{"id":130,"date":"2022-08-23T08:26:27","date_gmt":"2022-08-23T06:26:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/?page_id=130"},"modified":"2022-08-23T08:27:25","modified_gmt":"2022-08-23T06:27:25","slug":"ecologies-decoloniales-pistes-pour-faire-monde-dans-la-tempete-moderne-julie-beaute","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.architecture-mutations.fr\/index.php\/decoloniser\/ecologies-decoloniales-pistes-pour-faire-monde-dans-la-tempete-moderne-julie-beaute\/","title":{"rendered":"\u00c9cologies d\u00e9coloniales\u00a0: pistes pour faire monde dans la temp\u00eate moderne \/\/Julie Beaut\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Compte-rendu de conf\u00e9rence, mardi 16 mars 2021, ENSArchitecture Nancy.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Julie Beaut\u00e9 est doctorante en philosophie contemporaine, \u00e0 l\u2019ENS Ulm \/ PSL.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour construire son propos, Julie Beaut\u00e9 s\u2019inspire et s\u2019appuie sur l\u2019ouvrage <em>Une \u00e9cologie D\u00e9coloniale<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a><\/em> de Malcolm Ferdinand. S\u2019appuyant sur les propositions de cet auteur, elle propose trois nouvelles mani\u00e8res de penser pour naviguer au c\u0153ur de la \u00ab&nbsp;temp\u00eate moderne&nbsp;\u00bb que celui-ci d\u00e9crit. Il s\u2019agit d\u2019abord de penser ensemble, et non de mani\u00e8re dissoci\u00e9e, la fracture environnementale qui \u00e9tablit un rapport hi\u00e9rarchique entre des humains et les animaux, et la fracture coloniale qui, au sein des humains, oppose l\u2019homme blanc dipl\u00f4m\u00e9 et ses subalternes. Elle propose ensuite de penser l\u2019\u00e9cologie depuis le monde carib\u00e9en et ses DOM TOM m\u00e9connus de la France m\u00e9tropolitaine, en mettant en \u0153uvre une justice \u00e9pist\u00e9mique, c\u2019est-\u00e0-dire qui prenne en consid\u00e9ration la capacit\u00e9 de tous les individus \u00e0 produire du savoir. En cela, elle se situe du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9co-critique post-d\u00e9coloniale. Enfin, elle propose d\u2019arr\u00eater de penser que la Terre est notre maison&nbsp;: elle ne nous appartient pas en propre. Il s\u2019agit donc de construire un cosmopolitisme con\u00e7u comme un horizon de partage, de rencontres et de relations sociales et politiques entre humains et non-humains.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur cette base, Julie Beaut\u00e9 nous explique que le geste principal de la colonisation est d\u00e9j\u00e0 contenu dans l\u2019acte d\u2019habiter&nbsp;: celui-ci \u00e9tablit en effet des fronti\u00e8res entre ceux qui habitent, les colons, et ceux qui n\u2019habitent pas, les esclaves. Ceux-ci subissent une non-habitation dont les \u00ab&nbsp;fondements&nbsp;\u00bb sont non seulement l\u2019usurpation des terres, le d\u00e9frichage, et la d\u00e9forestation, le massacre et les violences envers les am\u00e9rindiens, mais aussi la nomination des lieux. Ces dominations et impositions prennent les \u00ab&nbsp;formes&nbsp;\u00bb de l\u2019esclavage et de l\u2019asservissement, mais se traduisent \u00e9galement par la parcellisation et la plantation des terres. Selon Julie Beaut\u00e9, l\u2019habiter colonial est donc un imp\u00e9rialisme \u00e9cologique, politique, socio-\u00e9conomique et ontologique, qui cr\u00e9e \u00e0 la fois des ruptures \u00e9coum\u00e9nales (perte de croyances et de r\u00e9cits) mais \u00e9galement des ruptures paysag\u00e8res et biodiversitaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Julie Beaut\u00e9 pr\u00e9cise les cinq \u00e9l\u00e9ments qui composent cette approche th\u00e9orique de la domination&nbsp;: la d\u00e9n\u00e9gation ou l\u2019expropriation, le remplacement de la relation que les autochtones entretenait avec leur territoire par une d\u00e9pendance au colonisateur&nbsp;; l\u2019exclusion radicale (hyper-s\u00e9paration par la hi\u00e9rarchisation des identit\u00e9s, l\u2019une prenant le pouvoir sur l\u2019autre)&nbsp;; l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation par le st\u00e9r\u00e9otype (n\u00e9gation des identit\u00e9s individuelles, les domin\u00e9s sont une collectivit\u00e9 anonyme)&nbsp;; l\u2019instrumentalisme (objectivation du domin\u00e9 par le dominant)&nbsp;; et l\u2019incorporation (d\u00e9finition rationnelle de l\u2019un uniquement par rapport \u00e0 l\u2019autre).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces constats la conduisent \u00e0 reprendre la critique que fait Malcolm Ferdinand de l\u2019anthropoc\u00e8ne, une appellation qui met l\u2019Homme au centre du monde en \u00ab&nbsp;effa\u00e7ant&nbsp;\u00bb le pass\u00e9. Il propose plut\u00f4t d\u2019utiliser le terme de \u00ab&nbsp;plantatioc\u00e8ne&nbsp;\u00bb &#8211; en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la plantation coloniale, et donc \u00e0 son habiter \u2013 un mot qui permet d\u2019identifier plusieurs m\u00e9canismes de domination et ce \u00e0 diff\u00e9rents niveaux&nbsp;: mat\u00e9riel, historique, g\u00e9ographique, politique et cosmopolite.<\/p>\n\n\n\n<p>Comprendre les processus \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans ces dominations multiples permet d\u2019envisager des mani\u00e8res de d\u00e9coloniser notre pens\u00e9e. Pour Julie Beaut\u00e9, cette remise en cause profonde n\u00e9cessite de favoriser l\u2019\u00e9coute et la rencontre, et de relocaliser nos concepts dans une pens\u00e9e anticoloniale. Elle est l\u2019occasion de d\u00e9nouer le centrisme occidental, en r\u00e9inventant notre sensibilit\u00e9 au monde vivant, en pensant \u00ab&nbsp;situ\u00e9&nbsp;\u00bb, et en \u00e9laborant des imaginaires contre-centristes. Il s\u2019agit ainsi de contourner la c\u00e9cit\u00e9 morale et culturelle moderne (androcentrisme, anthropocentrisme, ethnocentrisme, eurocentrisme\u2026). Le fantasme de la s\u00e9paration produit par ce centrisme et par le capitalisme qui lui est consubstantiel, fabrique un monde sans lien. Comment passer de ce monde de d\u00e9liaisons \u00e0 un monde de liaisons,&nbsp;et ainsi \u00ab&nbsp;faire monde&nbsp;\u00bb ? Selon Julie Beaut\u00e9, une pens\u00e9e multidimensionnelle qui s\u2019oppose au mod\u00e8le du ma\u00eetre, et o\u00f9 la nature puisse pleinement prendre sa place, permettrait de d\u00e9crypter les syst\u00e8mes de dominations et d\u2019oppressions qui s\u2019op\u00e8rent, et de les contourner pour faire liens.<\/p>\n\n\n\n<p>En remettant en perspective \u00e9cologie et d\u00e9colonialisme et architecture&nbsp;contemporaine, elle s\u2019interroge sur l\u2019existence d\u2019une h\u00e9g\u00e9monie dominatrice au sein de la discipline architecturale. Comment mettre en place une \u00e9pist\u00e9mologie d\u00e9coloniale de l\u2019architecture&nbsp;? Selon elle, penser avec les concern\u00e9s, qu\u2019ils soient humains ou non, et ne pas faire de distinction entre connaisseurs et non-connaisseurs, pourrait construire une architecture du d\u00e9centrement. Dans cette perspective, Julie Beaut\u00e9 entame la critique m\u00eame du gouvernement du processus de projet&nbsp;: dans cette soci\u00e9t\u00e9 hyper-projective, o\u00f9 la planification intensive du territoire comptabilise le vivant, comment regarder et penser depuis les concern\u00e9s&nbsp;? Selon elle, c\u2019est par les \u00e9paisseurs temporelles de l\u2019architecture que nous pouvons y parvenir&nbsp;; par le temps des mat\u00e9riaux (pr\u00e9existants), le temps du chantier (confrontation, fracture, conceptualisation et r\u00e9alisation) et le temps des r\u00e9cits (inscription de l\u2019architecture dans les temps longs). Ce sont les histoires attendries, sans h\u00e9ro\u00efsme et vivantes, qui \u00e9largissent les sujets de discussion. Pour faire na\u00eetre celles-ci et faire \u00e9merger de nouveaux points de vue, Julie Beaut\u00e9 propose la narration collective comme outil de conception et de production potentiel dans l\u2019architecture. Elle peut permettre de penser et de savoir \u00ab&nbsp;situ\u00e9&nbsp;\u00bb, d\u2019expliquer d\u2019o\u00f9 provient la connaissance que nous produisons, et que les personnes concern\u00e9es ne soient pas d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es de leur culture.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> FERDINAND Malcolm, <em>Une \u00e9cologie d\u00e9coloniale. Penser l\u2019\u00e9cologie depuis le monde carib\u00e9en<\/em>, \u00e9d. Seuil, 2019, 464 pages.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Compte-rendu de conf\u00e9rence, mardi 16 mars 2021, ENSArchitecture Nancy. 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