{"id":164,"date":"2022-08-23T11:10:23","date_gmt":"2022-08-23T09:10:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/?page_id=164"},"modified":"2022-08-23T11:10:23","modified_gmt":"2022-08-23T09:10:23","slug":"metropolisation-et-domination-masculine-maelle-giard","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/decoloniser\/metropolisation-et-domination-masculine-maelle-giard\/","title":{"rendered":"M\u00e9tropolisation et domination masculine \/\/ Ma\u00eblle Giard"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Compte-rendu de conf\u00e9rence, mardi 18 mai 2021, ENSArchitecture Nancy.\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ma\u00eblle Giard est doctorante en g\u00e9ographie, am\u00e9nagement et urbanisme \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Lumi\u00e8re-Lyon 2.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de sa th\u00e8se en g\u00e9ographie qui porte sur les projets bior\u00e9gionalistes et sur l\u2019\u00e9co-f\u00e9minisme, Ma\u00eblle Giard entreprend une d\u00e9marche non-essentialiste &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire une d\u00e9marche qui ne croit pas en \u00ab&nbsp;l\u2019essence&nbsp;\u00bb d\u2019une chose, et qui rejette le fait qu\u2019une entit\u00e9 ait des traits sp\u00e9cifiques pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s. L\u2019essentialisme de genre par exemple, une question au c\u0153ur de son intervention, d\u00e9signe les natures masculines et f\u00e9minines comme diff\u00e9rentes par essence. Ma\u00eblle Giard semble au contraire rejoindre le constructivisme social, qui envisage la r\u00e9alit\u00e9 sociale, telle que la diff\u00e9rence homme\/femme comme une construction culturelle. D\u00e8s le d\u00e9but de son intervention, elle pose des questions \u00e9thiques et m\u00e9thodologiques sur la place de la femme dans la m\u00e9tropolisation. En effet, l\u2019espace public occidental est fortement masculin. Cette expression du patriarcat au sein de l\u2019urbain prend diff\u00e9rentes formes&nbsp;: omnipr\u00e9sence du masculin et du sexe masculin, cr\u00e9ation de fait de territoires de non-mixit\u00e9s dans la ville en raison de leurs usages sp\u00e9cifiques, et omnipr\u00e9sence masculine parmi les d\u00e9cideurs et am\u00e9nageurs du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour appuyer ce propos introductif, Ma\u00eblle Giard r\u00e9v\u00e8le d\u2019abord que, en France, seules 6% des rues qui portent le nom d\u2019une personne sont associ\u00e9es \u00e0 des femmes.&nbsp;\u00c0&nbsp;Lyon, ce pourcentage de noms de femmes repr\u00e9sent\u00e9es dans l\u2019espace public n\u2019est que de 1,1%, et \u00e0 Marseille, il chute \u00e0 0,6%. Plus troublant encore, ces d\u00e9nominations f\u00e9minines sont souvent associ\u00e9es \u00e0 des impasses ou des ruelles. La surrepr\u00e9sentation du masculin se retrouve \u00e9galement dans l\u2019image du sexe lui-m\u00eame : si ce dernier, au f\u00e9minin, est pol\u00e9mique, il est omnipr\u00e9sent au masculin \u00e0 travers des architectures de forme phallique et des graffitis dans l\u2019espace urbain. Pourquoi cette masculinisation de l\u2019espace public&nbsp;? Ma\u00eblle Giard explique que les am\u00e9nageurs du territoire sont majoritairement masculins&nbsp;: en 2020, le pourcentage de femmes dans les conseils municipaux n\u2019\u00e9tait que de 20%. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre produit une ville faite pour les hommes par les hommes. Les d\u00e9cideurs du territoire font alors \u00e9merger \u2013 consciemment ou inconsciemment &#8211; des espaces qui ont tendance \u00e0 produire une non-mixit\u00e9 de genre (cityparc, places, rues, skateparc\u2026). Ma\u00eblle Giard d\u00e9veloppe deux de ces lieux : les jardins d\u2019enfants, et, les plus r\u00e9cents, les \u00ab&nbsp;street workout&nbsp;\u00bb &#8211; des lieux de musculation de rue -.&nbsp;\u00c0&nbsp;propos de ceux-ci, elle interroge l\u2019occupation de l\u2019espace public&nbsp;&nbsp;que g\u00e9n\u00e8rent ces d\u00e9monstrations masculines,&nbsp;et ce qu\u2019ils produisent sur la perception de la virilit\u00e9. Elle affirme que ces lieux o\u00f9 l\u2019on&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;fait du sport torse nu avec de la musique forte<\/em>&nbsp;\u00bb, une pratique g\u00e9n\u00e9ralement inenvisageable pour des femmes, repr\u00e9sentent bien le m\u00e9canisme de construction des villes selon le genre. Parall\u00e8lement, elle nous pr\u00e9sente la disparition de certains espaces traditionnels de non-mixit\u00e9 f\u00e9minine, comme les lavoirs ainsi que l\u2019apparition, aujourd\u2019hui, d\u2019autres espaces de non-mixit\u00e9 f\u00e9minine comme les jardins d\u2019enfants. Ces d\u00e9bats sont complexes&nbsp;: quand la non-mixit\u00e9 est souhaitable&nbsp;? Quand devient-elle un frein \u00e0 l\u2019appropriation de la ville par tous&nbsp;? Jusqu\u2019\u00e0 quel point doit-on encadrer mixit\u00e9 et non-mixit\u00e9&nbsp;? Diverses approches sont test\u00e9es dans des situations pr\u00e9sent\u00e9es par Ma\u00eblle Giard&nbsp;: le remplacement forc\u00e9 \u00e0 certains horaires d\u2019une non-mixit\u00e9 par une autre, par exemple \u00e0 Mariju, o\u00f9 un skateparc est ouvert \u00e0 certaines heures aux femmes, et \u00e0 d\u2019autres heures aux hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces probl\u00e8mes ne sont pas propres \u00e0 l\u2019\u00e9chelle urbaine. Ma\u00eblle Giard rappelle que les st\u00e9r\u00e9otypes et les valeurs de genre sont accentu\u00e9s et int\u00e9gr\u00e9s d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge. La magnificence et la force semblent \u00eatre des valeurs attribu\u00e9es \u00e0 l\u2019homme, au contraire de l\u2019empathie, de la douceur et du soin qui paraissent \u00eatre des valeurs associ\u00e9es \u00e0 la femme. Mais d\u2019o\u00f9 viennent ces st\u00e9r\u00e9otypes&nbsp;? Est-il possible de distinguer ce qui rel\u00e8ve de l\u2019inn\u00e9 et de l\u2019acquis&nbsp;? Les nouvelles d\u00e9couvertes de la biologie remettent en question cette derni\u00e8re distinction&nbsp;: les exp\u00e9riences v\u00e9cues auraient un impact sur nos g\u00e8nes. Pour autant, pour Ma\u00eblle Giard, il est \u00e9vident que les cultures renforcent les st\u00e9r\u00e9otypes&nbsp;: la figure de la femme en d\u00e9tresse dans la rue, un clich\u00e9 souvent relay\u00e9 dans les films, est, par exemple, tr\u00e8s pr\u00e9sente dans nos repr\u00e9sentations et nos imaginaires. Cette peur associ\u00e9e \u00e0 l\u2019espace public, et relev\u00e9e dans de nombreux t\u00e9moignages f\u00e9minins, n\u2019est pourtant pas n\u00e9cessairement rationnelle&nbsp;: les agressions dans l\u2019espace urbain sont davantage faites sur des hommes &#8211; ou, en tout cas, il y a plus de plaintes de leur part, une information qui ne suffit pas \u00e0 tirer des conclusions d\u00e9finitives, car il est possible que les hommes portent plus syst\u00e9matiquement plainte que les femmes. Celles-ci mettent place des pratiques d\u2019\u00e9vitement dans l\u2019espace public : faire semblant d\u2019\u00eatre au t\u00e9l\u00e9phone, ou encore contourner certains lieux ou quartiers pr\u00e9sentant des incivilit\u00e9s par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces situations posent des probl\u00e8mes \u00e9thiques, qui am\u00e8nent Ma\u00eblle Giard \u00e0 se questionner sur le plan m\u00e9thodologique. Pour d\u00e9coloniser nos id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues du genre dans la ville, elle nous pr\u00e9sente des associations et collectifs, comme&nbsp;<em>Les colleuses<\/em>, qui d\u00e9noncent les dominations et les violences \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes. Comme de nombreuses autres associations, en accord ou non avec l\u2019\u00e9cof\u00e9minisme, celles-ci visent l\u2019\u00e9mancipation collective. En ce sens, leur mod\u00e8le pourrait inspirer d\u2019autres collectifs, tel que le mouvement \u00e9cologique, mais aussi les auteurs de la production de l\u2019espace. Comment requestionner les syst\u00e8mes de domination dans l\u2019espace public et l\u2019architecture&nbsp;? Quelles valeurs architecturales donnons-nous au genre dans la ville&nbsp;? Peut-on reconna\u00eetre un b\u00e2timent r\u00e9alis\u00e9 pour un ou une architecte&nbsp;? Les femmes architectes ont-elles appris \u00e0 se conformer \u00e0 une pratique et un regard masculins du m\u00e9tier durant leurs \u00e9tudes&nbsp;? Pour leurs futurs projets, les architectes doivent, selon Ma\u00eblle Giard, se questionner et se positionner par rapport \u00e0 ces syst\u00e8mes de domination de genre dans la ville.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Compte-rendu de conf\u00e9rence, mardi 18 mai 2021, ENSArchitecture Nancy.\u00a0 Ma\u00eblle Giard est doctorante en g\u00e9ographie, am\u00e9nagement et urbanisme \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Lumi\u00e8re-Lyon 2. 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