{"id":170,"date":"2022-08-23T11:41:01","date_gmt":"2022-08-23T09:41:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/?page_id=170"},"modified":"2022-08-23T11:41:01","modified_gmt":"2022-08-23T09:41:01","slug":"homme-animal-constructions-agricoles-pierre-janin","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/rencontres-interdisciplinaires\/rim-2-humains-non-humains\/homme-animal-constructions-agricoles-pierre-janin\/","title":{"rendered":"Homme &#8211; Animal \/ Constructions agricoles\u00a0\/\/\u00a0Pierre Janin"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Texte r\u00e9dig\u00e9 sur base de la conf\u00e9rence tenue \u00e0 l\u2019\u00c9cole d\u2019Architecture de Nancy le 18 novembre 2019.\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pierre Janin est architecte et titulaire d\u2019un master 2 architecture et philosophie. Il a fond\u00e9 en 2007 avec son fr\u00e8re R\u00e9mi Janin, ing\u00e9nieur paysagiste, l\u2019agence Fabriques Architectures Paysages bas\u00e9e \u00e0 Vernand sur le lieu de l\u2019exploitation agricole familiale. En 2010, une seconde agence est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Lyon au\u00a0c\u0153ur\u00a0du quartier de la Croix Rousse afin d\u2019associer les probl\u00e9matiques rurales et urbaines.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de ces rencontres et suite \u00e0 nos \u00e9changes avec les \u00e9tudiants de master de l\u2019atelier de projet \u00ab&nbsp;Mutations&nbsp;\u00bb, je souhaite revenir sur le contexte particulier dans lequel s\u2019inscrit la cr\u00e9ation en 2007 \u00e0 Vernand de notre agence Fabriques Architectures Paysages. Tous deux fils d\u2019agriculteurs, notre pass\u00e9 agricole est capital dans notre fa\u00e7on d\u2019exercer notre pratique. Nous avons ainsi choisi de r\u00e9aliser en 2006 notre dipl\u00f4me commun de fin d\u2019\u00e9tudes sur l\u2019exploitation agricole familiale, \u00e0 l\u2019issue duquel nous avons fond\u00e9 l\u2019agence. \u00c0 cette p\u00e9riode, qui n\u2019est pas si lointaine, nous estimions ces questions et probl\u00e9matiques agricoles peu abord\u00e9es et nous ne savions pas exactement dans quoi nous mettions les pieds. Finalement, assez rapidement, nous avons pu acc\u00e9der \u00e0 la commande publique par le jeu de concours qui nous ont permis de traiter cette th\u00e9matique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui nous caract\u00e9rise c\u2019est, \u00e0 la fois, d\u2019essayer de travailler le plus possible entre architectes et paysagistes et de cr\u00e9er des continuit\u00e9s avec les milieux et les situations qui existent, mais \u00e9galement d\u2019engager un rapport, une relation avec l\u2019animal, que ce soit dans les constructions que nous essayons de r\u00e9aliser, mais aussi dans la fabrique des paysages agricoles.&nbsp;C\u2019est pour cette raison que l\u2019intitul\u00e9 de la conf\u00e9rence comprend les termes \u00ab&nbsp;Homme &#8211; Animal&nbsp;\u00bb, mais aussi \u00ab&nbsp;constructions agricoles&nbsp;\u00bb. Le premier enjeu sera d\u2019une part d\u2019essayer de relier ces notions et d\u2019autre part d\u2019arriver \u00e0 percevoir que l\u2019homme est un animal comme un autre. Mais plus encore, de montrer comment on peut aujourd\u2019hui ne pas forc\u00e9ment \u00eatre dans des perspectives de domination. Nous essayons de le faire en tout cas depuis un certain temps. Le second enjeu sera de consid\u00e9rer en quoi les pratiques d\u2019architecte et de paysagiste peuvent porter sur un accompagnement des relations avec les milieux, mais aussi sur des travaux conjoints et communs avec les animaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour cela, je souhaiterais vous pr\u00e9senter non pas l\u2019ensemble du travail de l\u2019agence, mais une s\u00e9lection de b\u00e2timents agricoles que nous avons construits ainsi que quelques \u00e9tudes urbaines et agricoles. Celle-ci sera pr\u00e9sent\u00e9e sous le prisme de la th\u00e9matique de ces Rencontres c\u2019est-\u00e0-dire de la relation entre humains et non-humains. Cette interrogation pose d\u2019ailleurs question en soi et il m\u2019a sembl\u00e9 int\u00e9ressant, apr\u00e8s r\u00e9flexion, de montrer en quoi dans notre travail nous pouvions allier ce qu\u2019on pourrait d\u00e9finir comme \u00e9tant humains ou non-humains.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cinq premiers projets retenus s\u2019inscrivent dans des domaines, des perceptions et des th\u00e9matiques agricoles et sont diss\u00e9min\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale. Ils s\u2019articulent entre l\u2019Auvergne et la zone agricole de Bonneval-sur-Arc situ\u00e9e \u00e0 1800m d\u2019altitude au fond des Alpes dans une vall\u00e9e un peu perdue de Haute-Maurienne. Ensuite je pr\u00e9senterai la ferme de Vernand qui est le site sur lequel nous exer\u00e7ons et qui nous sert surtout de terrain de jeu et de laboratoire d\u2019exp\u00e9rimentations. Et enfin, j\u2019aborderai des pistes d\u2019\u00e9tudes en cours qui insistent sur ces dynamiques urbaines et agricoles ainsi que sur les investissements, et un engagement possible de l\u2019agriculture dans la revitalisation des centres-bourgs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1\/ Zone agricole pour neuf b\u00e2timents d\u2019\u00e9levage, Bonneval-sur-Arc (73 &#8211; Savoie) \/ 2012-2013<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le projet consiste en la cr\u00e9ation d\u2019une zone agricole comprenant neuf b\u00e2timents d\u2019\u00e9levage&nbsp;(bovins lait, bovins allaitants, ovins et caprins) situ\u00e9e \u00e0 proximit\u00e9 du village de Bonneval-sur-Arc, dans la vall\u00e9e de la Haute-Maurienne en Savoie. Le village peupl\u00e9 de 300 habitants en accueille beaucoup plus en saisons hivernale et estivale. Le ma\u00eetre d\u2019ouvrage \u00e9tait une communaut\u00e9 de communes qui a ensuite r\u00e9troc\u00e9d\u00e9 la zone agricole \u00e0 la commune afin de la mettre en location aupr\u00e8s des agriculteurs. L\u2019objectif vis\u00e9 par le programme \u00e9tait d\u2019arriver \u00e0 mettre en place un outil de maintien de l\u2019agriculture dans un village de haute montagne.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une articulation des \u00e9chelles paysag\u00e8res, urbaines et architecturales<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat pour nous \u00e9tait de parvenir \u00e0 d\u00e9passer cet enjeu car nous avions le sentiment que l\u2019agriculture \u00e9tait rel\u00e9gu\u00e9e \u00e0 une activit\u00e9 qu\u2019on ne voulait pas vraiment voir. Ainsi la zone agricole se retrouvait \u00e9loign\u00e9e du village, du centre-bourg, cassant ainsi potentiellement les liens entre l\u2019activit\u00e9 agricole et la pratique domestique courante, mais \u00e9galement les concomitances qui pouvaient exister au sein du village avec les fermes qui se trouvaient dans les sous-sols de certaines habitations. Le risque \u00e9tait que ce lien ne soit plus effectif et conjoint entre les lieux d\u2019habitations et les b\u00e2timents agricoles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Deux enjeux, se jouant \u00e0 plusieurs \u00e9chelles, ont ainsi structur\u00e9 le projet. Nous avons essay\u00e9 d\u2019une part de construire un accord entre un ouvrage technique de s\u00e9curisation du site, un merlon pare-avalanche<a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>, dont nous n\u2019avions pas la ma\u00eetrise d\u2019\u0153uvre, et d\u2019autre part de concevoir les b\u00e2timents d\u2019\u00e9levage comme un ensemble, un tout, un prolongement \u00e0 la fois des structures urbaines existantes, des trames viaires et de la rivi\u00e8re. Il s\u2019agissait donc ici d\u2019arriver \u00e0 constituer, non pas une zone agricole isol\u00e9e, mais d\u2019inclure le projet dans de grandes dynamiques paysag\u00e8res qui sont celles de la vall\u00e9e et des trames viaires proches existantes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une recherche d\u2019int\u00e9gration dans le grand paysage de haute montagne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La commune de Bonneval-sur-Arc est le dernier village avant le passage du col de l\u2019Iseran<em>.&nbsp;<\/em>Nous savions ainsi que le projet allait \u00eatre vu en surplomb depuis la route. Sans \u00eatre corbus\u00e9ens, nous pensions que l\u2019enjeu se situait au niveau de la cinqui\u00e8me fa\u00e7ade, c\u2019est-\u00e0-dire des toitures. Cet espace pouvait devenir un espace de vie et de manifestation de la pr\u00e9sence agricole. Nous avons donc souhait\u00e9 mettre en place des toitures v\u00e9g\u00e9talis\u00e9es p\u00e2turables, utiles \u00e0 l\u2019agriculture, et aujourd\u2019hui utilis\u00e9es par un \u00e9leveur caprin. Les toitures deviennent une surface agricole suppl\u00e9mentaire o\u00f9 les troupeaux prennent place. Ils occupent cette surface qui n\u2019\u00e9tait pas donn\u00e9e dans le programme mais qui nous permet de valoriser la pr\u00e9sence agricole. Par ailleurs, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019absence de couvertine et un ajustement des mat\u00e9riaux avec le bardage, nous observons au fil des saisons que ce qui appara\u00eet en hiver ce ne sont plus les grandes \u00e9tendues de p\u00e2tures sous un couvert v\u00e9g\u00e9talis\u00e9, mais des blocs qui s\u2019ajustent, qui s\u2019alignent les uns aux autres et qui s\u2019assimilent beaucoup plus aux rochers situ\u00e9s en arri\u00e8re plan. Cette double temporalit\u00e9 est pour nous int\u00e9ressante dans la construction du projet et son rapport au paysage. En \u00e9t\u00e9, le projet constitue un ensemble visible de loin et coh\u00e9rent avec les p\u00e2tures et les prairies proches, et l\u2019hiver, o\u00f9 tout est recouvert sous un manteau neigeux, il laisse appara\u00eetre les fa\u00e7ades et leur traitement hyper simple. Ce double regard fait que nous pouvons avoir deux lectures du projet dans le paysage.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;La rue commune&nbsp;\u00bb et les cours : articuler le collectif et l\u2019intime<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait d\u00e9j\u00e0 d\u2019autres zones d\u2019activit\u00e9s agricoles construites dans les villages en dessous, principalement constitu\u00e9es sur des mod\u00e8les de lotissements de zones \u00e0 b\u00e2tir, avec un b\u00e2timent pos\u00e9 au milieu des parcelles loties. Nous avions ici l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019avoir une vision d\u2019ensemble, c\u2019est pourquoi nous en sommes venus \u00e0 construire non pas un b\u00e2timent puis son espace ext\u00e9rieur de fa\u00e7on ind\u00e9pendante, mais un espace commun qui est celui d\u2019une nouvelle rue. Elle apporte de la coh\u00e9rence et donne un caract\u00e8re collectif \u00e0 ce nouvel espace agricole. Cette rue se d\u00e9compose ensuite en de petites cours non ferm\u00e9es, donnant acc\u00e8s aux \u00e9tages des b\u00e2timents ou aux fumi\u00e8res<a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, et reprennent la morphologie des ruelles et des venelles que l\u2019on peut trouver dans le village. L\u2019objectif est donc d\u2019articuler deux grandes \u00e9chelles, celle d\u2019un quartier agricole avec cette nouvelle rue servant la constitution d\u2019un hameau, et une \u00e9chelle plus intime en offrant des espaces propres \u00e0 chacun des agriculteurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Importance des usages et temporalit\u00e9s des pratiques agricoles<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e sous-jacente \u00e0 cette rue commune, constitu\u00e9e par des b\u00e2timents agricoles dont des granges qui sont des \u00e9difices cons\u00e9quents, a \u00e9t\u00e9 d\u2019int\u00e9grer ces notions de vie et de vitalit\u00e9 li\u00e9es aux pratiques rurales. Celles-ci posent notamment la question du traitement des abords et il est important et int\u00e9ressant pour nous d\u2019\u00e9tablir un rapport \u00e0 une rue vivante o\u00f9 de temps en temps il y ait un peu de bordel, mais que cela ne soit pas g\u00eanant car c\u2019est int\u00e9gr\u00e9. Cela permet de mettre en \u00e9vidence les cycles de vie, d\u2019animation, les temporalit\u00e9s, les rythmes et les saisons du travail agricole.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un dispositif assez simple permet \u00e9galement de faire fonctionner le projet de mani\u00e8re gravitaire. L\u2019\u00e9tage en b\u00e9ton est celui des animaux, l\u2019\u00e9tage au-dessus celui des granges et enfin la toiture est celui de la p\u00e2ture. L\u2019important \u00e9tait d\u2019arriver \u00e0 construire une zone d\u2019activit\u00e9 qui, par ses parcelles communes, constitue des espaces o\u00f9 les \u00e9difices interagissent entre eux. Ainsi le mode de gestion est commun et on cr\u00e9e des ressauts, des fonds de cours, pour \u00e9viter l\u2019\u00e9tablissement de barri\u00e8res ou d\u2019une quelconque limite. C\u2019\u00e9tait un combat pour y parvenir puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une installation class\u00e9e au titre de \u00ab\u00a0l\u2019environnement\u00a0\u00bb. Le pr\u00e9fet voulait au d\u00e9part qu\u2019il y ait des cl\u00f4tures, mais nous avons exig\u00e9 qu\u2019elles ne soient pas mises en place. Nous avons alors un espace qui est relativement libre et qui peut \u00eatre appropri\u00e9 par tous.\u00a0De plus, les notions de temporalit\u00e9s sont importantes \u00e0 prendre en compte. L\u2019hiver, les b\u00e2timents sont ferm\u00e9s, compl\u00e8tement clos, et cet espace commun n\u2019existe plus vraiment. Il devient une \u00e9tendue blanche et les agriculteurs investissent l\u2019int\u00e9rieur de leurs b\u00e2timents.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Dimensions constructives : ressources, mises en oeuvre, localit\u00e9s, r\u00e9ductions des impacts li\u00e9s \u00e0 la construction, sobri\u00e9t\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La question de la ressource est importante pour nous. Avec quoi construisons-nous sur ce site pr\u00e9serv\u00e9, en p\u00e9riph\u00e9rie du p\u00e9rim\u00e8tre des 500 m\u00e8tres autour du Parc national de la Vanoise ? La question constructive est un enjeu crucial. Ainsi nous avons des parties en b\u00e9ton, que nous appelons \u00ab\u00a0b\u00e9ton agricole\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire que nous avons des exigences \u00e9conomiques, et nous n\u2019avons pas forc\u00e9ment le souhait de le refaire s\u2019il y a des choses qui ne vont pas. Ces \u00e9l\u00e9ments en b\u00e9ton sont construits \u00e0 l\u2019aide d\u2019une centrale mise en place sur le site. Pendant la dur\u00e9e du chantier, il n\u2019y a donc pas eu d\u2019allers et venues de camions remplis de toupies de b\u00e9ton, avec de l\u2019eau, et prenant trop de volume en empi\u00e9tant sur les routes. Ce premier dispositif peut sembler assez sommaire mais poss\u00e8de pour nous son importance. Ensuite, il y a toute la construction r\u00e9alis\u00e9e en bois local. Le bardage est en m\u00e9l\u00e8ze, le reste est en douglas avec des bois qui proviennent essentiellement de la r\u00e9gion et des Alpes.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Et enfin, un enjeu du projet a \u00e9t\u00e9 de r\u00e9aliser la derni\u00e8re strate, celle de la couverture. Celle-ci n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue avec de la terre et une v\u00e9g\u00e9tation qui seraient exog\u00e8nes, qui viendraient d\u2019ailleurs, ou qui seraient standardis\u00e9es, mais avec la terre du site que nous avons retir\u00e9e et ensuite amend\u00e9e<a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>\u00a0pendant le temps du projet. Nous l\u2019avons ensuite aliment\u00e9e avec des graines issues des fonds de granges du village, pour parvenir \u00e0 mettre en place une couverture v\u00e9g\u00e9talis\u00e9e, de 30 cm d\u2019\u00e9paisseur, qui soit productive et surtout se patine avec le temps, pour avoir la m\u00eame teinte que les parcelles agricoles des fonds de vall\u00e9e et des prairies proches.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9tails sont pour nous importants et essentiels m\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019un projet agricole. Souvent dans un tel projet, l\u2019\u00e9conomie prime sur tout. Pour notre part, nous avons essay\u00e9 de dire que nous pouvons \u00eatre \u00e9conomiques tout en portant une grande attention aux d\u00e9tails. Mais \u00e9galement sensibiliser les entreprises en leur montrant que, sans surco\u00fbt, il est possible d\u2019obtenir quelque chose de propre, sobre, efficient et qui vieillit de mani\u00e8re ajust\u00e9e et maitris\u00e9e. Cette sobri\u00e9t\u00e9 se retrouve \u00e9galement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Par exemple, il y a le b\u00e9ton, avec les traits de niveaux apparents, et il n\u2019y a pas de second oeuvre. C\u2019est un b\u00e2timent agricole que nous admettons quelque part tel qu&#8217;il est et tel qu\u2019il se pr\u00e9sente.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une conception en collaboration permettant de r\u00e9interroger les pratiques agricoles<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce projet et particuli\u00e8rement dans le dessin des stabulations, tout le travail a men\u00e9 \u00e0 une r\u00e9interrogation compl\u00e8te du programme, pour inscrire le projet dans un syst\u00e8me agricole beaucoup plus large.\u00a0Ainsi, les \u00e9tables sont habituellement construites en trav\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire que les b\u00eates sont \u00e0 l\u2019attache le temps de l\u2019hivernage<a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. Ici c\u2019est pour une dur\u00e9e de 7 mois, ce qui est assez long. Nous avons gagn\u00e9 le concours gr\u00e2ce au dessin de ces \u00e9tables en trav\u00e9es. C\u2019\u00e9tait notre premi\u00e8re comp\u00e9tition donc nous ne pouvions pas savoir s\u2019il \u00e9tait possible et dans quelle mesure d\u2019aller au-del\u00e0, de d\u00e9roger au programme. Apr\u00e8s l\u2019avoir gagn\u00e9, nous avons dit aux agriculteurs que nous trouvions extr\u00eamement dommage d\u2019attacher les b\u00eates pendant 7 mois. Le travail que nous avons fait a \u00e9t\u00e9 dans le but de mettre en place des stabulations libres, des espaces o\u00f9 les animaux ne sont pas \u00e0 l\u2019attache. Ce n\u2019\u00e9tait pas du tout dans la culture des agriculteurs donc nous avons eu recours \u00e0 tout un travail de sensibilisation, d\u2019accompagnement avec des techniciens de la Chambre d\u2019agriculture pour parvenir \u00e0 ce r\u00e9sultat, tout en mesurant les probl\u00e8mes que ce mode en stabulation libre pouvait faire surgir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0Les \u00e9tables sont \u00e9galement sur caillebotis<a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. Il y a donc des fosses en-dessous du b\u00e2timent dans lesquelles le lisier est r\u00e9cup\u00e9r\u00e9. Celui-ci pose beaucoup de probl\u00e8mes olfactifs mais aussi d\u2019apport de mati\u00e8res. Nous avons ainsi trouv\u00e9 un syst\u00e8me de traitement du lisier permettant durant l\u2019hiver de s\u00e9parer les phases liquides et solides en cr\u00e9ant deux types d\u2019amendement. Le syst\u00e8me est int\u00e9ressant pour les agriculteurs car les prairies de fond de vall\u00e9e sont les seules v\u00e9ritablement m\u00e9canisables, et initialement ils y \u00e9pandaient tous leurs amendements. Ceux-ci \u00e9tant tr\u00e8s forts, il en r\u00e9sultait un foin avec des brins beaucoup trop importants. \u00c0 pr\u00e9sent, seule la phase liquide, un peu plus pauvre, amende ces prairies de fond de vall\u00e9e, permettant ainsi d\u2019avoir un foin beaucoup plus apte \u00e0 la consommation des animaux et surtout beaucoup plus riche, avec de l\u2019herbe beaucoup plus fine. La phase solide, quant \u00e0 elle, peut \u00eatre mise en place dans les espaces d\u2019estives<a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>\u00a0qui avant cela \u00e9taient beaucoup moins amend\u00e9s.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que ces informations soient techniques, il est important de comprendre qu\u2019une r\u00e9interrogation du programme peut faire \u00e9merger des probl\u00e9matiques devenant sources de projet, d\u2019int\u00e9gration et de construction d\u2019un nouveau syst\u00e8me de gestion des amendements et de requalification des sols et des paysages.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les constructions agricoles : une appropriation commune entre humains et non-humains<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, des conflits entre les neuf agriculteurs un peu bourrus concern\u00e9s par le projet nous ont encourag\u00e9s \u00e0 mener une concertation pour pr\u00e9senter le plan \u00e0 tous les agriculteurs. Nous nous sommes rendus compte au bout d\u2019un certain temps qu\u2019ils ne nous \u00e9coutaient pas. En les consultant de mani\u00e8re individuelle, nous nous sommes aper\u00e7us que leurs interrogations concernaient leurs emplacements et leur volont\u00e9 ou non de se retrouver \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de tel coll\u00e8gue, et nous avons en fait compris la pr\u00e9sence de guerres ancestrales de village.\u00a0Nous avons livr\u00e9 le projet en 2012 &#8211; 2013 et depuis, avec l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration et des transmissions d\u2019exploitations qui se sont faites, nous avons senti lors de nos retours r\u00e9guliers qu\u2019une culture collective commen\u00e7ait \u00e0 se mettre en place et \u00e0 exister, de m\u00eame que des collaborations entre agriculteurs. Nous voyons aujourd\u2019hui que l\u2019espace joue beaucoup sur une certaine forme de mise en commun et d\u2019appr\u00e9ciation du r\u00f4le que les agriculteurs peuvent avoir, comme sur la reconstitution d\u2019une communaut\u00e9 rurale plut\u00f4t positive. Nous avons construit les \u00ab\u00a0carcasses\u00a0\u00bb et con\u00e7u l\u2019ensemble de l\u2019organisation des b\u00e2timents, puis nous avons laiss\u00e9 faire les agriculteurs. Par exemple, nous n\u2019avons pas choisi la peinture verte sur les murs. Nous sommes arriv\u00e9s un jour et c\u2019\u00e9tait peint. Et un autre agriculteur a construit une cloison avec une photo de sa grand-m\u00e8re. Nous trouvons cela tr\u00e8s bien, ce sont eux qui choisissent et d\u00e9finissent leurs espaces int\u00e9rieurs. Ce sont quelque part des accidents de projets mais qui nous semblent int\u00e9ressants.\u00a0En tant qu\u2019architectes, nous trouvons que les enjeux de ce projet sont dans l\u2019interrogation du programme, le fait d\u2019int\u00e9grer et de penser les notions de bien-\u00eatre animal, en faisant en sorte que les animaux ne soient pas attach\u00e9s pendant une dur\u00e9e trop longue, et de rendre possible une appropriation, une personnalisation de chacun des b\u00e2timents.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2\/ Dispositif exp\u00e9rimental ovins et bovins, Laqueuille (63 &#8211; Puy-de-D\u00f4me) \/ 201<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le projet consiste en&nbsp;la construction de quatre nouveaux b\u00e2timents pour l\u2019unit\u00e9 exp\u00e9rimentale Herbip\u00f4le de Laqueuille. Ceux-ci r\u00e9pondent \u00e0 un besoin d\u2019outil pour la recherche sur les ruminants en climat de montagne en agriculture biologique. Ce dispositif exp\u00e9rimental pour ovins et bovins a \u00e9t\u00e9 command\u00e9 par l\u2019INRA<a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;Auvergne Rh\u00f4ne Alpes. C\u2019est un ma\u00eetre d\u2019ouvrage avec lequel nous collaborons de fa\u00e7on relativement r\u00e9guli\u00e8re. Nous avions d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9 un projet pour eux, ainsi&nbsp;la ma\u00eetrise d\u2019ouvrage nous a invit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ce petit projet dont le nom de code \u00e9tait Tunlac. Nous avons accept\u00e9 car nous essayons de travailler avec eux lorsque nous nous sentons en accord avec le programme et le projet.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit donc ici de mettre en \u0153uvre un dispositif qui permet, d\u2019apr\u00e8s les derni\u00e8res exp\u00e9rimentations men\u00e9es, de substituer au syst\u00e8me de liti\u00e8res accumul\u00e9es par paille, des syst\u00e8mes de liti\u00e8res accumul\u00e9es sur fili\u00e8re copeaux. La paille du premier syst\u00e8me peut provenir pour les \u00e9levages de montagne d\u2019assez loin tandis que le second permet de rendre possible un approvisionnement local.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Des programmes architecturaux au service de la recherche agricole<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019INRA souhaitait au d\u00e9part cr\u00e9er des tunnels sous b\u00e2che de forme cintr\u00e9e. Au regard des conditions d\u2019altitude, nous avons estim\u00e9 que cette solution n\u2019\u00e9tait pas justifi\u00e9e. Ainsi, au moment de l\u2019appel d\u2019offre, nous sommes all\u00e9s consulter un charpentier pour lui demander s\u2019il \u00e9tait possible de r\u00e9aliser, pour le m\u00eame prix, un \u00e9difice en bois local. Gr\u00e2ce \u00e0 ce chiffrage coh\u00e9rent, nous sommes parvenus \u00e0 convaincre le ma\u00eetre d\u2019ouvrage petit \u00e0 petit. Il est aujourd\u2019hui tr\u00e8s satisfait du b\u00e2timent et d\u2019avoir pu changer son syst\u00e8me de pens\u00e9e afin de ne plus construire des tunnels mais des b\u00e2timents en dur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Int\u00e9gration du projet dans le paysage de haute montagne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour construire cette entit\u00e9 exp\u00e9rimentale de quatre b\u00e2timents, nous devions rester dans une relation d\u2019\u00e9conomie et engager un travail assez fin. La solution la plus simple aurait \u00e9t\u00e9 que l\u2019on terrasse une plate-forme droite afin de poser les quatre b\u00e2timents dessus. \u00c0 l\u2019inverse, nous avons essay\u00e9 d\u2019ajuster le plus possible cet ensemble avec le site et de cr\u00e9er des cheminements interm\u00e9diaires. Ainsi, de fa\u00e7on similaire au projet de Bonneval-sur-Arc, nous retrouvons cette disposition de b\u00e2timents intercal\u00e9s les uns aux autres avec une pr\u00e9sence concomitante.&nbsp;Des ajustements l\u00e9gers dans la pente ont \u00e9t\u00e9 faits, ce qui permet, depuis l\u2019ext\u00e9rieur, de ne pas avoir le sentiment d\u2019arriver sur une grande parcelle au milieu de laquelle nous aurions pos\u00e9 un \u00e9difice, comme cela peut \u00eatre le cas dans un bon nombre de b\u00e2timents de zones d\u2019activit\u00e9s. Il s\u2019agit ici plut\u00f4t d\u2019un ensemble d\u2019\u00e9difices constitu\u00e9s qui s\u2019articulent les uns aux autres de fa\u00e7on \u00e0 cr\u00e9er une sorte de rue ou de cour agricole. La volont\u00e9 de conserver les arbres est aussi un d\u00e9tail qui a son importance. Nous avons fait en sorte que les b\u00e2timents s\u2019ajustent aux arbres pr\u00e9sents, en utilisant les b\u00e9n\u00e9fices qu\u2019ils peuvent apporter.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons aussi voulu revendiquer une forme architecturale qui s\u2019inscrit dans les constructions typiques que nous pouvons avoir en Haute-Auvergne : les burons<a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>, construits sur de fortes pentes. Nous nous inscrivons dans ce registre avec des b\u00e2timents agricoles neufs qui sont dans une logique \u00e9conomique tout \u00e0 fait valable. Le prix de ce projet se situe dans une fourchette comprise entre 400 et 500 euros du m\u00e8tre carr\u00e9. Ce n\u2019est pas grand chose pour un b\u00e2timent construit en altitude.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Limiter l\u2019empreinte environnementale : ressources locales, conception adapt\u00e9e au territoire de haute montagne, simplicit\u00e9 technique, durabilit\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En tant qu\u2019architectes, nous nous devons de r\u00e9pondre et de fournir une ma\u00eetrise du d\u00e9tail. Ici, malgr\u00e9 la mise en place de dispositifs tr\u00e8s simples, ces d\u00e9tails imposent une certaine exigence et le fait de devoir convaincre sans cesse les entreprises. Sur l\u2019emploi de la ressource notamment, il s\u2019agit d\u2019une construction en bois local, provenant de 100 km \u00e0 la ronde environ, ce qui permet d\u2019assurer son renouvellement lors du vieillissement du bois en fa\u00e7ade. Celui-ci \u00e9tant ma\u00eetris\u00e9 avec une patine qui va durer dans le temps. De plus, nous n\u2019avons pas d\u2019\u00ab&nbsp;accident&nbsp;\u00bb sur la fa\u00e7ade, et les portails coulissent, guid\u00e9s par un rail gliss\u00e9 derri\u00e8re celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous n\u2019avons \u00e9galement aucun d\u00e9bord de toiture. Le toit s\u2019uniformise de fa\u00e7on homog\u00e8ne, en \u00e9vitant tout recours aux goutti\u00e8res. En effet, en altitude cela permet d\u2019\u00e9viter des zingueries ou des ouvrages qui risquent d\u2019\u00eatre pr\u00e9caires dans le temps, car susceptibles de se d\u00e9grader avec le poids de la neige et du gel. Nous r\u00e9cup\u00e9rons donc toutes les eaux aux pieds des b\u00e2timents pour faire ensuite un syst\u00e8me de drainage reli\u00e9 \u00e0 un bassin de r\u00e9tention situ\u00e9 en-dessous, qui n\u2019est pas seulement un ouvrage fonctionnel mais aussi une grande noue plant\u00e9e. La construction est aussi&nbsp;ventil\u00e9e de mani\u00e8re naturelle, et \u00e0 1000 m\u00e8tres d\u2019altitude ce n\u2019est pas quelque chose d\u2019\u00e9vident. Les entr\u00e9es de ventilation se font ainsi sous le d\u00e9calage de fa\u00e7ade, par des dispositifs hyper simples.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Avec du bac acier, du polycarbonate, des mat\u00e9riaux agricoles pauvres, nous avons tent\u00e9 d\u2019\u00eatre dans la ma\u00eetrise la plus compl\u00e8te du d\u00e9tail dans sa pure simplicit\u00e9. Le traitement de tous ces d\u00e9tails permet d\u2019assurer la p\u00e9rennit\u00e9 du mat\u00e9riau mais aussi de renforcer une lecture simple et \u00e9vidente, la plus basique possible, du volume et de la forme typique que nous voulions reprendre : le buron. En comparant avec la solution d\u2019un tunnel b\u00e2ch\u00e9, sombre et noir, nous estimons&nbsp;que&nbsp;cela change beaucoup de choses par rapport aux questions de bien-\u00eatre animal.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce projet est essentiel pour nous dans le sens o\u00f9 il s\u2019agit d\u2019un combat n\u00e9cessitant de discuter avec le ma\u00eetre d\u2019ouvrage, de l\u2019interroger, voire de le provoquer, pour remettre en cause son syst\u00e8me de pens\u00e9e afin de tenter d\u2019am\u00e9liorer la qualit\u00e9 b\u00e2tie des programmes qui peuvent \u00eatre engag\u00e9s. La seule raison qui l\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer la solution des tunnels est que c\u2019\u00e9tait plus simple et plus \u00e9conomique \u00e0 premi\u00e8re vue. Nous avons tent\u00e9 de remettre en cause ces pens\u00e9es \u00e9tablies, comme le sentiment qu\u2019une construction \u00e9ph\u00e9m\u00e8re co\u00fbte moins cher qu\u2019une construction plus p\u00e9renne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3\/ B\u00e2timent d\u2019\u00e9levage exp\u00e9rimental, Marcenat (15 &#8211; Cantal) \/ 2014<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le projet de b\u00e2timent d\u2019\u00e9levage de Marcenat,&nbsp;command\u00e9 par l\u2019INRA de Clermont Theix, consiste en la construction d\u2019une grande stabulation exp\u00e9rimentale \u00e0 1100 m\u00e8tres d\u2019altitude sur le plateau du C\u00e9zallier,&nbsp;dans le Cantal.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 l\u2019intersection des \u00e9chelles paysag\u00e8re et architecturale : le traitement des abords<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me r\u00e9current de l\u2019inscription paysag\u00e8re du b\u00e2ti agricole ne r\u00e9side pas dans les constructions en tant que telles. Souvent, un \u00e9difice agricole r\u00e9cent peut pr\u00e9senter des formes et des typologies int\u00e9ressantes. Il r\u00e9side plut\u00f4t dans l\u2019ensemble des circulations p\u00e9riph\u00e9riques, la gestion des abords et le manque de relations entre le b\u00e2ti et l\u2019espace agricole.&nbsp;Un b\u00e2timent d\u2019activit\u00e9 ou une maison pavillonnaire ont finalement les m\u00eames probl\u00e8mes, de typologie d\u2019une part, et d\u2019inclusion d\u2019une r\u00e9flexion pr\u00e9alable sur les am\u00e9nagements d\u2019autre part, sans quoi il est consid\u00e9r\u00e9 convenable d\u2019implanter un \u00e9difice au milieu d\u2019une parcelle. Ici, tout l\u2019enjeu a \u00e9t\u00e9 de se demander comment nous pouvions faire en sorte que cet objet construit vienne se confronter \u00e0 une limite agricole, et qu\u2019il n\u2019y ait pas de cheminements qui empi\u00e8tent sur l\u2019espace agricole, entravant un rapport simple et possible entre l\u2019espace agricole et la fa\u00e7ade.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La recherche d\u2019une unit\u00e9 architecturale<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons r\u00e9alis\u00e9&nbsp;un \u00ab&nbsp;b\u00e2timent-infrastructure&nbsp;\u00bb sous lequel l\u2019ensemble des annexes agricoles prennent place. Il s\u2019agit d\u2019un seul et m\u00eame grand couvert. Nous y retrouvons l\u2019ensemble des \u00e9l\u00e9ments de stockage, le stockage du fourrage, les fumi\u00e8res, les espaces de traitement des d\u00e9jections et les fosses enterr\u00e9es qui induisent un syst\u00e8me gravitaire assez simple d\u2019\u00e9vacuation du lisier. Le b\u00e2timent s\u2019inscrit dans la pente donc les fumiers coulent avec des racleurs de mani\u00e8re naturelle dans la fosse. Tout est enterr\u00e9, il n\u2019y a donc pas de fosses \u00e0 lisiers ext\u00e9rieures. Les b\u00e2timents agricoles poss\u00e8dent souvent beaucoup de fosses et d\u2019ouvrages en b\u00e9ton connexes, multipliant et diss\u00e9minant les constructions agricoles.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Limiter l\u2019artificialisation des sols<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des enjeux importants de ce projet concerne \u00e9galement l\u2019artificialisation des sols. On estime assez justement que la production urbaine consomme beaucoup d\u2019espace, mais la m\u00eame probl\u00e9matique se pose au niveau des constructions agricoles. \u00c9viter la d\u00e9multiplication des circulations agricoles p\u00e9riph\u00e9riques ext\u00e9rieures permet ici d\u2019\u00e9conomiser 2000 \u00e0 3000 m\u00e8tres carr\u00e9s. Cela correspond presque \u00e0 un petit lotissement, ce qui n\u2019est pas rien. Il faut donc comprendre qu\u2019\u00e0 tous les niveaux cette question de compacit\u00e9, de mesure et d\u2019\u00e9conomie d\u2019espace, se pense aussi dans les constructions agricoles. Nous avons ainsi cherch\u00e9 \u00e0 obtenir une surface nette entre l\u2019espace agricole et la fa\u00e7ade.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Tisser des liens entre le monde rural et urbain<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le projet se situe \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du village de Marcenat. L\u2019INRA est l\u2019un des principaux employeurs de la commune mais il y a aussi d\u2019autres activit\u00e9s et d\u2019autres personnes qui y habitent. Nous avons ainsi souhait\u00e9 que les activit\u00e9s, au sein du centre exp\u00e9rimental de l\u2019INRA, soient visibles, perceptibles et animent la vie du village. Ainsi, cette grande fa\u00e7ade transparente permet de rythmer, tr\u00e8s simplement par son \u00e9clairage, le pansage<a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>&nbsp;des animaux et leurs all\u00e9es et venues. Les habitants et les riverains peuvent prendre conscience de ce qu\u2019il se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du b\u00e2timent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette probl\u00e9matique rev\u00eat pour nous une certaine importance puisqu\u2019on estime qu\u2019au sortir de la Seconde guerre mondiale, 50% de la population fran\u00e7aise \u00e9tait rurale et qu\u2019actuellement il n\u2019y a que 3% de la population exer\u00e7ant le m\u00e9tier d\u2019agriculteur. Pour autant, les campagnes fran\u00e7aises sont habit\u00e9es et souvent par des populations dites \u00ab&nbsp;urbaines&nbsp;\u00bb. Celles-ci n\u2019ont pas une pratique rurale, ce qui entra\u00eene en partie une m\u00e9connaissance des activit\u00e9s agricoles. Par des dispositifs simples \u00e0 mettre en \u0153uvre, nous consid\u00e9rons qu\u2019il est possible de r\u00e9-ancrer et de re-tisser des liens et une connaissance, non pas de l\u2019ensemble des pratiques agricoles, mais au moins des rythmes, des activit\u00e9s et de la pr\u00e9sence des agriculteurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4\/ Centre \u00e9questre du Lac des Sapins, Cublize (69 &#8211; Rh\u00f4ne) \/ 2015<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le centre \u00e9questre de Cublize est un projet situ\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un site touristique, pr\u00e8s&nbsp;du Lac des Sapins,&nbsp;dans le d\u00e9partement du Rh\u00f4ne.&nbsp;Le ma\u00eetre d\u2019ouvrage est le Syndicat mixte du Lac des Sapins. Le projet portait deux enjeux majeurs, d\u2019une part une pr\u00e9occupation forte li\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9gration paysag\u00e8re et d\u2019autre part des enjeux \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un volume unique pour accueillir une pluralit\u00e9 de fonctions : compacit\u00e9, complexit\u00e9, rationalit\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le ma\u00eetre d\u2019ouvrage poss\u00e9dait d\u00e9j\u00e0 un plan masse et estimait, suivant l\u2019avis de l\u2019assistance \u00e0 la ma\u00eetrise d\u2019ouvrage, que pour bien int\u00e9grer un tel programme il fallait le morceler et le d\u00e9couper afin de cr\u00e9er de petites entit\u00e9s. Nous lui avons dit qu\u2019en morcelant ainsi les b\u00e2timents, il en r\u00e9sulterait un ensemble de circulations agricoles pi\u00e9tin\u00e9es et abim\u00e9es. En hiver, il y a d\u00e9j\u00e0 un pi\u00e9tinement l\u00e9ger, mais sur le pourtour du b\u00e2timent et dans les paddocks<a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>\u00a0cela allait constituer un ensemble pouvant d\u00e9grader le projet. Du foin et de la paille allaient tra\u00eener et les circulations d\u2019animaux et de tracteurs allaient cr\u00e9er des orni\u00e8res. Nous avons alors propos\u00e9 de regrouper l\u2019ensemble sous un seul et m\u00eame toit en associant en sous-\u00e9l\u00e9ments de programme &#8211; la fumi\u00e8re, le man\u00e8ge, le stockage du fourrage et l\u2019ensemble des box \u00e0 chevaux de mani\u00e8re lin\u00e9aire &#8211; en articulant l\u2019ensemble des composants du projet \u00e0 la fois \u00e0 la pente et \u00e0 l\u2019\u00e9chelle large du paysage. Nous nous sommes donc retrouv\u00e9s, en additionnant l\u2019ensemble des \u00e9l\u00e9ments du programme, sur un b\u00e2timent de plus de 3000 m\u00e8tres carr\u00e9s, avec une grande inqui\u00e9tude de la ma\u00eetrise d\u2019ouvrage sur l\u2019int\u00e9gration et la fa\u00e7on dont allait \u00eatre ressentie la pr\u00e9sence de ce grand centre \u00e9questre. Ainsi comme pour le projet \u00e0 Laqueuille, nous ne sommes pas venus cr\u00e9er une plateforme au milieu de laquelle on pose le b\u00e2timent. Nous avons complexifi\u00e9 et int\u00e9gr\u00e9 le projet dans la pente en ayant, d\u2019une part, une fa\u00e7ade plus basse et, d\u2019autre part, le niveau des box \u00e0 chevaux qui est situ\u00e9 1,40 m au-dessus du man\u00e8ge. Ces deux \u00e9l\u00e9ments \u00e9tant reli\u00e9s par des rampes d\u2019une inclinaison de 4% accessibles aux personnes \u00e0 mobilit\u00e9 r\u00e9duite et permettant d\u2019obtenir un usage multiple \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du b\u00e2timent.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un espace central partag\u00e9 et multi-fonctionnel \u00e0 l\u2019articulation entre le man\u00e8ge et les annexes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espace principal est un cadre de travail commun entre l\u2019humain et l\u2019animal, l\u2019homme et le cheval. Il est \u00e9galement en rapport direct avec la for\u00eat en arri\u00e8re plan. Nous n\u2019avons pas de plan interm\u00e9diaire, avec les circulations agricoles en p\u00e9riph\u00e9ries, on est donc en contact avec l\u2019environnement proche.\u00a0Cet espace de circulation a plusieurs usages. Il sert \u00e0 la fois aux animaux pour l\u2019approvisionnement de l\u2019alimentation et l\u2019\u00e9vacuation des fumiers. Et lorsque les parents viennent, il poss\u00e8de un r\u00f4le de belv\u00e9d\u00e8re sur le man\u00e8ge. C\u2019est un espace d\u00e9di\u00e9 aux animaux et au public qui profitent de la vue sur l\u2019ensemble du b\u00e2timent. Nous avons donc des circulations animales et un espace de convivialit\u00e9 qui donnent \u00e0 voir le man\u00e8ge, avec des dispositifs tr\u00e8s simples, en cr\u00e9ant des effets de surplomb et de visibilit\u00e9. De plus, le chemin agricole qui passe en-dessous est invisible gr\u00e2ce \u00e0 de petits jeux de perspectives. Ils permettent de casser le plan et d\u2019aller au-del\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Inscrire le projet dans son territoire : un dispositif technique en bois local<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons \u00e9galement souhait\u00e9 mettre en place une sur-couverture en bois. Ainsi, nous avons un long mur en b\u00e9ton surmont\u00e9 d\u2019une charpente en bois local, du bac acier, du polycarbonate et une sur-couverture r\u00e9alis\u00e9e en ganivelle de ch\u00e2taignier (bois local). Ce dispositif raconte une chose tr\u00e8s simple : le bois est une mati\u00e8re vivante qui \u00e9volue et fluctue quand elle est laiss\u00e9e libre. Ainsi, tout le parti pris consiste \u00e0 utiliser ce mat\u00e9riau de mani\u00e8re pratiquement industrielle. Les ganivelles ne sont ni plus ni moins que des pare-neiges ou des pare-dunes que l\u2019on d\u00e9ploie tr\u00e8s rapidement. Nous avons r\u00e9alis\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment le calepinage afin de les ajuster avec le bac acier et d\u2019obtenir des mesures justes pour le charpentier. Nous avons \u00e9galement r\u00e9alis\u00e9 plusieurs essais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle 1\/1 pour valider d\u00e9finitivement ce choix. Cependant, \u00e0 la livraison des morceaux de bois avaient d\u00e9j\u00e0 fluctu\u00e9, d\u2019autres bougent encore au fil du temps mais nous ne trouvons pas cela g\u00eanant.\u00a0Au fil du temps, une patine se forme sur le bois et une int\u00e9gration du b\u00e2timent se constitue \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du paysage. Ainsi le r\u00f4le des ganivelles en bois local est multi-fonctionnel, dans le sens o\u00f9 pour nous il a un enjeu d\u2019inscription paysag\u00e8re, plus que d\u2019int\u00e9gration. Les ganivelles servent aussi de lit de ventilation, c\u2019est-\u00e0-dire que durant l\u2019\u00e9t\u00e9 un filet d\u2019air se constitue au-dessus du bac acier permettant d\u2019\u00e9viter la surchauffe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du b\u00e2timent. Par ailleurs, il offre un atout acoustique puisque lors des pluies ou gr\u00eales elles ont tendance \u00e0 casser les gouttes qui tombent, ce qui permet d\u2019avoir moins de bruits inconfortables. C\u2019est une mani\u00e8re de d\u00e9multiplier les atouts et potentiels de ce type de dispositif.<\/p>\n\n\n\n<p>Concernant les enjeux \u00e9conomiques, nous sommes ici \u00e0 200 euros du m\u00e8tre carr\u00e9, tout compris avec les am\u00e9nagements. Il s\u2019agit du fruit d\u2019une lutte avec le ma\u00eetre d\u2019ouvrage qui souhaitait, jusqu\u2019au dossier de consultation des entreprises, construire en m\u00e9tal. Nous avons insist\u00e9 pour proposer une variante en bois, moins on\u00e9reuse que la construction en m\u00e9tal. Il est important de pr\u00e9ciser que l\u2019\u00e9difice, bien que de grande dimension, n\u2019a re\u00e7u aucune critique. Le ma\u00eetre d\u2019ouvrage est tr\u00e8s satisfait et estime que la position tenue est assez juste et p\u00e9rilleuse. Il nous fait \u00e0 pr\u00e9sent travailler de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re, depuis la livraison du centre \u00e9questre il y a quatre ans. Ce projet nous montre qu\u2019en allant au-del\u00e0 du monde du ma\u00eetre d\u2019ouvrage, en le provoquant dans ses retranchements, on parvient \u00e0 mettre en place des constructions qui s\u2019inscrivent et travaillent avec les ressources locales dans une autre dimension comme dans une autre \u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>5\/ Grande Halle &#8211; P\u00f4le r\u00e9gional de manifestations agricoles, Aumont-Aubrac (48 &#8211; Loz\u00e8re) \/ 2010<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00f4le r\u00e9gional de manifestations agricoles, situ\u00e9 en limite du village d\u2019Aumont-Aubrac en Loz\u00e8re, est le deuxi\u00e8me concours que nous avons r\u00e9alis\u00e9.&nbsp;La ma\u00eetrise d\u2019ouvrage a \u00e9t\u00e9 assur\u00e9e par la Communaut\u00e9 de Communes de la Terre de Peyre, dans le nord-est du d\u00e9partement de la Loz\u00e8re. N\u2019\u00e9tant pas situ\u00e9 dans une r\u00e9gion voisine, comme nous y sommes habituellement confront\u00e9s, la distance nous a encourag\u00e9 \u00e0 adopter une posture plus p\u00e9rilleuse et un parti pris plus fort. Nous avons donc propos\u00e9 pour le programme un espace d\u2019exposition pour des concours agricoles&nbsp;et manifestations pour les fili\u00e8res bovines, \u00e9quines, ovines, caprines ou encore viticole,&nbsp;mais qui avait aussi vocation \u00e0 \u00eatre polyvalent.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une grande halle agricole polyvalente en territoire rural<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons souhait\u00e9 construire un b\u00e2timent qui soit \u00e0 la fois un \u00e9quipement public et un \u00e9difice agricole, une construction qui joue sur deux registres. Ainsi de l\u2019ext\u00e9rieur, nous n\u2019avons pas compos\u00e9 ou pens\u00e9 un b\u00e2timent qui se d\u00e9finisse d\u2019embl\u00e9e comme la stabulation d\u2019un \u00e9difice agricole. Nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 jouer sur le respect d\u2019une articulation avec les longues lignes tendues du paysage. En effet, nous nous situons ici \u00e0 l\u2019interface entre les paysages de la Margeride et les grands plateaux longilignes de l\u2019Aubrac. Un second point important concerne le rapport entre l\u2019\u00e9quipement public en milieu rural et la construction rurale en elle-m\u00eame. Par exemple, nous avons utilis\u00e9 des piquets en bois pour borner les parkings. Un piquet c\u2019est un euro, une borne c\u2019est 200 ou 300 euros. Au-del\u00e0 de cette action, nous cr\u00e9ons des continuit\u00e9s entre tout l\u2019ensemble du mobilier rural, par exemple les cl\u00f4tures que l\u2019on retrouve dans le paysage, et l\u2019\u00e9quipement qui est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sentation et la mise en valeur de l\u2019agriculture locale. Le d\u00e9ploiement de dispositifs simples et sobres permet une articulation tr\u00e8s pragmatique du paysage et ses constituantes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un parcours sc\u00e9naris\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un lieu destin\u00e9 \u00e0 l\u2019organisation de foires agricoles, et pour en avoir pratiqu\u00e9 un certain nombre dans notre enfance, ce qui se produit souvent dans ce type de projet c\u2019est qu\u2019on a l\u2019espace d\u2019accueil du public, le b\u00e2timent, et derri\u00e8re l\u2019espace de pr\u00e9sentation des animaux qui n\u2019est pas ou peu vu. Nous avons souhait\u00e9 consid\u00e9rer que cette arriv\u00e9e des animaux \u00e9tait un temps de f\u00eate, un temps de pr\u00e9paration qui permet de montrer le rapport qu\u2019il peut y avoir au cours de la descente des b\u00e9taill\u00e8res entre l\u2019\u00e9leveur et l\u2019animal qu\u2019il am\u00e8ne pour des concours ou des foires. Nous avons ainsi positionn\u00e9 cet espace de pr\u00e9paration au centre, il devient le c\u0153ur du projet. Le public arrive donc sur un espace de stationnement, que nous avons souhait\u00e9 le plus perm\u00e9able afin de permettre l\u2019infiltration des eaux de pluie, il entre dans le b\u00e2timent, puis acc\u00e8de \u00e0 une passerelle en surplomb avant de descendre de la m\u00eame mani\u00e8re par une passerelle ou des rampes accessibles aux personnes \u00e0 mobilit\u00e9 r\u00e9duite. Les animaux passent en-dessous et nous avons la possibilit\u00e9 de voir \u00e0 la fois l&#8217;ensemble du temps de pr\u00e9paration et l\u2019espace int\u00e9rieur au sein duquel se situent les animaux d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9s et pr\u00e9sent\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ancrage territorial : savoir-faire, localit\u00e9, ressources et mise en \u0153uvre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce projet, un ensemble de dispositifs techniques et une pens\u00e9e structurelle ont permis la mise en \u0153uvre du bois local. La grande halle de 2500 m\u00e8tres carr\u00e9s a des port\u00e9es libres de 17 m\u00e8tres. Il n\u2019y a qu\u2019une seule poutre en lamell\u00e9 coll\u00e9 et l\u2019ensemble des fermes sous-tendues sont construites en bois local provenant de l\u2019Aubrac-Margeride et a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre \u00e0 500 m\u00e8tres du chantier. C\u2019est une pens\u00e9e bas\u00e9e sur l\u2019int\u00e9gration.<\/p>\n\n\n\n<p>Le charpentier local a eu l\u2019appel d\u2019offre. Il nous a expliqu\u00e9 que pour lui la Loz\u00e8re c\u2019est comme la Corse mais sans la mer. Cela signifie beaucoup de choses\u2026 Nous avons aussi travaill\u00e9 avec un ing\u00e9nieur suisse, qui nous a permis de mettre en place des fermes sous-tendues capables de supporter des poids de neige relativement cons\u00e9quents avec du bois massif, ce qui a rendu possible une adaptation et un d\u00e9ploiement des savoir-faire locaux.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une inscription affirm\u00e9e dans le paysage et le territoire : recherche typologique<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La fa\u00e7ade principale regarde le village. Elle est tr\u00e8s anim\u00e9e, relativement constitu\u00e9e et assez simple. Elle reprend un type d\u2019ouverture et exprime une typologie que l\u2019on retrouve dans les b\u00e2timents actuels des plateaux de l\u2019Aubrac, et notamment des \u00e9tables avec des s\u00e9quences de fen\u00eatres allong\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous effectuons ce rappel de motifs parce que le discours classique sur les \u00e9difices agricoles consiste \u00e0 dire que ce sont des b\u00e2timents standardis\u00e9s qui sont un peu les m\u00eames partout, cependant ce n\u2019est pas toujours vrai. Les b\u00e2timents de l\u2019Aubrac, les stabulations r\u00e9centes comme les vieilles \u00e9tables reprennent des motifs d\u2019\u00e9tables longilignes avec des ouvertures ponctuelles dessinant des lignes tendues dans le paysage.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pourrions ajouter \u00e9galement que, comme pour le b\u00e2timent d\u2019\u00e9levage de Marcenat, il nous semble important de consid\u00e9rer les tentes de foires comme un \u00e9quipement rural. Au d\u00e9but, le ma\u00eetre d\u2019ouvrage nous parlait d\u2019\u00e9riger un totem pour annoncer les foires par un signal lumineux. Nous avons refus\u00e9 et consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait possible de faire simplement confiance \u00e0 la fa\u00e7ade, avec un effet d\u2019int\u00e9riorit\u00e9. Lorsqu\u2019il se d\u00e9roule un \u00e9v\u00e8nement, on le devine \u00e0 l\u2019aide de cette fa\u00e7ade situ\u00e9e au sortir du village. Il s\u2019agit d\u2019une pr\u00e9sence rurale d\u2019animation qui est assez \u00e9trange. Elle pose question quelque part et d\u2019elle-m\u00eame dit, sans sur-ajouter de la signal\u00e9tique ou autres messages et annonces, qu\u2019il se passe quelque chose \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du b\u00e2timent.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Des dispositifs techniques \u00ab&nbsp;low-tech&nbsp;\u00bb au coeur d\u2019une recherche de sobri\u00e9t\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et de durabilit\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La fa\u00e7ade arri\u00e8re poss\u00e8de \u00e9galement plusieurs r\u00f4les. La trame du bardage reprend des motifs que nous trouvons dans les stabulations contemporaines, c\u2019est-\u00e0-dire un espacement d\u2019un centim\u00e8tre entre les planches. En \u00e9t\u00e9, lorsque le bois se r\u00e9tracte l\u00e9g\u00e8rement, les espacements augmentent \u00e0 deux centim\u00e8tres et ainsi la capacit\u00e9 de ventilation naturelle augmente \u00e9galement. Ces retraits et gonflements sont normaux et logiques, ils participent \u00e0 un dispositif int\u00e9gr\u00e9 dans des dynamiques agricoles et nous permettent d\u2019assurer une polyvalence de l\u2019\u00e9quipement. En effet, lorsqu\u2019une manifestation agricole est organis\u00e9e le week-end par exemple, le b\u00e2timent ventile tout seul de mani\u00e8re naturelle toute la semaine et il est possible d\u2019accueillir d\u2019autres manifestations le week-end suivant. Nous avons livr\u00e9 le b\u00e2timent en 2011 et il n\u2019y a jamais eu de manifestants m\u00e9contents, pour un salon ou des concerts, d\u00fb \u00e0&nbsp;la pr\u00e9sence ou pr\u00e9gnance de l\u2019odeur des animaux. Il s\u2019agit donc d\u2019un dispositif tr\u00e8s simple et efficace qui permet pour ce b\u00e2timent de ne pas utiliser d\u2019\u00e9nergie, il se ventile de lui-m\u00eame, poss\u00e8de sa propre vie et est en mesure d\u2019int\u00e9grer diff\u00e9rentes fonctions dans des temporalit\u00e9s vari\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous d\u00e9veloppons aussi les probl\u00e9matiques li\u00e9es aux temporalit\u00e9s de vie du b\u00e2timent. Comme sur d\u2019autres projets, la question du vieillissement du bardage bois, avec la mise en place d\u2019un dispositif particulier, tient compte des risques de gonflements et de retraits, des probl\u00e8mes de gel et de d\u00e9gel li\u00e9s notamment \u00e0 l\u2019altitude et des risques de cassures des descentes d\u2019eaux pluviales. Nous avons ainsi mis en place des syst\u00e8mes de descentes d\u2019eaux pluviales ouvertes, en forme de U et avec un l\u00e9ger biais, emp\u00eachant tout retour de goutte d\u2019eau possible. L\u2019eau tombe et lorsqu\u2019elle g\u00e8le il se produit un ph\u00e9nom\u00e8ne de dilatation, mais celui-ci n\u2019entra\u00eene pas de fissures ou de brisures des zingueries mises en \u0153uvre. De plus, trois ans apr\u00e8s, nous avons \u00e9galement une patine uniforme qui se constitue sur le bardage alors qu\u2019il n\u2019y a pas de d\u00e9bord de toiture. Et pour finir, le bardage, mis en \u0153uvre sur la grande surface, est brut de sciage. Apr\u00e8s diff\u00e9rents essais et prises de conseils aupr\u00e8s du charpentier, nous en avons d\u00e9duit, il me semble, la solution la plus adapt\u00e9e. Nous n\u2019avons pas cass\u00e9 les veines et les lignes du bois ce qui permet \u00e0 l\u2019eau de s\u2019\u00e9couler beaucoup plus naturellement et de fa\u00e7on homog\u00e8ne sur les planches de bardage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6\/ Travail sur l\u2019exploitation agricole, Vernand (42 &#8211; Loire)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le travail que nous menons sur l\u2019exploitation agricole nous permet d\u2019expliciter le rapport \u00e0 l\u2019animal. Dans les projets qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s, l\u2019enjeu se situait essentiellement dans une am\u00e9lioration des programmes auxquels nous sommes confront\u00e9s. Lorsque nous arrivons sur un projet, les programmes sont d\u00e9finis et nous devons y apporter une r\u00e9ponse. Nous essayons le plus possible de faire en sorte que le bien-\u00eatre animal soit pris en compte et respect\u00e9 et que les conditions de vie et de travail soient confortables. Nous tentons de conduire un travail d\u2019accompagnement mutuel qu\u2019on trouve ensuite en corollaire dans un certain nombre d\u2019\u00e9tudes que nous sommes en train de mener. Ce dont il faut prendre conscience, c\u2019est que les \u00e9volutions agricoles actuelles sont principalement bas\u00e9es sur l\u2019accroissement perp\u00e9tuel des surfaces des exploitations.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Des \u00e9volutions agricoles \u00e0 questionner<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je suis architecte Conseil de l\u2019\u00c9tat dans la Ni\u00e8vre. Dans ce d\u00e9partement, il n\u2019est pas rare qu\u2019un exploitant agricole soit amen\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer 200 \u00e0 300 hectares, ce qui est consid\u00e9rable. Dans la Loire, il s\u2019agit encore d\u2019une centaine d\u2019hectares ou plus, ce qui est quand m\u00eame beaucoup. L\u2019enjeu, que nous essayons de porter, est qu\u2019il r\u00e9sulte de cet accroissement des surfaces une attention moindre accord\u00e9e \u00e0 l\u2019espace et au potentiel des espaces dont on dispose.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours d\u2019une \u00e9tude que nous avons men\u00e9e, un agriculteur a dit, \u00e0 juste titre, que les agriculteurs ne sont plus des guideurs ou des \u00e9leveurs, mais des chauffeurs de tracteurs. Ils passent leur temps \u00e0 aller de parcelles en parcelles, \u00e0 \u00eatre le plus rationnel et le plus rapide possible. De plus, lors de la fauche des foins par exemple, un tour est fait mais une bonne partie du fourrage situ\u00e9 trop pr\u00e8s des haies est laiss\u00e9 puisqu\u2019il y a un risque d\u2019ab\u00eemer le mat\u00e9riel. Il y a donc un enjeu aujourd\u2019hui, comme sur le b\u00e2timent de l\u2019INRA, de consommation d\u2019espace b\u00e2ti, de manutention et de gestion des engins dans l\u2019espace agricole.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La polyculture<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a \u00e9galement des notions d\u2019\u00e9conomie et d\u2019attention \u00e0 porter sur les surfaces agricoles dont on dispose. Tout le travail que nous essayons de construire et de mener sur la ferme que nous poss\u00e9dons, au d\u00e9part avec nos parents, proc\u00e8de de cette volont\u00e9. Il s\u2019agit d\u2019une surface de production c\u00e9r\u00e9ali\u00e8re, d\u2019\u00e9levage allaitant et de viande bovine et ovine dans une ferme en polyculture. Nous avions deux grandes parcelles et avons souhait\u00e9 mettre en place des lani\u00e8res fines permettant d\u2019articuler un espace plant\u00e9 de prairies temporaires et de production plut\u00f4t fourrag\u00e8re, avec un espace de c\u00e9r\u00e9aliculture. Nous ne voulions pas d\u2019une gestion forc\u00e9e par de grandes haies longilignes qui risquaient de casser le parcellaire. Nous avons gard\u00e9 cet espace ouvert mais avec une ma\u00eetrise de l\u2019\u00e9rosion par des principes simples de plantations, des strates herbac\u00e9es interm\u00e9diaires qui viennent bloquer les sols et l\u2019\u00e9coulement des eaux ainsi que le risque de d\u00e9valement des terres. De plus, ces longues bandes fines nous permettent d\u2019inclure des \u00e9volutions dans le rythme du paysage. En effet, lorsque les c\u00e9r\u00e9ales poussent entre les prairies et les parties d\u00e9di\u00e9es au fourrage, nous mettons en \u00e9vidence les distinctions entre les \u00e9l\u00e9ments v\u00e9g\u00e9taux. De m\u00eame, nous manifestons le d\u00e9veloppement du potentiel d\u2019ajustement de ces parcelles en les travaillant en longueur et en luttant de cette mani\u00e8re contre l\u2019\u00e9rosion des sols.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le p\u00e2turage de sous-bois<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes \u00e9galement intervenus sur un sous-bois dans la continuit\u00e9 de certaines prairies temporaires men\u00e9es en p\u00e2turage. Quand nous \u00e9tions enfants tous ces sous-bois \u00e9taient embroussaill\u00e9s et non utilis\u00e9s par nos parents. Nous avons alors souhait\u00e9 optimiser cet espace et r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 un usage agricole possible en valorisant aussi les arbres pr\u00e9sents.Ainsi nous avons reconstitu\u00e9 un \u00e9lagage fin, d\u00e9broussaill\u00e9 quand nous le pouvions, l\u00e0 o\u00f9 les animaux ne mangeaient pas et ne p\u00e2turaient pas, afin d\u2019utiliser ce couvert bois\u00e9 comme un refuge potentiel, un nouveau g\u00eete possible et un espace d\u2019accueil ombrag\u00e9 pour les animaux.&nbsp;Le plus souvent et jusqu\u2019aux canicules r\u00e9centes, nous retrouvons dans les parcelles et dans un certain nombre de sites, un environnement difficile pour les animaux car&nbsp;ils ne comptent pas d\u2019espaces bois\u00e9s ou ombrag\u00e9s. Ce travail de lisi\u00e8re permet d\u2019optimiser des surfaces agricoles qui n\u2019\u00e9taient pas ou plus utilis\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Pratiques agricoles et pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une des probl\u00e9matiques que l\u2019on retrouve \u00e9galement est le lien entre pr\u00e9sence animale et biodiversit\u00e9. Elle est principalement li\u00e9e au b\u00e9tail, bovin notamment, qui vient d\u00e9structurer et ab\u00eemer les bords des cours d\u2019eaux. Nous avons donc men\u00e9 sur l\u2019ensemble de l\u2019exploitation un travail de r\u00e9flexion sur les syst\u00e8mes d\u2019abreuvement, en condamnant les mares et en les transformant en zones humides au sein desquelles une nouvelle biodiversit\u00e9 peut se d\u00e9velopper, et o\u00f9 les animaux, notamment les bovins, n\u2019ont pas acc\u00e8s. En parall\u00e8le, nous avons r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 deux IPN dans une grange, o\u00f9 nous avions d\u00e9moli un plancher, pour en faire un syst\u00e8me d\u2019abreuvement peu courant. Il permet de mani\u00e8re simple de concentrer les points d\u2019abreuvements, \u00e9vitant ainsi qu\u2019ils ab\u00eement et pi\u00e9tinent l\u2019ensemble des pi\u00e8ces d\u2019eau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les parcelles de reconqu\u00eate<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les parcelles de reconqu\u00eate sont des fonds de p\u00e2tures humides qui ont tendance \u00e0 s\u2019embroussailler de mani\u00e8re importante. Cela nous a conduit \u00e0 mettre en place un syst\u00e8me agricole diff\u00e9rent en ayant recours notamment \u00e0 un autre type de troupeau. Les vaches Highland sont en effet plus adapt\u00e9es au milieu humide que les vaches Limousines. De plus, pour que la p\u00e2ture se fasse de mani\u00e8re beaucoup plus intensive et rythm\u00e9e, nous avons redessin\u00e9 le parcellaire pour obtenir des parcelles plus petites et contraintes. Ainsi, nous avons fractionn\u00e9 les lots afin d\u2019avoir une meilleure gestion de l\u2019espace et une optimisation agricole, mais \u00e9galement une r\u00e9ouverture des paysages. Gr\u00e2ce \u00e0 la mise en place de dispositifs tr\u00e8s simples et de modes de conduite de troupeaux diff\u00e9rents, nous cherchons \u00e0 mettre en place un travail conjoint avec l\u2019animal. Il est important pour nous, dans notre travail, de ne pas laisser les troupeaux seuls mais plut\u00f4t d\u2019\u00e9tablir une relation commune en vue de g\u00e9rer ensemble le paysage. Nous d\u00e9cidons, en fonction des troupeaux, des constructions et des articulations du paysage que nous pouvons obtenir.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un festival d\u2019art contemporain<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espace de la ferme est pour nous un laboratoire d\u2019exp\u00e9rimentation. Et dans ce cadre, afin \u00e9galement de ne pas \u00eatre confront\u00e9s seuls \u00e0 la ferme qui est un lieu familial assez charg\u00e9, nous avons mis en place un festival d\u2019art contemporain, qui se tient en biennale. Il permet de projeter sur la ferme un ensemble d\u2019interventions, de regards ext\u00e9rieurs, portant sur des th\u00e9matiques tr\u00e8s simples mais qui posent une question de mani\u00e8re large : quel est le rapport entretenu entre culture et urbanit\u00e9 et quels en sont les d\u00e9tournements possibles ?&nbsp;Pour illustrer cela, je vous donne deux exemples. Nous nous sommes inspir\u00e9s d\u2019un syst\u00e8me suisse, le loto-bouse. Il consiste \u00e0 parier sur la case sur laquelle la bouse d\u2019une vache va atterrir.&nbsp;Et nous avons d\u00e9tourn\u00e9 des pierres \u00e0 sel en leur donnant l\u2019apparence de bonbons, de pastilles Vichy. C\u2019est ce style de d\u00e9tournement qui pour nous permet de surmonter la c\u00e9sure qu\u2019il pouvait y avoir entre population et activit\u00e9, pratique urbaine et pratique agricole, en cr\u00e9ant des temps d\u2019\u00e9changes et de liens qui permettent d\u2019appr\u00e9hender de mani\u00e8re ludique et d\u00e9tourn\u00e9e les interrelations et la saisie des pratiques agricoles.&nbsp;Pendant ces temporalit\u00e9s, il est essentiel de mettre en place des passages pour ne pas ab\u00eemer les fonds humides ou pour \u00e9viter de g\u00e9n\u00e9rer des pi\u00e9tinements par les allers et venues des humains. Nous avons donc cr\u00e9\u00e9 des passerelles temporaires qui sont simplement des palettes pos\u00e9es le temps d\u2019un week-end et qui peuvent ensuite \u00eatre retir\u00e9es \u00e0 la fin du festival.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce festival, que nous menons depuis 10 ans le temps d\u2019un week-end, avec une association de 60 adh\u00e9rents, fait venir plus de 2000 personnes. Il est important pour nous en milieu rural de tenter de faire saisir les pratiques agricoles. De plus, dans un temps donn\u00e9, cet espace peut aussi devenir un espace public. Ce qui nous semble important c\u2019est ce m\u00e9lange possible de pratiques et connaissances mutuelles entre la population urbaine qui habite l\u2019espace rural et les pratiques rurales et agricoles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7\/ Etude de revitalisation de centre-bourg en moyenne montagne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes en train de conduire une \u00e9tude sur la revitalisation d\u2019un centre-bourg. C\u2019est un village de moyenne montagne, qui oscille entre 800 et 1300 m\u00e8tres d\u2019altitude, bord\u00e9 par des prairies d\u2019estives. Nous avons remport\u00e9 cet appel d\u2019offre pour la revitalisation du village avec plusieurs bureaux d\u2019\u00e9tudes, et nous souhaitions d\u2019embl\u00e9e poser la probl\u00e9matique du d\u00e9veloppement et de la compr\u00e9hension du rapport territorial que le centre-bourg entretient avec l\u2019ensemble de son site et du territoire communal.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Identification des caract\u00e9ristiques territoriales et paysag\u00e8res<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons ainsi identifi\u00e9 et mis en avant deux \u00e9l\u00e9ments. Le premier montre que la commune s\u2019articule le long d\u2019un bassin et d\u2019une rivi\u00e8re embl\u00e9matique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du d\u00e9partement. Les \u00e9lus n\u2019en avaient pas conscience, et il nous a donc sembl\u00e9 important de permettre la lecture, \u00e0 la population et aux \u00e9lus, de l\u2019\u00e9chelle de leur commune. Le second met en exergue le fait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un territoire \u00e0 \u00e9tages. Les centre-bourgs s\u2019installent en effet dans les fonds de vallons. Ce sont des espaces qui tendent progressivement \u00e0 s\u2019enfricher de mani\u00e8re pr\u00e9gnante et forte, et o\u00f9 de nombreuses plantations foresti\u00e8res de douglas ont \u00e9t\u00e9 faites \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, occasionnant une r\u00e9elle fermeture des paysages. Un autre \u00e9tage est constitu\u00e9 de plateaux agricoles en polycultures relativement bien constitu\u00e9s et entretenus. Puis, l\u2019\u00e9tage des for\u00eats correspondant \u00e0 un milieu d\u00e9j\u00e0 caract\u00e9ris\u00e9 de fa\u00e7on un peu plus \u00ab&nbsp;naturelle&nbsp;\u00bb. Et enfin, les espaces d\u2019estives, appel\u00e9s les Hautes Chaumes, qui sont de grands plateaux herbac\u00e9s assez beaux, caract\u00e9ristiques des milieux de moyenne montagne, et entretenus par le biais d\u2019une estive communale. Sur ces espaces, on trouve des fermes avec pour chacune, sur le pourtour ou plus \u00e9loign\u00e9es, des parcelles qui sont g\u00e9r\u00e9es par des agriculteurs. L\u2019espace de sommet est un espace commun.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une rupture de liens entre l\u2019habiter urbain et les pratiques agricoles<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons men\u00e9 un travail de concertation pendant lequel nous avons entendu de la part de tous les habitants des hameaux qu\u2019ils ne voudraient jamais habiter l\u00e0 parce qu\u2019ils consid\u00e8rent que c\u2019est la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, l\u2019ensemble des espaces de fonds de vall\u00e9e et de coteaux ont tendance \u00e0 s\u2019enfricher. Ils tendent ainsi \u00e0 produire une dissociation entre les perspectives, la mani\u00e8re d\u2019habiter le centre-bourg, l\u2019espace agricole proche et le paysage. Cet espace interm\u00e9diaire de liens et de connections avec le paysage rural cr\u00e9e une \u00e9paisseur qui aujourd\u2019hui n\u2019est plus ou n\u2019est pas r\u00e9ellement franchissable. D\u00e8s les premi\u00e8res pr\u00e9-esquisses, nous avons consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019un des enjeux \u00e9tait de faire reconnaitre que, sur les cartes et les photos des ann\u00e9es 1950, tout cet ensemble \u00e9tait un espace vivrier constitu\u00e9 de potagers, de vergers et de cultures mara\u00eech\u00e8res. Bien qu\u2019il s\u2019agisse de parcelles en coteaux, c\u2019\u00e9tait un espace vivant et nourricier en interconnexion pleine et enti\u00e8re avec le centre-bourg. De m\u00eame, les flans de vallons \u00e9taient eux aussi g\u00e9r\u00e9s par des p\u00e2turages. Il y avait un cadre naturel de fond de vallon assez fort et pr\u00e9sent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Re-tisser des liens entre le centre-bourg et son territoire : la reconqu\u00eate des coteaux et fonds de vallon<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, ce sont des espaces qui s\u2019enfrichent.&nbsp;Donc pour reconqu\u00e9rir ces coteaux, nous avons tent\u00e9 de mettre en place un ensemble de dispositifs permettant aux agriculteurs pr\u00e9sents de g\u00e9rer ces parcelles en agrandissant leurs exploitations. Nous avons \u00e9galement tent\u00e9 de reconstituer, de reconfigurer, un ensemble de jardins potagers en pourtour de village. Ces parcelles potag\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 notamment propos\u00e9es \u00e0 un certain nombre de personnes \u00e2g\u00e9es qui poss\u00e9daient une r\u00e9sidence secondaire et qui habitent \u00e0 pr\u00e9sent de fa\u00e7on plus p\u00e9renne dans le village.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les espaces \u00e0 flanc de vallon, regroupant des zones pavillonnaires et des parcelles relativement \u00e9troites et enfrich\u00e9es, pourraient b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une recomposition en estive communale. Celle-ci serait g\u00e9r\u00e9e de mani\u00e8re collective peut-\u00eatre par des agriculteurs retrait\u00e9s souhaitant quitter leurs hameaux et leurs exploitations pour habiter en centre-bourg tout en maintenant un usage et une pratique agricole. En effet, nous sentons souvent dans tous ces villages que le point critique pour les agriculteurs est le moment o\u00f9 ils doivent quitter leur ferme. Avoir une ferme est plaisant, m\u00eame si c\u2019est quelque chose de lourd et prenant, et la quitter est une \u00e9tape assez dure, le rythme agricole est perdu et peut poser probl\u00e8me pour certains. L\u2019enjeu de la revitalisation du centre-bourg peut \u00e9galement passer par l\u2019arriv\u00e9e d\u2019habitants qui ont encore envie d\u2019habiter dans la commune, mais pas forc\u00e9ment dans le village, qu\u2019ils consid\u00e8rent comme la ville. Ils pourraient justement y trouver une occupation ou une activit\u00e9 agricole dans une gestion commune et collective des espaces interstitiels de bords de bourg.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons propos\u00e9 ces id\u00e9es \u00e0 la commune qui commence \u00e0 s\u2019en emparer et \u00e0 y r\u00e9fl\u00e9chir aujourd\u2019hui. Nous sommes aussi accompagn\u00e9s dans ce projet par le Parc Naturel R\u00e9gional du Livradois-Forez qui intervient en tant qu\u2019assistant \u00e0 la ma\u00eetrise d\u2019ouvrage. Celui-ci a annonc\u00e9 \u00e0 la commune qu\u2019ils venaient d\u2019aller voir un village dans le Jura qui \u00e9tait en train de lancer le m\u00eame type de gestion. Cela leur a permis de se dire que, finalement, ils ne seraient pas les seuls hurluberlus \u00e0 mettre en place ce type de syst\u00e8me.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas pr\u00e9sent, pour nous qui menons aussi des \u00e9tudes en milieu urbain dans d\u2019autres villes, l\u2019enjeu est de faire prendre conscience qu\u2019en milieu rural il y a des liens \u00e0 tisser entre pratiques urbaines et pratiques agricoles. La red\u00e9finition des espaces, leur qualification, et l\u2019interrogation des diff\u00e9rentes gestions possibles de ceux-ci, peuvent \u00eatre un levier et supports de nouveaux projets.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9changes avec le public<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>1\/&nbsp;&nbsp;<em>J\u2019avais une question par rapport \u00e0 l\u2019usage du bois local que vous avez mis en place dans beaucoup de projets. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 cette ressource est-il plut\u00f4t facile ou plut\u00f4t compliqu\u00e9 ?&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas forc\u00e9ment simple, surtout dans le cas d\u2019appels d\u2019offres publics. En ma\u00eetrise d\u2019\u0153uvre priv\u00e9e on peut mieux ma\u00eetriser cet aspect, et encore\u2026 Mais pour nous, sur la question de l\u2019approvisionnement, les leviers sont simples. L\u2019un d\u2019eux porte sur les appels d\u2019offres des entreprises. On peut engager des n\u00e9gociations, entre le ma\u00eetre d\u2019ouvrage et les trois premi\u00e8res entreprises par exemple, qui ne portent pas uniquement sur le prix mais aussi sur les m\u00e9thodologies. Il est possible de demander \u00e0 ce que la m\u00e9thodologie soit bien d\u00e9crite et la question de l\u2019approvisionnement bien pos\u00e9e, dans la d\u00e9finition des appels d\u2019offres. La question de la m\u00e9thodologie de seconde transformation est aussi importante. Par exemple, pour le lamell\u00e9-coll\u00e9, il s\u2019agit de savoir o\u00f9 il est fait, parce que souvent on a du bois local qui est coll\u00e9 \u00e0 400 kilom\u00e8tres et qui revient.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, il y a des dispositifs qui commencent \u00e0 se mettre en place avec des labels : \u00ab&nbsp;bois des Alpes&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;bois BTMC&nbsp;\u00bb (bois des Territoires du Massif Central) par exemple. Ce ne sont pas des marques donc ils peuvent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans un appel d\u2019offre. Ainsi, les entreprises peuvent se faire labelliser. Et si elles n\u2019ont pas le label en d\u00e9but de projet, elles peuvent dire qu\u2019elles sont en train d\u2019initier la d\u00e9marche pour se faire labelliser. Cela pose n\u00e9cessairement un certain nombre de contraintes car toutes les entreprises ne sont pas volontaires pour le faire, et il y a des d\u00e9marches administratives qui ne sont pas forc\u00e9ment \u00e9videntes \u00e0 mener.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon moi, la possibilit\u00e9 d\u2019utiliser les ressources locales est souvent li\u00e9e \u00e0 des questions d\u2019opportunit\u00e9s, de sensibilit\u00e9 des entreprises et des appels d\u2019offres. Par exemple, nous avons construit un projet en bois massif, exclusivement en bois communal. Nous disposions d\u00e9j\u00e0 des bois, et l\u2019entreprise devait les scier. Nous \u00e9tions l\u2019\u00e9t\u00e9 de la canicule, et c\u2019\u00e9tait la seule scierie en France fabricant des piques \u00e0 brochettes en h\u00eatre pour les barbecues, en bois alimentaire. Du coup ils n\u2019ont pas eu le temps de s\u2019occuper de notre bois\u2026 \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une histoire \u00e0 dormir debout. Il faut bien concevoir qu\u2019il y a ces probl\u00e9matiques dans la gestion de l\u2019ensemble de la fili\u00e8re. Finalement, on a eu de la chance de tomber sur un charpentier scieur qui avait une scierie int\u00e9gr\u00e9e. Cela a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 le cas par exemple \u00e0 Marcenat o\u00f9 nous avons eu recours \u00e0 un charpentier scieur du Cantal qui s\u2019approvisionne en Corr\u00e8ze.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les projets que nous avons pu mener plus vers chez nous, comme pour le centre \u00e9questre par exemple, nous avons utilis\u00e9 les bois du Haut Beaujolais en douglas avec des scieurs et des charpentiers locaux, que l\u2019on connait tr\u00e8s bien. Les ganivelles en ch\u00e2taignier venaient de la Dr\u00f4me, donc \u00e0 150 km. Et enfin, pour le Haut Forez, c\u2019est une entreprise super bien, que personne ne connait, qui fait du bois lamell\u00e9-coll\u00e9 avec un approvisionnement local \u00e0 30 ou 40 km. Ce qui nous int\u00e9resse dans le projet que nous avons pu mener avec eux c\u2019est qu\u2019aujourd\u2019hui, sur d\u2019autres projets, ils peuvent intervenir \u00e0 la fois comme charpentiers mais aussi uniquement comme scieurs. Et donc nous le mettons en lien avec des entreprises avec lesquelles nous travaillons. C\u2019est un peu du \u00ab&nbsp;bricolage&nbsp;\u00bb mais cela nous garantit un approvisionnement local.<\/p>\n\n\n\n<p><em>2\/ Les projets que vous avez montr\u00e9s sont tr\u00e8s li\u00e9s \u00e0 la p\u00e9dagogie que vous mettez en place avec la ma\u00eetrise d\u2019ouvrage pour faire \u00e9voluer le programme vers les valeurs que vous portez. Quels sont, d\u2019apr\u00e8s vos exp\u00e9riences de projets dans ces th\u00e9matiques, les leviers qui font parler les agriculteurs qui a priori ne s\u2019entendaient pas au d\u00e9but du projet ? Qu\u2019est-ce qui fait \u00e9voluer les ma\u00eetrises d\u2019ouvrages, est-ce que ce sont des questions pragmatiques de co\u00fbt, par exemple, ou est-ce que sur des questions plus sensibles d\u2019usage vous arrivez \u00e0 les faire \u00e9voluer ?&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, nous ne travaillons pas \u00e9norm\u00e9ment avec des agriculteurs priv\u00e9s. Le cadre de ces projets reste tr\u00e8s particulier. Nous commen\u00e7ons le projet et ensuite les agriculteurs qui viennent vers nous sont la plupart du temps d\u00e9j\u00e0 sensibilis\u00e9s \u00e0 ces questions. Ils ont envie de construire en bois avec le charpentier du coin et de s\u2019approvisionner le plus possible en bois local, c\u2019est souvent parce qu\u2019ils sont d\u00e9j\u00e0 dans des d\u00e9marches de ventes directes ou autres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais par contre j\u2019ai plut\u00f4t envie de vous parler des ma\u00eetres d\u2019ouvrages disons plus \u00ab&nbsp;classiques&nbsp;\u00bb, parce que nous faisons pas mal d\u2019\u00e9quipements courants comme des \u00e9coles ou autres en milieu rural. Et l\u00e0, nous nous trouvons souvent confront\u00e9s \u00e0 des questions un peu plus difficiles.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9cemment, nous avons perdu un concours parce que nous avions trop de bois en fa\u00e7ade, par exemple. En r\u00e9alit\u00e9, le concours a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 parce qu\u2019il y avait un d\u00e9saccord, entre le Conseil et la maire, sur l\u2019utilisation du bois en fa\u00e7ade. Tout le village se battait par articles interpos\u00e9s sur, finalement, des questions d\u2019architecture. C\u2019\u00e9tait vraiment tr\u00e8s int\u00e9ressant. Mais comme ils ne s\u2019entendaient pas, ils ont fini par arr\u00eater le projet.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, certains ma\u00eetres d\u2019ouvrages ne souhaitent pas de bois en fa\u00e7ade m\u00eame si nous le justifions correctement et montrons qu\u2019il est possible de le valoriser et de le mettre en \u0153uvre de fa\u00e7on ma\u00eetris\u00e9e d\u2019un point de vue du vieillissement des fa\u00e7ades.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons \u00e9galement failli perdre un autre concours pour les m\u00eames raisons mais nous l\u2019avons finalement gagn\u00e9. En effet, d\u2019embl\u00e9e la ma\u00eetrise d\u2019ouvrage nous a dit qu\u2019elle ne voulait pas de bois sur ce projet. Nous avons donc pris l\u2019initiative d\u2019organiser une s\u00e9lection de projets r\u00e9gionaux, o\u00f9 nous trouvions qu\u2019il y avait une mise en \u0153uvre int\u00e9ressante&nbsp;&nbsp;et diff\u00e9rente du bardage et nous sommes all\u00e9s les visiter avec eux sur une journ\u00e9e. C\u2019est une d\u00e9marche qui prend un peu de temps, mais cela permet de faire passer le message que l\u2019on souhaite et de cr\u00e9er un moment de convivialit\u00e9. C\u2019est un moment de perception commune sur ce qui nous semble int\u00e9ressant mais \u00e9galement sur les remarques et appr\u00e9hensions sur le bois, son vieillissement et ses mises en \u0153uvre en fa\u00e7ades. C\u2019est un travail de longue haleine et un grand travail de sensibilisation, mais nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 mettre en \u0153uvre le bardage sur ce projet.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je me rends compte n\u00e9anmoins qu\u2019il est beaucoup plus difficile de \u00ab&nbsp;vendre un bardage bois&nbsp;\u00bb aujourd\u2019hui qu\u2019en 2007, lorsque nous avons fond\u00e9 l\u2019agence. Mais cela va m\u00eame au-del\u00e0 de notre propre travail et de nos projets. En effet, nous adh\u00e9rons \u00e0 l\u2019inter-profession bois de notre d\u00e9partement, qui est assez active et int\u00e9ressante. Elle organise des revues de projets entre charpentiers, scieurs, architectes, ma\u00eetres d\u2019ouvrages. Lors de ces pr\u00e9sentations, m\u00eame les personnes et les inter-professions, qui sont cens\u00e9es sensibiliser sur la question du bois, estiment qu\u2019il n\u2019est pas d\u00e9cisif d\u2019avoir du bardage bois. Ils consid\u00e8rent parfois que l\u2019important c\u2019est le volume de bois consomm\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire pour la structure, et que le bardage bois repr\u00e9sentant un plus faible volume, il est possible de faire autre chose en fa\u00e7ade.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien entendu, chaque architecte a sa position concernant le bardage bois. Pour nous ce n\u2019est pas une doctrine, mais nous trouvons qu\u2019en terme de langage architectural c\u2019est un dispositif int\u00e9ressant pour raconter l\u2019ensemble de la structure. Nous le mettons donc en \u0153uvre pour la structure et le rev\u00eatement composant ainsi un tout indissociable. En cons\u00e9quence, il est n\u00e9cessaire de porter une exigence forte sur l\u2019ensemble des d\u00e9tails. Par exemple, sur l\u2019un de nos projets, nous avons eu une coulure noire sur le bardage car l\u2019\u00e9lectricien a utilis\u00e9 une vis en acier au lieu d\u2019une vis en inox pour fixer son projecteur. Celle-ci nuit un peu \u00e0 la qualit\u00e9 de la fa\u00e7ade, et illustre l\u2019attention permanente que nous devons maintenir sur l\u2019ensemble des d\u00e9tails tout au long du chantier.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, nous cherchons \u00e0 avoir sur nos projets le moins de d\u00e9bords de toiture et d\u2019asp\u00e9rit\u00e9s de fa\u00e7ade possibles, et lorsqu\u2019il y a un renfoncement nous essayons de marier le bardage bois avec d\u2019autres mat\u00e9riaux, comme le zinc, afin de circonstancier l\u2019emploi du bois en fonction des desseins architecturaux.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;Un merlon est un terme appartenant \u00e0 l\u2019architecture militaire et de fortification. C\u2019est&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;une lev\u00e9e de terre destin\u00e9e \u00e0 servir de protection&nbsp;\u00bb<\/em>, ici contre les avalanches.&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/merlon\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/merlon<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;Une fumi\u00e8re est un&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;emplacement o<\/em><em>\u00f9&nbsp;l&#8217;on d\u00e9pose le fumier en tas pour qu&#8217;il poursuive sa fermentation&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/fumi%25C3%25A8re\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/fumi\u00e8re<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;Un amendement, en agriculture, correspond \u00e0&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;toute op\u00e9ration qui am\u00e9liore le sol&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;et une&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;substance (engrais, etc.) incorpor\u00e9e au sol pour en am\u00e9liorer les propri\u00e9t\u00e9s physiques et chimiques&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/amendement\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/amendement<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>&nbsp;L\u2019hivernage correspond \u00e0&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;l\u2019action de passer l\u2019hiver \u00e0 l\u2019abri, au repos&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>et au&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;s\u00e9jour des bestiaux \u00e0 l&#8217;\u00e9table, dans la bergerie&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/hivernage\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/hivernage<\/a>&nbsp;et&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/hiverner\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/hiverner<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>&nbsp;Les caillebotis sont des&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;treillis ou assemblage de rondins servant de plancher, en particulier dans les lieux humides&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/caillebotis\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/caillebotis<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>&nbsp;Les espaces d\u2019estives sont des&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;p\u00e2turages de haute montagne&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/estive\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/estive<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;Institut National de la Recherche Agronomique<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>&nbsp;Le buron est&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;une petite construction montagnarde o<\/em><em>\u00f9&nbsp;les bergers d&#8217;Auvergne s&#8217;abritent et font leurs fromages en \u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/buron\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/buron<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>&nbsp;Le pansage correspond \u00e0&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;l\u2019ensemble des soins donn\u00e9s \u00e0 certains animaux&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/pansage\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/pansage<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/5B4E123E-44EA-4B36-9D16-C03564F6AC48#_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>&nbsp;Le paddock est&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;une e<\/em><em>nceinte r\u00e9serv\u00e9e o<\/em><em>\u00f9&nbsp;les chevaux sont promen\u00e9s \u00e0 la main&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/paddock\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/paddock<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte r\u00e9dig\u00e9 sur base de la conf\u00e9rence tenue \u00e0 l\u2019\u00c9cole d\u2019Architecture de Nancy le 18 novembre 2019.\u00a0 Pierre Janin est architecte et titulaire d\u2019un master 2 architecture et philosophie. Il a fond\u00e9 en 2007 avec son fr\u00e8re R\u00e9mi Janin, ing\u00e9nieur paysagiste, l\u2019agence Fabriques Architectures Paysages bas\u00e9e \u00e0 Vernand sur le lieu de l\u2019exploitation agricole familiale. &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/rencontres-interdisciplinaires\/rim-2-humains-non-humains\/homme-animal-constructions-agricoles-pierre-janin\/\"> <span class=\"screen-reader-text\">Homme &#8211; Animal \/ Constructions agricoles\u00a0\/\/\u00a0Pierre Janin<\/span> Read More &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":37,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-global-header-display":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","footnotes":""},"class_list":["post-170","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/170","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=170"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/170\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":171,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/170\/revisions\/171"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/37"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=170"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}