00e8que&nbsp;\u00bb, qu\u2019il est tr\u00e8s difficile de mesurer et d\u2019\u00e9valuer. Celle-ci n\u2019est d\u2019abord pas le n\u00e9gatif des deux valeurs pr\u00e9c\u00e9dentes, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle ne regroupe pas la biodiversit\u00e9 qui nous semble inutile aujourd\u2019hui ou dans le futur. Elle ne porte donc pas de signification \u00ab&nbsp;utilitariste&nbsp;\u00bb. Appel\u00e9e \u00ab&nbsp;valeur d\u2019existence&nbsp;\u00bb, elle met en jeu des questions morales, \u00e9thiques, d\u00e9ontologiques et culturelles.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans les d\u00e9bats contemporains sur ces enjeux,&nbsp;l\u2019interrogation des valeurs port\u00e9es par la biodiversit\u00e9 m\u00e8ne le plus souvent \u00e0 une \u00e9valuation \u00e9conomique de ces services. Pour Philippe Grandcolas, cette d\u00e9marche est int\u00e9ressante car elle permet de donner des outils d\u2019aide \u00e0 la d\u00e9cision au monde \u00e9conomique et aux gouvernements sur des projets d\u2019urbanisme, d\u2019installations industrielles, de sauvegarde et de pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9, etc. N\u00e9anmoins, ces d\u00e9marches de mon\u00e9tarisation, difficilement applicables \u00e0 la biodiversit\u00e9 abord\u00e9e sous l\u2019angle d\u2019une valeur optionnelle, \u00e9thique ou intrins\u00e8que, apparaissent parfois \u00e9minemment probl\u00e9matiques et doivent continuer \u00e0 faire l\u2019objet de r\u00e9flexions.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Par ailleurs, Philippe Grandcolas rappelle que la biodiversit\u00e9 ne rend pas uniquement des services mat\u00e9riels mais \u00e9galement immat\u00e9riels. Elle peut \u00eatre une source d\u2019inspiration en transf\u00e9rant une fonction naturelle \u00e0 des usages humains&nbsp;: c\u2019est ce que l\u2019on appelle la bio-inspiration ou le biomim\u00e9tisme. Ces recherches vont le plus souvent de pair avec une \u00e9thique de l\u2019utilisation de la biodiversit\u00e9 et ne doivent en aucun cas aggraver la crise en cours. Philippe Grandcolas rappelle ainsi quelques exemples embl\u00e9matiques concernant notamment la physique des mat\u00e9riaux (propri\u00e9t\u00e9s hydrophobes, autonettoyantes, l\u2019effet perlant, les scratchs, etc.), l\u2019architecture (inspiration des termiti\u00e8res pour la ventilation naturelle, l\u2019\u00e9coulement des eaux, etc.) et la sant\u00e9 (propri\u00e9t\u00e9s chimiques et anti-cancer de certaines plantes, etc.).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Comment mesurer et repr\u00e9senter la biodiversit\u00e9 ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les outils de mesure&nbsp;jouent \u00e9galement un r\u00f4le crucial dans la capacit\u00e9 \u00e0 prendre soin ou non de la biodiversit\u00e9. Philippe Grandcolas fait le point sur ceux qui sont n\u00e9cessaires pour comprendre la diversit\u00e9 biologique, en rendre compte et mettre en exergue ses dynamiques. Les plus communs concernent le nombre d\u2019esp\u00e8ces au niveau intersp\u00e9cifique, la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique au niveau intrasp\u00e9cifique et la diversit\u00e9 fonctionnelle au niveau des \u00e9cosyst\u00e8mes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Relever le nombre d\u2019esp\u00e8ces au niveau intersp\u00e9cifique semble a priori le plus simple, car lorsque nous parlons d\u2019esp\u00e8ces, nous avons l\u2019impression d\u2019avoir affaire \u00e0 des cat\u00e9gories relativement stables et \u00e9tanches, mais Philippe Grandcolas rappelle que la question n\u2019est pas si \u00e9vidente. En effet, l\u2019esp\u00e8ce est un diagnostic, une hypoth\u00e8se descriptive, appos\u00e9e sur des individus que l\u2019on trouve dans le milieu naturel. Lorsqu\u2019ils partagent un grand nombre de caract\u00e8res communs et qu\u2019ils ont tendance \u00e0 se reproduire entre eux, on dit qu\u2019ils sont de la m\u00eame esp\u00e8ce. En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est un raccourci de langage, un formalisme scientifique, permettant l\u2019\u00e9change et l\u2019exp\u00e9rimentation&nbsp;: les esp\u00e8ces ne sont pas si \u00e9tanches et la plupart sont capables de s\u2019hybrider. Ainsi mesurer le nombre d\u2019esp\u00e8ce est insuffisant, il faut \u00e9galement mesurer et \u00e9valuer la diversit\u00e9 au sein de celles-ci.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique fait appel \u00e0 des mesures classiques qui sont li\u00e9es \u00e0 des m\u00e9thodes math\u00e9matiques d\u2019\u00e9valuation de s\u00e9lection et de taux de mutations, n\u00e9cessaires pour appr\u00e9hender les dynamiques d\u2019\u00e9volution tr\u00e8s fortes au sein du vivant, et qui ne sont pas forc\u00e9ment appr\u00e9hendables \u00e0 notre \u00e9chelle de perception. Par ailleurs, s\u2019exprimer en termes de lois g\u00e9n\u00e9rales pour une esp\u00e8ce ne rend pas compte de la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique au sein de celle-ci, r\u00e9gie par de nombreuses lois particuli\u00e8res. C\u2019est le cas par exemple des succulentes (les euphorbes) qui pr\u00e9sentent une grande diversit\u00e9 de formes dont chacune peut avoir une origine \u00e9volutive et une valeur adaptative diff\u00e9rentes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, la diversit\u00e9 fonctionnelle fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un certain nombre de fonctions qui sont utiles \u00e0 l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me. Plusieurs difficult\u00e9s apparaissent avec cette approche. D\u2019une part, lorsque l\u2019on fait des \u00e9valuations dans des milieux particuliers, la difficult\u00e9 est d\u2019arriver&nbsp;\u00e0 avoir une vision globale de l\u2019ensemble de ces mesures. Ainsi, un milieu tr\u00e8s riche en nombre d\u2019esp\u00e8ces ne garantit pas n\u00e9cessairement que ces esp\u00e8ces assument toutes les fonctions que nous serions dans l\u2019espoir de les voir assumer pour que cet \u00e9cosyst\u00e8me continue \u00e0 perdurer. D\u2019autre part, la mani\u00e8re dont ces mesures sont exprim\u00e9es peut construire une vision erron\u00e9e de la situation. Par exemple, lorsque l\u2019on dit qu\u2019une politique publique est favorable aux \u00ab&nbsp;oiseaux marins&nbsp;\u00bb, cette cat\u00e9gorisation comprend en r\u00e9alit\u00e9 une diversit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nale d\u2019esp\u00e8ces. Il peut y avoir des diff\u00e9rences importantes de comportement entre une mouette, un go\u00e9land, une sterne, un cormoran, etc., et le fait d\u2019employer cette cat\u00e9gorie peut amener \u00e0 des incompr\u00e9hensions majeures.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pour finir, Philippe Grandcolas conclu sur la notion de diversit\u00e9 phylog\u00e9n\u00e9tique, qui r\u00e9capitule la diversit\u00e9 sp\u00e9cifique, g\u00e9n\u00e9tique et fonctionnelle au travers de la phylog\u00e9nie<a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. Depuis les ann\u00e9es 70, des algorithmes permettent en effet de calculer et de repr\u00e9senter les relations de parent\u00e9s entre des individus,&nbsp;<em>a fortiori<\/em>&nbsp;au sein d\u2019une m\u00eame esp\u00e8ce. Ces arbres phylog\u00e9n\u00e9tiques se basent sur des marqueurs ADN, un certain nombre de marqueurs anatomiques, etc., et r\u00e9capitulent ces diversit\u00e9s g\u00e9n\u00e9tiques, sp\u00e9cifiques et fonctionnelles. Ils aident ainsi \u00e0 construire \u00e0 la fois une vision globale et tr\u00e8s fine de la situation. La caract\u00e9ristique de cette vision pour Philippe Grandcolas est qu\u2019elle n\u2019est pas port\u00e9e par des r\u00e9flexions affectives mais par une m\u00e9trique d\u00e9montrable math\u00e9matiquement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pour autant, la mani\u00e8re de repr\u00e9senter ces liens de parent\u00e9 peut ensuite prendre de nombreuses formes et elle a longtemps \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e d\u2019interpr\u00e9tations gradistes. Celles-ci se retrouvent dans \u00ab&nbsp;l\u2019arbre de la famille de l\u2019Homme&nbsp;\u00bb de Ernst Haeckel<a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;: les organismes les plus simples et anciens sont \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9s en bas de l\u2019arbre, tandis que les organismes dits \u00ab&nbsp;plus \u00e9volu\u00e9s&nbsp;\u00bb tels que l\u2019Homme se trouvent au sommet. Le propos de Philippe Grandcolas permet de comprendre \u00e0 quel point ces dessins explicitent avant tout une repr\u00e9sentation anthropocentr\u00e9e du vivant, sous-tendue par un syst\u00e8me de valeurs arbitraire&nbsp;: en r\u00e9alit\u00e9, le vivant ne se soucie pas des qualit\u00e9s humaines et \u00e9volue pour son propre compte sous l\u2019effet de la s\u00e9lection naturelle. D\u2019autres formes de repr\u00e9sentations sont utilis\u00e9es aujourd\u2019hui pour tenter d\u2019\u00e9viter ces biais, des repr\u00e9sentations notamment circulaires, montrant la succession des \u00e9mergences des groupes d\u2019organismes, et leurs liens de parent\u00e9, au cours du temps de l\u2019\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Par ailleurs,&nbsp;Philippe Grandcolas&nbsp;pr\u00e9cise que ces arbres de parent\u00e9s, lorsqu\u2019ils sont r\u00e9alis\u00e9s de mani\u00e8re assez vaste sur un groupe d\u2019organismes, nous aident \u00e0 pr\u00e9voir statistiquement et math\u00e9matiquement les options futures de ceux-ci et \u00e0 comprendre surtout que nous avons int\u00e9r\u00eat \u00e0 conserver un petit peu de tout dans chaque branche du vivant. Car en effet, nous pouvons rapidement mettre de c\u00f4t\u00e9 une partie de la diversit\u00e9 fonctionnelle et de la valeur d\u2019option de ces organismes qui ont acquis au cours de l\u2019\u00e9volution des traits, des caract\u00e8res ph\u00e9notypiques qui vont leur permettre d\u2019assurer des fonctions maintenant et dans le futur. Ces outils de mesures et de repr\u00e9sentations permettent de porter un dialogue au sein de la soci\u00e9t\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 de conserver des organismes tr\u00e8s humbles qui seraient sans cela probablement ignor\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Comment rendre compte des 80% d\u2019esp\u00e8ces encore non identifi\u00e9es ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;A ce stade de l\u2019intervention de Philippe Grandcolas, il apparait donc que&nbsp;nos connaissances sur la biodiversit\u00e9 sont non seulement extr\u00eamement partielles d\u2019un point de vue quantitatif, mais qu\u2019elles sont&nbsp;\u00e9galement biais\u00e9es dans leurs interpr\u00e9tations. Elles restent cependant int\u00e9ressantes et significatives dans les communications grand public et les rapports \u00e0 l\u2019intention des d\u00e9cideurs politiques. Ainsi, au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2019, l\u2019IPBES<a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>&nbsp;a rendu ses conclusions \u00e0 Paris sur l\u2019\u00e9valuation mondiale de la biodiversit\u00e9 et des services \u00e9cosyst\u00e9miques<a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>, annon\u00e7ant qu\u2019un million d\u2019esp\u00e8ces sur les 10 millions pr\u00e9sum\u00e9es existantes dans le monde allait dispara\u00eetre d\u2019ici 2040. D\u2019apr\u00e8s Philippe Grandcolas, cette communication a r\u00e9ussi \u00e0 montrer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il y avait v\u00e9ritablement un enjeu consid\u00e9rable dans la crise de la biodiversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Malgr\u00e9 ce d\u00e9ficit de connaissances, il est primordial pour l\u2019\u00e9cologue et syst\u00e9maticien de rappeler que dans tout travail scientifique, il y a un \u00e9chantillonnage, un progr\u00e8s des connaissances et des influences statistiques qui nous permettent de relativiser l\u2019\u00e9tat de celles-ci. Ainsi, la m\u00e9tag\u00e9nomique, ou g\u00e9nomique environnementale, permet de d\u00e9voiler, en&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;combinant les avanc\u00e9es du s\u00e9quen\u00e7age \u00e0 haut d\u00e9bit et du big data l\u2019incroyable biodiversit\u00e9 des \u00e9cosyst\u00e8mes microbiens [r\u00e9sidant] dans les fonds marins, sous terre ou dans nos intestins \u2026&nbsp;\u00bb<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a><em>.<\/em>&nbsp;Philippe Grandcolas donne l\u2019exemple de la campagne Tara<a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>&nbsp;qui a ainsi r\u00e9colt\u00e9 des \u00e9chantillons d\u2019eau dans tous les oc\u00e9ans et mers du globe et en a extrait les mol\u00e9cules d\u2019ADN \u00ab&nbsp;en vrac&nbsp;\u00bb gr\u00e2ce \u00e0 des solvants puis s\u00e9quenc\u00e9 ces diff\u00e9rents brins d\u2019ADN afin de donner une image de la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique du plancton pr\u00e9sent dans ces \u00e9cosyst\u00e8mes. Cette \u00e9quipe de scientifique a ainsi mis au jour environ 110 000 unit\u00e9s correspondantes \u00e0 des esp\u00e8ces parmi lesquelles 80 000 n\u2019\u00e9taient pas identifiables par rapport aux connaissances ant\u00e9rieures. Dans les mers et oc\u00e9ans, il y a des organismes omnipr\u00e9sents et jouant un r\u00f4le consid\u00e9rable en termes de s\u00e9questration du carbone que nous ne connaissons par rien d\u2019autre qu\u2019un brin d\u2019ADN. De plus, la communaut\u00e9 scientifique continue de d\u00e9couvrir de nouvelles esp\u00e8ces et \u00e0 les publier, \u00e0 un rythme qui ne faiblit pas dans le temps. Par exemple, deux nouveaux ordres d\u2019insectes (<em>Mantophasmatodea<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>Permopsocida<\/em>) ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s r\u00e9cemment ainsi qu\u2019une nouvelle esp\u00e8ce de taupe en France et en Espagne du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans le contexte de la crise environnementale, o\u00f9 les d\u00e9couvertes vont toujours moins vite que les disparitions d\u2019esp\u00e8ces, il est n\u00e9cessaire de prendre en compte dans les d\u00e9cisions et \u00e9valuations publiques cette biodiversit\u00e9 tr\u00e8s peu connue ou inconnue, afin de rendre compte de l\u2019ampleur de celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une biodiversit\u00e9 dynamique en constante \u00e9volution et extinction<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La biodiversit\u00e9 n\u2019a rien de statique, elle est en constante \u00e9volution. Sa dynamique est difficilement perceptible, nous la vivons pourtant tous les jours&nbsp;: un enfant par exemple est le composite des g\u00e9nomes de ses deux parents. D\u2019apr\u00e8s Philippe Grandcolas, si au plan philosophique, la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution nous permet de comprendre que nous sommes reli\u00e9s au vivant et construit fondamentalement une appr\u00e9hension diff\u00e9rente du monde, nous avons pourtant aujourd\u2019hui encore du mal \u00e0 nous positionner au sein du vivant et \u00e0 admettre que nous faisons partie de cet ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;De fait, la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution montre que la vie a une origine unique, comme en t\u00e9moignent les caract\u00e8res partag\u00e9s par tous les organismes vivants et les connaissances des processus biologiques et g\u00e9n\u00e9tiques. Elle peut \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e par un \u00ab&nbsp;arbre du vivant&nbsp;\u00bb, une reconstruction du r\u00e9sultat de l\u2019\u00e9volution sur pr\u00e8s de 3 milliards d\u2019ann\u00e9es. Pour faire comprendre ses dynamiques, Philippe Grandcolas doit rappeler les trois fondements de la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution&nbsp;: la phylog\u00e9nie, les processus g\u00e9n\u00e9tiques et d\u00e9veloppementaux et enfin la s\u00e9lection et l\u2019adaptation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La phylog\u00e9nie est traduite par la construction d\u2019arbres phylog\u00e9n\u00e9tiques, qui montre les hi\u00e9rarchies emboit\u00e9es de parent\u00e9s et les \u00e9l\u00e9ments de sp\u00e9ciations successives. Les processus g\u00e9n\u00e9tiques et d\u00e9veloppementaux correspondent aux m\u00e9canismes probabilistes et statistiques de l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9. Pour finir les ph\u00e9nom\u00e8nes de s\u00e9lection et d\u2019adaptation ont \u00e9t\u00e9 math\u00e9matis\u00e9s par Ronald Aylmer Fisher<a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>&nbsp;dont la th\u00e9orie demeure toujours aujourd\u2019hui&nbsp;: celle-ci sert notamment pour la s\u00e9lection des races bovines et des vari\u00e9t\u00e9s de bl\u00e9s. Le fait d\u2019entrer en contact avec d\u2019autres esp\u00e8ces, de les domestiquer ou simplement de les c\u00f4toyer, entraine des \u00e9volutions parfois souhait\u00e9es et quelques fois inattendues. Philippe Grandcolas prend ainsi l\u2019exemple de la s\u00e9lection et de la \u00ab&nbsp;domestication&nbsp;\u00bb des&nbsp;<em>aspergillus<\/em>&nbsp;de diff\u00e9rents fromages ou encore de l\u2019\u00e9volution du bec des m\u00e9sanges sur quelques ann\u00e9es en fonction de la forme des mangeoires, mais \u00e9galement des \u00e9volutions tr\u00e8s dangereuses, comme les r\u00e9sistances aux antibiotiques et aux pesticides, relevant de la sant\u00e9 publique.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La biodiversit\u00e9 oscille toujours entre deux tendances, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la sp\u00e9ciation et la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique, et de l\u2019autre l\u2019extinction. Il y a eu de tout temps des crises d\u2019extinction&nbsp;: six principales ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es, comprenant celle en cours, mais il y en a eu des centaines d\u2019autres moins d\u00e9vastatrices. Des fluctuations ont exist\u00e9 au cours du temps et les crises pr\u00e9c\u00e9dentes ne sont pas toutes dues \u00e0 des \u00e9v\u00e8nements ext\u00e9rieurs comme ce fut le cas pour la chute d\u2019une m\u00e9t\u00e9orite g\u00e9ante au Cr\u00e9tac\u00e9-Tertiaire. La d\u00e9rive des continents et l\u2019\u00e9volution global du climat ont \u00e9galement entrain\u00e9 sur plusieurs millions d\u2019ann\u00e9es des bouleversements environnementaux importants. La biodiversit\u00e9 r\u00e9sultante de ceux-ci n\u2019est pas \u00e9galement r\u00e9partie, c\u2019est ce que l\u2019on appelle les gradients de biodiversit\u00e9. Ainsi, le nombre d\u2019esp\u00e8ces est plus important pr\u00e8s de l\u2019\u00c9quateur et diminue lorsque l\u2019on s\u2019en \u00e9loigne. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes sont dus \u00e0 des aspects g\u00e9ographiques de surfaces \u00e9merg\u00e9es, des aspects de sant\u00e9, de rentr\u00e9e d\u2019\u00e9nergie solaires etc., et le plus souvent sont multi-factoriels.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La plus grave crise d\u2019extinction s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e au Permien, 90% du vivant a disparu sur une p\u00e9riode de temps relativement rapide. Celle du Cr\u00e9tac\u00e9-Tertiaire s\u2019est \u00e9tendue sur plusieurs centaines de milliers voire quelques millions d\u2019ann\u00e9es. Le probl\u00e8me majeur de la crise actuelle est que les taux d\u2019extinction sont similaires \u00e0 ceux du Cr\u00e9tac\u00e9-Tertiaire mais qu\u2019elle se d\u00e9roule \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de quelques d\u00e9cennies. Philippe Grandcolas insiste sur le fait que cette temporalit\u00e9 ne nous laisse que tr\u00e8s peu de temps pour r\u00e9agir et que&nbsp;d\u2019ici quelques dizaines d\u2019ann\u00e9es, le monde que nous connaissons aujourd\u2019hui aura radicalement chang\u00e9. Ainsi, un cinqui\u00e8me des esp\u00e8ces de vert\u00e9br\u00e9s sont en fort danger d\u2019extinction et jusqu\u2019aux trois quarts \u00e0 moyen terme, 32% des amphibiens, 31% des requins et des raies, 25% des mammif\u00e8res et 13% des oiseaux sont actuellement en risques s\u00e9rieux d\u2019extinction. Ces projections sont le r\u00e9sultat de plusieurs \u00e9valuations statistiques convergentes sur l\u2019\u00e9tat des populations \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. Elles r\u00e9v\u00e8lent l\u2019ampleur de l\u2019extinction en cours et montrent que nous aurons beaucoup de mal \u00e0 l\u2019enrayer. La France n\u2019est pas \u00e9pargn\u00e9e puisque des arbres, de nombreux oiseaux et insectes sont \u00e9galement en fort d\u00e9clin ou en voie d\u2019extinction. Une \u00e9tude<a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>&nbsp;r\u00e9cente a montr\u00e9 que sur une p\u00e9riode de 27 ans (1990-2017), dans un parc naturel allemand, il y avait eu une chute de pr\u00e8s de 75% de la biomasse d\u2019insectes volants et du nombre d\u2019esp\u00e8ces. Ce tr\u00e8s fort d\u00e9clin est corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la structure du paysage, notamment \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019exploitation agricole, et \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation des for\u00eats. Ces extinctions ne sont pas seulement une perte de diversit\u00e9 et de patrimoine, elles entrainent \u00e9galement une perte de fonctions.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une biodiversit\u00e9 omnipr\u00e9sente et en interaction permanente<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La biodiversit\u00e9 est donc v\u00e9ritablement omnipr\u00e9sente dans nos vies. Nous la retrouvons dans nos corps qui comptent plus de bact\u00e9ries que de cellules, dans les sols o\u00f9 1cm3 concentre pr\u00e8s d\u2019un millier d\u2019esp\u00e8ces bact\u00e9riennes, dans les endroits les plus inhospitaliers comme les puits de p\u00e9trole, les zones d\u00e9sertiques, les zones de tr\u00e8s hautes montagnes, etc. Cette vie sous-tend toujours des fonctions importantes et&nbsp;est en interaction permanente&nbsp;: aucun organisme n\u2019est autonome et ne peut vivre isol\u00e9 des autres. Nous vivons en symbiose avec la plupart des organismes qui peuplent notre corps, et ils nous sont absolument indispensables. Nous acqu\u00e9rons par exemple une partie de notre microbiome d\u00e8s la naissance, les oiseaux diss\u00e9minent les graines, les abeilles pollinisent, les arbres sont mycorhiz\u00e9s, etc. La complexit\u00e9 de ces interactions nous montre que les \u00e9cosyst\u00e8mes ne sont pas des syst\u00e8mes simples. Philippe Grandcolas rappelle ainsi que les r\u00e9seaux alimentaires qui relient les 40 000 esp\u00e8ces d\u2019insectes en France aux esp\u00e8ces de plantes, aux vert\u00e9br\u00e9s etc., sont des r\u00e9seaux avec un nombre de n\u0153uds absolument ph\u00e9nom\u00e9nal. Nous avons par cons\u00e9quent des difficult\u00e9s \u00e0 comprendre et anticiper les effets d\u2019une perturbation, m\u00eame mineure. Pourtant, nous changeons en permanence les conditions environnementales de mani\u00e8re tr\u00e8s importante aujourd\u2019hui, et de fait les n\u0153uds de ces r\u00e9seaux, entrainant des effets inattendus sur les interactions entre les diff\u00e9rents composants des \u00e9cosyst\u00e8mes. Philippe Grandcolas prend ainsi l\u2019exemple de la fertilisation azot\u00e9e des cultures permettant de s\u2019abstenir de mettre en place une rotation des cultures avec une parcelle de tr\u00e8fles. Ces derniers ne permettent pas le d\u00e9veloppement d\u2019une biodiversit\u00e9 extraordinaire mais sont en interaction forte avec les bourdons. Leur suppression dans les champs ces derni\u00e8res d\u00e9cennies a caus\u00e9 une baisse de leur population en Europe. Et il faut prendre en compte que les bourdons ne pollinisent pas uniquement le tr\u00e8fle mais \u00e9galement de nombreuses autres cultures qui peuvent par cons\u00e9quent \u00eatre impact\u00e9es par son d\u00e9clin. Ainsi, il faut prendre conscience que la \u00ab&nbsp;quantit\u00e9&nbsp;\u00bb de biodiversit\u00e9 ne suffit pas&nbsp;: les esp\u00e8ces rares jouent \u00e9galement un r\u00f4le crucial et sont souvent en interaction avec des plantes tr\u00e8s sp\u00e9cifiques, c\u2019est le cas pour certaines abeilles solitaires. La compr\u00e9hension de ces interactions suppose \u00e9videmment de nombreuses connaissances sur les syst\u00e8mes \u00e9cologiques qui se basent sur l\u2019\u00e9tude, le calcul et l\u2019inf\u00e9rence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une approche holistique et \u00e9thique<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La crise environnementale en cours et les risques que nous fait courir la perte de nombreux services&nbsp;\u00e9cosyst\u00e9miques font na\u00eetre une \u00ab&nbsp;tentation m\u00e9canicienne&nbsp;\u00bb bas\u00e9e sur la recherche de substitutions technologiques, une tentation que critique Philippe Grandcolas. Ce solutionnisme \u2013&nbsp;par exemple les \u00ab&nbsp;drones pollinisateurs&nbsp;\u00bb qui viendraient suppos\u00e9ment se substituer aux insectes&nbsp;&#8211; soul\u00e8ve des questions \u00e9thiques et pr\u00e9sente un co\u00fbt carbone tr\u00e8s important, alors que ce service est assur\u00e9 gratuitement et plus efficacement par la biodiversit\u00e9. De plus, les mesures de protection de la biodiversit\u00e9 qu\u2019il serait n\u00e9cessaire de d\u00e9ployer \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale ne peuvent pas se baser sur de grandes g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s mais doivent tenir compte des sp\u00e9cificit\u00e9s territoriales et des circuits complexes \u00e0 conserver.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Philippe Grandcolas rappelle en conclusion que nos habitudes d\u2019exploitation des milieux sont centenaires et n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 remis en question aujourd\u2019hui alors que la population mondiale atteint \u00e0 pr\u00e9sent 8 milliards d\u2019habitants. Nous pensons na\u00efvement que nos savoir-faire et l\u2019\u00e9lan technologique vont nous permettre de construire un futur d\u00e9sirable. Il nous invite \u00e0 abandonner cette amn\u00e9sie environnementale pour poursuivre une r\u00e9flexion \u00e9thique<a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>&nbsp;et construire ce cercle collectif vertueux. Ce mouvement \u00e0 l\u2019\u0153uvre n\u2019est pas uniquement li\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9valuation scientifique et fonctionnelle de la biodiversit\u00e9,&nbsp;c\u2019est aussi une dynamique philosophique et \u00e9thique qu\u2019il faut continuer \u00e0 construire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;Conf\u00e9rence des Nations Unies sur l\u2019environnement et le d\u00e9veloppement<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Convention sur la diversit\u00e9 biologique<\/em>, Nations Unies, 1992, p.3.&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cbd.int\/doc\/legal\/cbd-fr.pdf\">https:\/\/www.cbd.int\/doc\/legal\/cbd-fr.pdf<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Global Biodiversity Information Facility&nbsp;<\/em>(Syst\u00e8me Mondial d\u2019Information sur la Biodiversit\u00e9)<em>&nbsp;<\/em><a href=\"http:\/\/www.gbif.fr\/\">http:\/\/www.gbif.fr<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>&nbsp;Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>&nbsp;Julien Troudet, Philippe&nbsp;Grandcolas,&nbsp;Amandine&nbsp;Blin, R\u00e9gine Vignes-Lebbe, Fr\u00e9d\u00e9ric Legendre, \u00ab&nbsp;Taxonomic bias in biodiversity data and societal preferences&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Nature &#8211;&nbsp;<\/em><em>Scientific<\/em><em>&nbsp;Reports,<\/em>&nbsp;7: 9132, 2017<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>&nbsp;La phylog\u00e9nie est l\u2019&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;\u00e9tude du processus de formation et de d\u00e9veloppement des esp\u00e8ces vivantes au cours des temps.&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/phylog%C3%A9nie\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/phylog\u00e9nie<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;Ernst Haeckel (1834-1919) est un naturaliste allemand \u00e0 l\u2019origine d\u2019une grande partie de la zoologie et de la botanique actuelles. Cette illustration se trouve dans son ouvrage&nbsp;<em>L\u2019origine des esp\u00e8ces<\/em>&nbsp;publi\u00e9 en 1859.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>&nbsp;IPBES,&nbsp;<em>R\u00e9sum\u00e9 \u00e0 l\u2019intention des d\u00e9cideurs du rapport de l\u2019\u00e9valuation mondiale de l\u2019IPBES de la biodiversit\u00e9 et des services \u00e9cosyst\u00e9miques<\/em>, 2019<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>&nbsp;<a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/articles\/la-revolution-metagenomique\">https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/articles\/la-revolution-metagenomique<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>&nbsp;<a href=\"https:\/\/oceans.taraexpeditions.org\/m\/qui-est-tara\/les-expeditions\/tara-oceans\/\">https:\/\/oceans.taraexpeditions.org\/m\/qui-est-tara\/les-expeditions\/tara-oceans\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>&nbsp;Ronald Aylmer Fisher (1890-1962) est un biologique et statisticien britannique.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>&nbsp;Caspar A. Hallmann, Martin Sorg, Eelke Jongejans, Henk Siepel, Nick Hofland, et al., \u00ab&nbsp;More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>PLoS ONE<\/em>&nbsp;12 (10): e0185809, 2017<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7D742384-F3B7-429B-87AD-7F3906C3DE56#_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>&nbsp;Peter Singer,&nbsp;<em>The Expanding Circle : Ethics, Evolution, and Moral Progress<\/em>, Princeton University Press, 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Compte-rendu de l\u2019intervention de Philippe Grandcolas le 19 novembre 2019 Philippe Grandcolas est \u00e9cologue \u2013&nbsp;il identifie, pr\u00e9voit et analyse l&#8217;impact des activit\u00e9s humaines sur l&#8217;environnement -, et syst\u00e9maticien \u2013&nbsp;sp\u00e9cialiste de la classification des \u00eatres vivants. C\u2019est \u00e0 ce double titre qu\u2019il est intervenu dans les rencontres, permettant d\u2019ouvrir la r\u00e9flexion sur la caract\u00e9risation du terme &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/rencontres-interdisciplinaires\/rim-2-humains-non-humains\/la-biodiversite-entre-notre-perception-et-la-realite-philippe-grandcolas\/\"> <span class=\"screen-reader-text\">La biodiversit\u00e9, entre notre perception et la r\u00e9alit\u00e9 \/\/ Philippe Grandcolas<\/span> Read More &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":37,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-global-header-display":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","footnotes":""},"class_list":["post-173","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/173","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=173"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/173\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":176,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/173\/revisions\/176"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/37"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=173"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}